Stéphane Chamak – Le petit Lebanski

517dssh8jtlJe me trouvais devant la porte. Au centre, une vieille poignée argentée avait l’allure d’un gros poing américain. Comme me l’avait indiqué le chauffeur black, le battant était légèrement entrebâillé. Je suis resté quelques secondes figé, les mains dans les poches, nerveux comme une pucelle à sa première sauterie. Dans ma poitrine, mon cœur distribuait des battements en rab. D’un côté, j’étais impatient de savoir de quoi il en retournait. De l’autre, j’étais quasi certain qu’une fois passé cette foutue porte, mon existence – déjà de magnitude 8 sur l’Échelle des Emmerdes – allait franchir un palier supplémentaire.
J’avais pas tort.
Entre la comédie loufoque, le polar et le sentimental, servi par une plume percutante, visuelle et poétique, l’auteur signe, deux ans après « Les Ephémères », un roman aussi inclassable que jubilatoire.


À la suite d’une énième raillerie, Viktor Lebanski casse la gueule d’un type et l’envoie directement au pays du coma. Problème, le bonhomme en question travaillait pour un riche personnage : Paul Brochet. Sa mission ? retrouver et ramener le fils du vieil homme prêt à clamser, avant qu’il ne soit trop tard. Le larbin dans le coma, Brochet confie la mission au fameux Petit Lebanski qui lui doit bien cela (résumé créé de toute pièce pour les besoins de la chronique).

***

Cela fait quelques semaines que j’ai Le petit Lebanski dans ma pile à lire, et que j’appréhende et repousse le moment de le lire. Le problème, c’est que j’ai d’abord connu l’auteur lecteur, c’est-à-dire en lisant ses retours, ses avis et ses opinions littéraires avant ses écrits. Et dans ces cas-là, j’appréhende un peu parce que forcément, je me fais toujours une idée des écrits d’un auteur en fonction de ses critiques, voire de sa personnalité. J’avais donc des attentes et même quelques appréhensions.

Le petit Lebanski commence comme cela. L’aube est jaune, le jaune est rance, les eaux sont grasses et ridées, la température ni fraîche ni chaude, le ciel est dégagé, le vent est léger et d’ouest, l’endroit est morne, désert et calme… bref. Je ne suis pas contre les adjectifs et les descriptions tant que ça ne devient pas une énumération ou que cela est inutile (personnellement, qu’un pull soit vert ou jaune ne change rien). Là, je me suis dit que ça partait mal et que j’aurais mieux fait de lire l’aperçu Amazon avant de jeter mon dévolu sur ce livre de l’auteur.
D’abord gênée par la trop grande présence d’adjectifs et de descriptions dans le prologue, j’ai finalement et assez rapidement succombé à l’écriture, plus précisément à l’humour percutant. Attention cependant, les adjectifs et descriptions restent tout au long du roman mais à un rythme moins soutenu, disons à un rythme normal, pas en mode rafale comme dans le prologue.
Il y a des trouvailles humoristiques qui brillent dans ce texte, des tournures de phrases, des jeux de mots et un humour intelligent qui font sourire même si parfois c’est un peu maladroit, un peu cliché ou un peu lourd. L’écriture fait le boulot. C’est le plus gros point positif de ce livre parce que je n’ai pas tellement été emballée par le reste, même si ça découle de préférences et goûts qui me sont propres.

Les personnages sont drôles et attachants, les dialogues se dévorent, et globalement ce livre se déguste. L’action présente dans ce livre plaira sûrement à certains et les amateurs du genre y trouveront leur compte. Pas moi.
Je ne suis pas du tout fan des intrigues type tueurs à gage, castagne, filature, contrat et mission « secrète » (avec masse de thune à la clé). Ce que je reproche dans ce genre d’intrigue se sont les coups de chance et les raccourcis – qui servent l’histoire mais enlèvent également un peu de vraisemblance -, et la castagne interminable ou surréaliste. La « réalité » de ce genre d’œuvres (romans ou autres) ne correspond pas à ma réalité et à ce que je considère comme crédible. Bref, je n’accroche pas avec ce genre d’intrigue.
Il ne s’agit donc pas, je pense, d’un souci émanant de l’auteur, mais de mes goûts et de mes attentes avant lecture. Ça ne me correspond pas et on ne peut pas me dire que « t’avais qu’à pas le lire si tu n’aimes pas » parce que la quatrième ne dit rien de tout ça. Et honnêtement, « à cause » des retours de l’auteur et de ce que j’ai pu voir de ses goûts, je ne m’attendais absolument pas à ce genre d’intrigues ni à cet humour (qui m’a agréablement surprise). Et pour ceux qui se posent la question : je m’attendais à du (trop) littéraire tant au niveau de l’écriture que de l’intrigue.
J’ai en revanche adoré l’histoire familiale brève mais complexe et poignante de Lebanski, ainsi que les chapitres consacrés à un personnage particulier et intéressant : Ragnar. Pour le reste, il y a trop de bagarres, de déplacements en voiture et de « recherche d’un individu » pour que l’intrigue me plaise.

Globalement, je sors de cette lecture assez dubitative, sans trop savoir quoi dire. Avant de m’éclipser parce que finalement, je n’ai pas grand-chose à dire sur ce livre si ce n’est qu’il est drôle, j’aimerais tout de même souligner que le terme « polar » utilisé sur la quatrième de couverture, ne doit surtout pas refroidir ceux qui ont le policier en horreur : il n’y a pas d’enquête policière. Pareil pour le côté « sentimental » totalement absent du roman, en tout cas, l’idée que je me fais du sentimental, elle, est absente.
Je reparlerai de cet auteur prochainement puisqu’avec ce livre, j’ai également acheté un recueil de nouvelles, Mozaik, qui me permettra, je pense, d’entrer dans l’univers de l’auteur sans la barrière de l’intrigue.

Le petit Lebanski (version papier disponible auprès de l’auteur)

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