Marcus Malte – Carnage, constellation

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Il y avait Césaria. La vie de Césaria, le bruit de ses talons sous les réverbères, les chasseurs autour d’elle et le chant sacré à l’intérieur. Il y avait Milan Klovisevitch, dit Clovis. Roi déchu. Trahi. Dix ans de taule et la vengeance à venir pour seule nourriture. Et puis, il y a eu la rencontre. La fusion. La passion qui ne s’explique pas. Entre ces deux êtres l’étincelle – de celles qui font exploser un univers. Ou qui le créent…


Aujourd’hui, je m’attaque à un roman tout particulier, très surprenant et étrange aussi. Je ne sais pas si, au fil de la rédaction de cette chronique, je vais savoir exprimer mon profond ressenti, mais je vais tenter de le faire, de la façon la plus juste possible.

Avant de parler de l’histoire qui m’a beaucoup plu dès le début, je vais parler du style, ou essayer. De prime abord, j’ai été décontenancée par l’écriture, dans l’incapacité de clairement savoir si je l’aimais ou non. J’ai été un peu agacée par la découpe des phrases (pas toujours justifiée à mon goût) par les phrases courtes (trop courtes parfois) et par le rythme très souvent saccadé, coupé en fait. Et finalement, je l’ai comprise, je l’ai aimée et j’en ai déduit qu’aucune autre aurait pu raconter cette histoire peu ordinaire. Il lui fallait forcément un style à son image ; parfois noire, parfois blanche et souvent entre les deux ; jamais totalement poétique, jamais totalement brutale comme en équilibre sur un fil. Et puis cette écriture qui saccade parfois le rythme de l’intrigue n’est en fait pas anodine. Elle éclaire et embellit les personnages, raconte leur histoire avec délicatesse ou rudesse, tantôt avec rythme tantôt avec lenteur rejoignant ainsi l’état d’esprit plutôt agité ou posé des personnages suivant la situation, mais toujours avec précision et justesse. Les personnages se forment, prennent des couleurs et de la consistance à mesure que l’auteur étale ses mots. Et puis l’histoire.
Les premières pages de ce roman ont été d’une efficacité redoutable, et moi, j’ai été dans l’incapacité de leur résister. J’ai littéralement été hypnotisée par les débuts de Césaria, son histoire si poignante et par la tendresse avec laquelle tout cela est raconté alors même que les faits sont durs et parfois crus. C’est l’histoire d’un jeune SDF qui, après le décès de son compagnon de galères Casper, a décidé suite à une prise de conscience, de devenir une femme et donc Césaria. Pour survivre, Césaria multiplie les relations sexuelles rémunérées (qu’elle exerçait déjà avant sa transformation physique) jusqu’à l’ultime fois, la fois qui va changer sa vie ainsi que celle de Clovis, entraînant Césaria dans une histoire de vengeance et de manipulation. Entre romance et action, ce roman indéniablement noir ne laissera, je pense, aucun lecteur de marbre.

Définitivement, si on m’avait vendu ce livre en me disant que c’est l’histoire d’un travesti qui grimpe dans une Jaguar et rencontre l’amour, jamais je ne l’aurais acheté (je ne sais d’ailleurs plus comment on me l’a vendu, mais bravo) mais c’est ainsi que ce roman commence. Alors on est un peu dépaysé, sceptique aussi et on attend de voir. Pourtant, il y avait cette intuition qui me chuchotait à l’oreille que j’allais voir ce que j’allais voir, ça allait grave envoyer ! Ça ne pouvait être autrement. Parce que dans l’étrangeté de ce début de roman, l’étrangeté des personnages, de l’histoire et de l’écriture, il y avait quelque chose de puissant, une espèce de potentiel flagrant. Et parce que Césaria le travesti et Clovis l’ex-taulard, ont des destin, histoire et personnalité très atypiques, j’ai voulu savoir. J’ai été curieuse de découvrir la réunification de ces deux personnages loin de tous les clichés, de toutes les constructions qu’il m’a été donné de voir dans les romans, ces deux personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer (et me rencontrer), ne venant pas du tout du même milieu. J’ai voulu voir comment ils allaient s’aimer.

Alors on va se calmer un peu parce que romantique, ce livre ne l’est pas du tout. Oh oui, Cesaria possède bien des étoiles plein les yeux et certainement que l’on croise, ici et là, des instants de grâce propres aux relations amoureuses ; mais quelle violence aussi, quelle agressivité dans cette histoire d’amour, cette histoire de vengeance, cette histoire tout court ! Quelle noirceur dans ces deux âmes qui se cherchent, peinent à se trouver, se poursuivent, se fuient pour se rattraper, se repoussent pour mieux s’épouser ; ces deux personnages qui s’aiment, tout simplement. Mais dans ce roman, rien n’est simple et surtout pas les personnages qui sont un fabuleux mélange de douceur et de violence, tout en contradiction et en complémentarité qui choquent et s’entrechoquent.
Le tout est magnifié par l’écriture, par l’auteur de cette histoire absolument hors norme qui donne de l’éclat à cette obscurité constante qui plane sur le livre, les vies, les gens et le lecteur.

Carnage, constellation est noir, pessimiste, bouleversant. Il ne laisse pas indemne, il bouscule et touche, mais pas forcément les choses auxquelles on s’attend en lisant la quatrième de couverture. Ce livre n’est pas une histoire d’amour banale intégrée à un roman noir. C’est un roman noir, point, même et surtout dans l’histoire d’amour.
J’ai trouvé beaucoup de profondeur dans cette intrigue a priori simple, mais qui en fait ne l’est pas, renforcée par la complexité des personnages qui la compose. J’y ai trouvé de la poésie, de la violence, de la noirceur et beaucoup d’amour. Le tout a en effet donné une histoire qui envoie grave.

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4 commentaires sur « Marcus Malte – Carnage, constellation »

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