Jo Rouxinol – Le rêve dévoré

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Clarisse, treize ans et demi, est une écorchée vive. Un matin, elle part. Sa fuite la mène jusqu’au sud de l’Europe où elle vit ce qui, pour elle, ressemble de plus en plus à un rêve.
Jusqu’à ce que la réalité la rattrape.


Après avoir découvert Jo Rouxinol dans Le carnaval des illusions, j’avais très envie de lire Le rêve dévoré. Et ça n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Merci Odehia.
Je vais être un peu plus mitigée concernant ce second livre que je lis de l’auteur, qu’au sujet du Carnaval des illusions que j’ai adoré en tout point. Il y a des choses que j’ai aimées, d’autres un peu moins dans ce roman.

Parlons un peu de l’histoire, sans trop en dire. Clarisse est une adolescente de treize ans qui jongle, une semaine sur deux, entre une mère qui depuis son divorce « alterne entre dépression et nymphomanie » et un père transparent, là sans vraiment être là, qui ne parle pas, ne considère pas, ne bronche pas, en un mot, un père passif. Le confident de Clarisse, c’est Sergio, un parisien de seize ans rencontrés sur un groupe Facebook, auquel la jeune fille semble très attachée. D’ailleurs, s’il lui venait l’envie de partir, c’est Sergio qu’elle rejoindrait. C’est d’ailleurs ce qu’elle va faire. Mais qui est réellement Sergio ? De la réponse, découle le début d’un long voyage.
A priori, Clarisse est insupportable. Son principal défaut, à mes yeux, est d’être vulgaire. J’avoue avoir pensé dès le début que ce personnage et moi n’allions pas nous entendre à cause de ça. Les grossièretés (et le début en est truffé) ne passent que très rarement avec moi et souvent, je ne les accepte que dans un contexte humoristique. Mais lorsqu’il s’agit d’être vulgaire juste pour être vulgaire, sous prétexte que l’on est une adolescente un peu rebelle, ça ne fonctionne plus parce que dans les romans, comme dans la vie, je n’aime pas les gens vulgaires. Mais si ça n’était pas que ça, en fait ?
En réalité, Clarisse se révèle être un personnage plutôt attachant. Il suffit de réfléchir à sa situation familiale, aux comportements puériles de ses parents, à son comportement en classe, pour déceler chez elle une fragilité et une douleur certaines. On ne devient pas aussi grossière simplement par rébellion, mais peut-être aussi parce qu’on souffre terriblement. Et donc plutôt que de détester ce personnage, j’ai au contraire essayé de la comprendre. Et puis, peu à peu, je m’y suis attachée…

Si j’ai retrouvé le style Jo Rouxinol que j’adore et qui avait réussi le pari fou de me faire voyager au Brésil la première fois sans bouger de mon canapé ; dans ce livre, il n’a pas réussi à m’envoyer au Portugal. Je pense que les visites, la description des paysages, le Portugal en lui-même, prend un peu trop de place et devient très vite envahissant. Dans les passages où on lui laisse la scène, il déborde et écrase les personnages qui sont, pourtant, passionnants et attachants. Il faut quand même souligner que j’ai un passif avec le Portugal que j’associe à une expérience douloureuse de ma vie et ça que ça a pu fortement jouer dans ma façon de vivre ce pan de l’intrigue.
Malgré tout, l’émerveillement de Clarisse qui découvre un nouveau monde sortie de sa prison qu’est sa vie, est parfaitement bien décrit par l’auteure qui a réussi à m’émerveiller moi aussi. J’ai adoré les rencontres de Clarisse et la manière dont l’histoire de chacun des personnages s’ouvre au lecteur, et que le côté vulgaire de la jeune fille s’éclipse pour laisser place à un personnage plus lumineux, plus mature, un peu moins sombre et déprimé. L’évolution de ce personnage donne du baume au cœur. Enfin, j’ai particulièrement adoré les chapitres en italique qui, finalement, expliquent le passé, la colère et la douleur de Clarisse. Découvrir son histoire et ses drames est vraiment ce que j’ai préféré. Et le dernier tiers aussi.
Je n’ai pas parlé de l’histoire d’amour, peut-être aurais-je dû tenter d’analyser la façon dont je l’ai vécue pour dire autre chose que : elle m’a touchée. Profondément touchée. C’était beau, simple, fragile et solide à la fois, magique et compliqué. Parce que cette histoire d’amour est finalement capitale dans ce dernier tiers qui est magistral. Et c’est rien de le dire. Une fois le Portugal derrière moi, une fois que la réalité rattrape le rêve de Clarisse, je me suis régalé et j’ai retrouvé l’auteure dans ce que j’ai profondément aimé dans Le carnaval des illusions. Finir sur une note aussi positive, en pleures et toute bouleversée, je ne pouvais franchement demander mieux et je ne pensais pas que ça arriverait. Elle est forte, Jo Rouxinol !

Comment terminer cette chronique ? À chaud, j’aurais eu tendance à ne garder que ce final, ce dernier tiers et à ne tirer que du positif de cette lecture. Je vais terminer cette chronique en disant qu’il y a du talent dans la plume de l’auteur. Que Le rêve dévoré à lui aussi ses instants de grâce et de beauté parce que l’auteure sait aller chercher les émotions dans les mots et les retranscrire. Je n’ai pas été touchée par la découverte du Portugal et comme il prend de la place dans le roman, forcément, je n’ai pas pu apprécier Le rêve dévoré dans son entièreté. Mais rien que pour ce dernier tiers absolument exquis, pour l’histoire d’amour hors du commun, pour l’évolution de Clarisse et la bienveillance de Tony, il vaut le détour, il vaut le coup d’aller jusqu’au bout et de persévérer.
Le troisième livre de l’auteure devrait trancher mais j’en ai entendu que du bien, et surtout du bien qui me correspond.

Le rêve dévoré

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