Patrice Quélard – Fratricide

fratricide-8847191915. Premier Grand Conflit Mondial.
James Mac Kendrick est nord-irlandais et catholique. Sur un coup de tête, il s’engage dans une unité de soldats protestants de sa province et va découvrir que son pire ennemi n’est peut-être pas là où il croyait le trouver. Emile Buffet est un conscrit français et un jeune homme bon vivant, transpirant l’assurance. Face aux horreurs de la guerre, il tente de résister jusqu’au jour où une lettre lui parvient et le fait vaciller. Ludwig Halpern est un sous-officier allemand promis à une carrière militaire d’exception et fait partie des rares à trouver une certaine forme d’épanouissement personnel dans cette guerre.
Ces trois hommes l’ignorent encore, mais la barbarie de la guerre et de ses marionnettistes va lier leurs destins à tout jamais.


Chef-d’oeuvre: Ouvrage capital et supérieur dans un genre quelconqueCe qui est parfait dans son genre.

Parfois, il ne suffit pas d’être simple lecteur ou auteur pour savoir (et non pouvoir) donner un avis complet sur une lecture. Si je dis ça, c’est parce qu’au début j’ai été mal à l’aise avec l’étiquette de chroniqueuse que l’on m’a collée sans me demander mon avis. Loin d’être professionnelle, mes chroniques sont imparfaites, probablement survolées parfois parce que je ne vois pas tout, parce que je ne sais pas tout voir et tout aborder. Je suis une amatrice, au mieux une passionnée. Rien de plus. Si j’accepte désormais d’être catégorisée chroniqueuse c’est parce que le terme, dans l’esprit des gens, englobe bien plus que la définition originale (rappelons que chroniqueur est un métier qui s’étudie et s’apprend). Cependant, je me suis toujours dit qu’un jour viendrait où mes maigres compétences ne suffiraient plus et que ce jour-là, je verrai que j’avais raison. Parce que parfois, il ne suffit pas d’être simple lecteur ou auteur pour savoir donner un avis complet sur une lecture. Parfois il faut bien plus que cela et je crois que pour parler parfaitement de Fratricide et lui rendre justice, il faut avoir plus que de la passion, mais des connaissances et du professionnalisme, et il se trouve que je ne les ai pas. Aussi vais-je me contenter de dire qu’historiquement parlant, j’ai appris énormément de choses sur la guerre et l’Irlande notamment, et que je ressors de cette lecture grandie comme ça ne m’était jamais arrivé. Rien que pour cela, ce livre mérite d’être lu. Mais pour le reste aussi, et son écriture entre autres (et je vais faire de mon mieux pour en parler).

Sans être au-delà de tout ce que j’ai lu (parce qu’il y a toujours la grosse baffe Candyland et mon lien si particulier avec John Hart), ce livre reste tout de même bien au-dessus de presque tout ce que j’ai pu lire et ça commence par le style. Fratricide n’est pas bien écrit, vous ne me le ferez pas dire parce que ça serait franchement réducteur, et tant pis si je n’ai pas tous les mots pour dire que Patrice Quélard a une plume divinement exceptionnelle qui pousse le lecteur au cœur de l’histoire et le fait tourbillonner au milieu de mots si beaux, si parfaits, si transcendants que j’ai eu envie de lire, encore et encore mais que j’ai quand même fait traîner la chose par pur plaisir. Et finalement, prise par l’écriture, j’ai grignoté ce pavé de 590 pages (j’ai eu des sueurs froides à la réception) sans rechigner, pour finalement finir en larmes.

Très vite, on ne dirait plus « monter à l’assaut », mais « monter sur le billard ». Ça en disait long.

Très, et parfois trop exploitée, la guerre inspire bon nombre d’auteurs et attire multitude de lecteurs. Patrice Quélard a choisi de nous raconter la Première Guerre mondiale parce qu’indéniablement, il y a eu des recherches en amont et ce roman a des allures de documentaire. Novice en ce qui concerne le roman historique, je ne saurais dire si le sujet est original (il l’est indéniablement pour moi dans la manière dont il est traité), en revanche, pour ce qui est du style, de l’histoire et des personnages, sûr que tout cela l’est, original.
Étonnamment, puisque je n’ai pas connu la guerre ni les conditions de (sur)vie des soldats, j’ai trouvé ce livre très visuel et immersif. Je ne suis pas devenue personnage comme d’habitude car mieux que ça, j’ai vu défiler devant mes yeux les scènes et l’intrigue que Patrice Quélard m’a racontées. J’ai donné un visage, des vêtements et des attitudes aux personnages qui ont littéralement pris vie comme ce fut le cas avec Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras. Une expérience que j’avais comparée à une pièce de théâtre et c’est ce qu’il s’est passé ici. Tout est devenu palpable, vivant, réel : en quelque sorte, j’ai fait la guerre.

