Julie Ewa – Le gamin des ordures

41w-7Q3GS0L._SX320_BO1,204,203,200_.jpg\!/ La quatrième dévoile beaucoup de choses sur l’intrigue \!/
Recroquevillés au fond d’une impasse où sont entreposées des bennes à ordures, deux enfants et un adulte tentent de s’abriter de la pluie. Lorsqu’elle les aperçoit, la jeune Lina leur apporte aussitôt de l’aide en leur procurant une tente.

Les Stanescu viennent de Roumanie. Le père a atterri ici, dans le nord de la France, avec ses enfants, Darius, neuf ans, et Cybèle, seize ans, espérant récupérer un peu d’argent pour rembourser sa dette au passeur.
Un destin tristement banal pour une famille Rom, à la merci des trafiquants en tout genre, qui bascule lorsque Darius et son père sont portés disparus. Alertée par Cybèle, Lina part à leur recherche avec l’aide de Thomas, un ami, remontant la piste périlleuse d’un réseau criminel aux ramifications puissantes.


Fraîchement sorti, le nouveau roman de Julie Ewa nous embarque, une fois de plus, dans le quotidien et les travers de l’Humanité.

J’ai connu Julie Ewa avec Les petites filles, roman qui m’a indéniablement marquée. Je garde les stigmates de cette lecture et surtout de la cruelle réalité qu’elle expose.
J’attendais avec impatience le nouveau livre de l’auteure, non sans une pointe d’angoisse. Eh oui ! on sait tous comment la première et fantastique expérience avec un(e) auteur(e) peut être meurtrière pour les livres suivants. Et il se trouve que j’ai adoré le premier. Heureusement, le début du gamin des ordures s’est avéré rassurant et prometteur.

Dès le prologue, je me suis attachée à Darius, un gamin touchant qui m’a prise par la main dès la première ligne en me chuchotant à l’oreille : viens, je vais te raconter mon histoire. Et son histoire, c’est celle d’une famille Rom qui va traverser le monde pour rejoindre la France, pays aux bons goûts d’espoirs. Sur place, la désillusion est grande. Si oncle et tante ont su vendre leur nouvelle vie française comme un nouveau départ, sur place, il n’en est rien : les Stanescu sont priés de quitter le terrain sous peine de se faire arrêter par la police, et la famille se retrouve donc à la rue. Et c’est ainsi que Darius, sa sœur et son père vont croiser la route de Lina, la jeune fille déjà apparue dans Les petites filles, le premier roman de l’auteure.
Lina est une femme de conviction et tournée vers les autres qui va, une fois de plus, nous faire côtoyer sa bienveillance et sa pugnacité au point de, peut-être, éveiller les consciences, ouvrir les yeux du lecteur, le faire réfléchir sur ses propres façons d’agir et de penser sans ne jamais le juger, le sermonner ou le forcer. Voilà ce que j’aime chez Julie Ewa : cette capacité à élever son lectorat, à lui apprendre des choses et à le diriger vers des faits bien précis pour le faire réfléchir et qu’il sorte grandi de sa lecture. Il n’y a pas uniquement le plaisir, lorsqu’on lit un livre de cette auteure, pas uniquement une intrigue basée sur les Roms. Il y a aussi tout le côté documentaire du roman, l’humanisme de Lina, l’humour de Marc qui est, à lui tout seul, un message, le combat des uns, l’acharnement des autres et puis surtout, on nous fait entrer dans le quotidien de ces gens venus en France se créer une vie et qui ne trouvent, à l’arrivée, rien de plus que dans leur pays d’origine, si ce n’est pire.
Pire, parce que les désillusions sont immenses et que les yeux des Roms à peine arrivés en France perdent très vite l’étincelle qui les animait. Les lois, la municipalité, les Français, les mentalités… Tout est fait pour les ignorer, les rabaisser et les renvoyer chez eux. Ces gens sont réduits à l’état de mauvaises herbes, comme une tare que l’on essaye, à défaut de pouvoir l’anéantir, de camoufler. Mais au milieu de ce brouhaha, il y a aussi des associations et des gens qui se démènent et qui osent, eux, ouvrir les yeux et regarder en face la misère qui s’étend sous leur nez en passant outre les préjugés et autres clichés dont chacun est nourri presque de génération en génération.
Bref, Le gamin des ordures traite toutes les facettes, rectifient certaines vérités et montrent le reste pour que le lecteur sache. C’est instructif et très intéressant et il y a un côté documentaire très développé et des recherches incontestablement poussées.

