Catarina Viti – Femme au bord du monde

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Il y a ceux qui se résignent en accordant foi à ce qu’on leur dit. Et puis il y a les autres, des rebelles prêts à s’aventurer dans l’inconnu au risque de s’y perdre. Julia était de ceux-là. Ne suivant que son instinct, elle était partie à la recherche de réponses qui donneraient un sens à l’épreuve de sa vie. Mais elle était loin d’imaginer l’étrange tournure que prendrait sa quête ni tout ce que son esprit rationnel devrait abandonner pour retrouver la paix.


Vu la quatrième – que l’on peut aisément lire avant d’entamer la lecture tellement elle est vague – je n’aurais jamais acheté ce livre sans croiser Le retour en amont. Le résumé sur Amazon, accompagné de la note de l’auteur que l’on retrouve en partie au début du livre, parle de récit initiatique, de rêve et de chamanisme. Voilà. A priori, pas du tout mon style de lecture.

Femme au bord du monde raconte l’histoire d’une femme, Julia, dont le mari Matteo est décédé d’un cancer et l’a laissée seule avec ses vignes, sa maison et sa solitude. Et cette solitude, étonnamment, brille de ses plus douloureuses lumières dès le départ. Parce qu’il n’y a pas d’autre personnage que cette femme seule et ce mari disparu, évaporé. Parce qu’il n’y a que le chant des oiseaux, le vent qui souffle et fait chanter la nature, la douleur et les souvenirs qui entourent Julia. Et pourtant, c’est lumineux, beau et reposant.
Puis il y a ce récit qui assombrit l’histoire et raconte les derniers instants de vie de ce couple qui tiraillent le cœur parce que le funeste dénouement plane au-dessus des têtes. Enfin, vient la mort et avec elle, une étrange plénitude qui inquiète Julia et la pousse à consulter son acupuncteur qui va l’aiguiller et lui faire côtoyer le chamanisme. Et de mon côté, une boule s’est emparée de mon ventre pour ne plus me quitter à l’instant même où j’ai franchi les portes de ce livre.
Littérature blanche, drame, surnaturel… difficile de qualifier ce roman. On nage entre deux eaux et loin de s’y perdre, on s’y détend, on se laisse porter par les vagues de l’intrigue et on s’évade. Doucement…

L’eau symbolise les limites de notre univers sensible. Vérifiez cela par vous-même, à l’occasion. Regardez du côté des mythologies. Je vous parle de Tradition, Julia, d’un rite pratiqué par les hommes depuis les temps les plus anciens et qui consiste à attirer un défunt près d’une étendue d’eau. Que ce soit la mer, un lac, une mare, un ruisseau… Celui qui pratique le rite doit se tenir légèrement en retrait du mort. En retrait et légèrement derrière lui. C’est un point d’une importance capitale. Au cas où cette règle ne serait pas observée, cela reviendrait à accompagner ou précéder le défunt dans la peau du monde. Et ce n’est pas le but ! Vous pouvez guider, aider à passer la frontière, mais vous n’avez pas à vous rendre dans la peau du monde ni avec lui ni avant lui.
(…)
J’aimerais me tromper, Julia, mais je crois, hélas, que vous êtes allée un peu loin…

Je n’ai peut-être pas choisi l’extrait qui vous donnera le plus envie de lire ce livre – de toute façon, chaque lecteur sera touché différemment et par différentes idées de ce livre, aussi et sûrement en fonction de ce qu’il est apte à croire, à s’approprier ou à prendre en considération. J’ai donc choisi l’extrait qui marque le tournant de l’histoire, celui que nous fait basculer dans la dimension surnaturelle et onirique, histoire que vous sachiez que ça fait partie de l’intrigue et lui permet de trouver son second souffle.
Pourtant, l’écriture de Catarina Viti fait partie du roman, elle y est même essentielle. C’est elle qui rend le tout harmonieux, poétique et qui apporte une profondeur à l’histoire qui ne l’est pas forcément de prime abord même si plus elle défile, plus on se rend compte qu’elle a de vraies intentions, cette histoire.
Je n’ai pas été touchée par tout ce qui est abordé dans ce livre mais sûrement que le vécu, les croyances, les convictions et l’ouverture d’esprit du lecteur, entrent en jeu dans la façon d’aborder les idées de ce livre. Je ne suis pas fermée à ce en quoi je ne crois pas, à ce que je ne connais pas ou ce que je n’ai jamais vécu. Au contraire. En fin de compte, même en étant restée hermétique à quelques petites choses – pas tout ! – ce livre m’a apportée une nouvelle façon de voir les choses et de les accepter. De les laisser sortir et surtout partir…
Oui, il y a un petit côté développement personnel mais il coule à travers le vécu de Julia, en arrière-plan. Il ne s’impose pas tant qu’on a pas décidé de l’entendre, d’où le fait que certaines choses ne m’aient pas touchée.

Je n’ai pas de conclusion tout comme ce livre marqué par l’univers de l’auteur, son écriture poétique et son identité à part, touchant et bouleversant, n’en a pas. Les idées, les messages, les pistes de réflexion continuent de vivre, tourbillonnent, grandissent, évoluent dans l’esprit du lecteur bien après qu’il a refermé le livre. Alors, l’histoire ne s’arrête jamais vraiment et chacun tirera ses propres conclusions de cette lecture qui vous emmènera à l’intérieur de vous-même chercher les réponses.

Acheter Femme au bord du monde sur Amazon (auteure auto-éditée)

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5 commentaires sur « Catarina Viti – Femme au bord du monde »

  1. Par hasard je découvre votre présentation de « Femme au bord du Monde ». Je vous remercie d’avoir lu ce livre et je suis très heureuse de la façon dont vous en parlez. J’éprouve également une grande difficulté à le classer, à le résumer et même… à en dire quelque chose, à part qu’il est le texte le plus étrange que j’ai écrit. Et qu’il restera tout seul sur son étagère, car je sais que je n’écrirai plus jamais sur ce thème. Ce livre est le fruit d’une promesse que j’ai faite à un moment particulier de ma vie. Je l’aurais bien appelé « Courte lettre pour un long adieu », mais quelqu’un y avait pensé avant moi 😉
    Merci.

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