Édouard Brasey – Les lavandières de Brocéliande

51gnjn34f3l._sx325_bo1,204,203,200_\!/ Le résumé ci-dessous spoile plus de 300 pages de ce livre, soit environ les 2/3, et ne reflète, à mon avis, pas vraiment ou complètement l’histoire \!/
En ce matin de la Toussaint 1943, la communauté des lavandières de Concoret, petit village en lisière de la forêt de Brocéliande, est saisie d’effroi quand Gwenn, une jeune orpheline, découvre l’une de ses consœurs noyée dans le lavoir. Dahud, la doyenne et mère de la victime, incrimine les lavandières de la nuit, ces créatures surnaturelles qui, dans les légendes bretonnes, lavent les linges ensanglantés de leurs enfants mort-nés. Mais les soupçons se portent sur deux suspects bien réels : Philippe de Montfort, jeune noble à qui l’on prête une liaison avec la défunte, et Loïc, un pauvre charbonnier bossu méprisé de tous. Les deux hommes inspirent à Gwenn, élevée par Yann, un vieux sage vivant dans les bois, des sentiments contradictoires : amitié, admiration, pitié ou amour ? 

Quand Loïc est pourchassé par les S.S. qui l’accusent de terrorisme, Gwenn le conduit au Val-sans-Retour où se sont réunis, comme de nouveaux chevaliers de la Table ronde, de jeunes résistants réfractaires au STO. Mais la malédiction continue de poursuivre les lavandières de Brocéliande…


Lorsque j’ai reçu ce livre en octobre 2018, je me souviens l’avoir commencé le jour même de la réception. Mais parce que j’ai reçu Messe Noire dans la foulée et que j’avais très envie de lire, je l’ai mis de côté, mais finalement, jamais très loin. Contrairement à d’autres livres dont j’étais sûre que jamais je ne les lirai après un premier abandon et qui ont fini sous la pile à lire, bien cachés, Les Lavandières de Brocéliande, lui, est resté sur mon bureau à portée d’yeux et de mains pendant trois mois. C’est en lisant Né d’aucune femme de Franck Bouysse que j’ai eu l’envie soudaine de retenter cette lecture que j’avais mise de côté, mais jamais oubliée.

Ils étaient cinq amis – à la vie, à la mort – qui s’en étaient allés un beau dimanche de mai pour échanger des serments, interroger la fée, lui lancer des aiguilles et en attendre des miracles. Ils n’étaient parvenus qu’à contrarier les puissances, faire gronder la fontaine et déchaîner les malédictions. Ils avaient réveillé les anciens dieux oubliés, les dieux de la mort qui à présent réclamaient vengeance. C‘était un dimanche de mai. Un dimanche du mois de mai 1914 qui avait sonné le glas de leur indéfectible amitié. Plus jamais ils ne se revirent ensemble tous les cinq. Trente ans passèrent, d’une guerre à l’autre.

Les lavandières de Brocéliande entraîne le lecteur dans la Bretagne du milieu des années 40 parmi les lavandières de Concoret, commune de Brocéliande. Un roman terroir qui m’a aussitôt embarquée dans son univers très visuel et ses descriptions immersives. Dès le prologue, dont l’action se situe en 1914, je me suis promenée et j’ai couru avec cinq adolescents dans la forêt de Brocéliande jusqu’à atteindre une fontaine, lieu de croyances et de superstitions. La légende dit qu’une fée habite la fontaine et qu’en échange d’offrandes, elle peut donner sa bénédiction. Ou sa malédiction. C’est au cours de ce rituel que tout ne va pas se passer comme prévu pour nos cinq adolescents. Trente ans plus tard, fin 1943, l’intrigue débute avec au-dessus de sa tête, le rituel raté de la fontaine, réalisé vingt-neuf ans plus tôt.