Vous attendez le « mais » ? Eh oui…

J’aurais adoré que cette lecture soit exceptionnelle et je pensais sincèrement qu’elle le serait. D’ailleurs, les premiers chapitres m’ont franchement séduite et je l’ai fait savoir sur Facebook, avec tout de même la mention « à voir si ça tient sur la longueur », comme quoi j’avais pas mal anticipé la chose. Et rapidement, j’ai déchanté, si bien que la fin de ma lecture s’est avérée longue et laborieuse.
Si le prologue m’a laissé entendre que ce livre serait un roman tout en émotion avec en personnage principal un enfant, en amont le titre ainsi que la couverture avaient déjà cultivé cette idée. Or, Le gamin des ordures n’est pas uniquement l’histoire d’un gamin et tout a commencé par là. Quand je me suis rendu compte qu’on ne parlerait pas uniquement de cet enfant et de sa famille et que l’auteure commençait à s’éparpiller, j’ai senti poindre une pointe de scepticisme concernant la suite. Il y a beaucoup de personnages, de pays, de thèmes et de sujet abordés ; trop à mon sens, si bien que parfois ça part dans tous les sens et efface complètement cet enfant et sa famille de l’intrigue. Le côté documentaire très très développé a lui aussi éclipsé l’histoire et très souvent, je n’ai plus eu l’impression de lire l’histoire d’une famille Rom, mais de lire un documentaire sur les Roms. Conséquence principale, au bout d’un moment, je ne me suis plus préoccupé de ce qui pouvait arriver aux personnages et je n’en ai eu plus rien à faire. Aussi, les émotions tant attendues n’ont pas toutes été au rendez-vous et je dirais même que la plupart sont passées à la trappe.
Parce que oui, malgré la richesse de l’histoire, les différents pans de l’intrigue entre les Stanescu en France et en Roumanie, Lina et Marc, le retour de Thomas, l’histoire d’un flic Rom, celle d’un Hongrois, les conditions de survies des Roms, tout ce que j’ai appris, tout ce qu’on m’a montré et j’en passe… il m’a manqué un gros quelque chose : l’émotion qui chamboule, pétri l’estomac, fait monter les larmes aux yeux, émeut, bouleverse.
Bien sûr que le lecteur est bousculé ! Parce qu’on lui montre un côté face loin d’être ragoûtant et joli, mais jamais cette histoire ne m’a percutée et ne m’a envoyé les électrochocs émotionnels tant attendus que j’avais si bien ressentis dans Les petites filles. Parce que finalement, on a des faits, mais très peu de répercussions sur l’humain. On ne sait jamais ce que ressentent les personnages et leur détresse ne déborde absolument pas. Même lorsqu’il y a un décès, alors que la famille semble sacrée chez les Roms, il ne se passe rien émotionnellement parlant.

Pour autant, Julie Ewa réussit le pari de nous montrer la dure réalité des Roms que nos petits yeux ne voient pas forcément ou ne veulent pas voir. Et comme d’habitude, c’est avec une plume particulièrement efficace qu’elle le fait. Malheureusement, ça n’aura pas suffi pour en faire une lecture profondément poignante et marquante. Et sûrement pas un roman à suspense du coup…

Je vais donc clore cette chronique sur cette petite pointe d’amertume, ce regret d’être passée si près du but en sachant pertinemment l’auteure capable, et sur cette réflexion qui ne me quittera probablement jamais au sujet de ce livre : ah, c’est dommage !
Pour le reste, ce roman reste documenté et c’est ça aussi la patte Julie Ewa ; nous apprendre et nous montrer. Et là-dessus, rien à dire, la vraie vie de ces Roms venus chercher le bonheur en France est décortiquée ; vol, prostitutions, petites débrouilles, insécurité, trafics, pauvreté… On est bien loin des clichés qui sont tous balayés dans ce roman pour nous montrer autre chose, autrement.

Le gamin des ordures sur Amazon.
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5 commentaires sur « Julie Ewa – Le gamin des ordures »

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