Grossière erreur qu’a été ma décision de mettre de côté ce livre au profit d’un autre (surtout pour Messe Noire franchement🙄). L’écriture y est fantastique, arrondie et poétique. Le décor y est vivant, les personnages plus vrais que nature, les chapitres denses, riches et généreux. Et l’histoire n’a rien à envier à l’écriture, à la différence de ma précédente lecture.
L’intrigue joue sur plusieurs tableaux, jonglant ponctuellement entre les années 40 et l’année 1914, mais surtout entre les différentes histoires de chaque personnage. L’auteur prend le temps d’installer ses protagonistes, son décor (personnage à part entière) et son intrigue. Tellement, que finalement, on pourrait se dire que la quatrième n’a rien à voir avec l’histoire.
C’est l’unique reproche, mais pas des moindres, que je vais faire : le résumé dévoile beaucoup de choses et spoile plus de la moitié du livre. Je ne comprends pas le but, si ce n’est gâcher le plaisir du lecteur et le frustrer. Les premiers mots de cette quatrième concernent un passage qui n’arrive quasiment qu’à la moitié du bouquin ! Imaginez le lecteur qui n’attend que cet instant-là en croyant que l’intrigue va vraiment démarrer à ce moment précis, et qui doit se manger, avant cela, quelque 180 pages de choses qui n’ont rien à voir… Bah il ne comprend pas, moi non plus et je trouve que cette quatrième induit le lecteur en erreur. D’autant que je ne la trouve pas très représentative de l’histoire. Mais bon, passons.
En vérité, ce livre raconte l’histoire d’un village et de ses habitants, avec ses valeurs, ses croyances, son vocabulaire (que régal !) et ses pratiques de l’époque sur fond d’Histoire. On suit le quotidien des lavandières et surtout de Gwenn – le personnage principal -, les médisances, les rumeurs, la folie des uns, l’humanité des autres, les secrets et finalement, la vie de chacun dans son intimité et son passé. Jusqu’au drame, dont je ne citerai pas la nature et qui est dévoilé dans la quatrième, qui va venir chambouler Concoret.

Si la première partie sobrement intitulée « La nuit de Samain » m’a énormément plu, la seconde, sombrement intitulée « La lavandière de sang », m’a fait très peur. Ce qui s’apparentait à de la littérature classique sur fond d’Histoire et saupoudrée de fantasy (oui ça fait beaucoup, mais il y a tellement de choses dans ce roman !), a laissé entrevoir quelque chose de moins captivant pour moi : le policier. Mais finalement du policier, Les Lavandières de Brocéliande n’a rien si ce n’est la présence de gendarmes – qui disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés. Point d’enquête, grand soulagement (et je crois que la quatrième peut laisser entendre qu’il y en a). Néanmoins, cette partie-là est un peu en dessous de la précédente, peut-être parce qu’elle est moins rythmée et qu’elle réunit tous les personnages, du coup il n’y a plus ce sentiment d’effervescence. Je ne me suis pas pour autant pas ennuyée même si j’ai accueilli la troisième et ultime partie comme l’opportunité de repartir sur quelque chose de plus rythmé. Et quelle dernière partie ! Tout s’emballe, s’éclaircit d’un bord pour s’obscurcir de l’autre, chaque pion prend sa place, chacun trouve sa fin, ses réponses et son dénouement.

Les lavandières de Brocéliande est, je crois, avant tout une histoire humaine. Une histoire d’amitié qui a débuté dans les années 1910 (on suppose que les personnages du début ont un passif amical), qui s’est poursuivie pendant vingt-neuf ans durant lesquels d’autres personnes sont venues se greffer. De ces relations, sont nées des histoires d’amour, d’amitié, de rivalité, de médisance et de trahison jusqu’à ce que la vérité éclate et éclabousse tous les personnages à jamais liés. Ne compte alors plus que la vengeance.
J’ai adoré ce livre qui m’a transportée dans une époque que j’affectionne particulièrement, je crois, c’est en tout cas la conclusion que je suis en train de tirer. J’ai été touchée par les différents personnages et leurs destins, et j’avoue, à la fin de la lecture, avoir eu le sentiment de quitter des amis qui m’ont accompagnée pendant toutes ces pages (on en parlait récemment sur un groupe de lecture d’ailleurs.)

À noter que l’auteur Édouard Brasey a récemment sorti un thriller sous le pseudonyme James Barnaby : À fleur de peau. Je crois que ça parlera à certains.

Les Lavandières de Brocéliande

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