Fratricide est donc l’histoire de la guerre vue par des soldats, une histoire dans l’Histoire et le lecteur est convié à assister à tout cela, posé sur l’épaule de chaque personnage qui occupe le devant de la scène à tour de rôle, même si l’irlandais prend beaucoup de place (pour mon plus grand plaisir, j’adore ce personnage). Oui, ça bouscule parce que l’auteur est diablement bon. On patauge dans la boue ; on se cache dans les trous d’obus ; on tire ; on se fait tirer dessus ; on entend les sifflements des balles ; on sent l’odeur du sang ; on a soif et faim ; on voit l’horreur ; on fait des choix ; on vit la guerre comme si on y était et lorsqu’un personnage meurt au combat, c’est un ami que l’on perd. Oui c’est dur, dur de réalité sûrement. Dur parce que les mots sont justes et percutants, et finalement, que faire d’autre que de vivre cette histoire comme si on y était ?
Mais Fratricide ça n’est pas uniquement la guerre qui, même si elle est racontée de façon très originale, a déjà été racontée. C’est aussi et surtout la psychologie des soldats et de la hiérarchie, la vue inédite de la guerre dans la peau et l’esprit de ceux qui la font soit par obligation soit par volonté. C’est l’histoire au-delà de l’Histoire et c’est l’Humanité de ces trois personnages, Emile Buffet le français, James Mac Kendrick l’irlandais et Ludwig Halpern l’allemand, qui ensemble vont montrer autre chose de la guerre. Autre chose de plus humain, poignant et touchant jusqu’à m’achever en fin de roman au point qu’il m’a été difficile de faire cesser mes larmes. Et ça fait tellement de bien que j’en serai reconnaissante pour très longtemps à l’auteur.

J’ai trouvé ce livre qui regorge d’informations et d’intelligence dans la façon de raconter, tout à fait passionnant. L’histoire est riche et minutieuse mais jamais rien n’est là pour remplir le blanc. On ne flâne que très peu dans Fratricide, et vu l’épaisseur du bouquin, j’avais très peur que l’auteur me perde, se perde et perde son histoire. Il n’y a pourtant aucun passage au-dessous de l’autre, moins percutant ou qui ralentit le rythme et/ou la progression de l’histoire. Jamais.
Ponctué d’humour dans les dialogues qui fonctionne très bien, le livre nous plonge au cœur de la guerre parmi les soldats qui, un peu comme nous, apprennent sur le tas. Ce que j’ai particulièrement aimé dans Fratricide, c’est que même si on a la possibilité de prendre parti pour l’un ou l’autre camp, si l’auteur le fait sur au moins un sujet (et l’assume d’ailleurs dans l’avant-propos) il y a toujours ce respect en toile de fond qui émane et de l’auteur, et de ses personnages. Pour preuve, l’histoire étonnante de ces trois personnages qui reflète la bienveillance et contraste franchement avec l’horreur de l’arrière plan. Et oui, bien sûr que ça fait plaisir qu’un roman historique aborde notre Histoire sous un nouvel angle et avec une originalité certaine dans l’intrigue. Évidemment que ça fonctionne et que punaise ça donne envie d’étudier l’Histoire. Merci Patrice Quélard !

Bref, ma petite fée Céline a parlé de ce livre d’une façon qui m’a fait sauter le pas et franchement je ne regrette pas. J’ai beaucoup pleuré, beaucoup souffert mais tellement adoré cette lecture ! Ce livre est dur et éprouvant mais immersif et brillant et son auteur l’est tout autant. Ma chronique ne sera jamais à la hauteur de ce livre, j’aurais beau la tourner dans tous les sens, je ne lui rendrai jamais totalement justice. Alors quittons-nous sur un « c’est un putain de roman » avec la définition du mot « chef-d’oeuvre » en tête.
Les petits bonus qui font plaisir : l’explication du titre et de la couverture parce que dans Fratricide, absolument rien n’est laissé au hasard.

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8 commentaires sur « Patrice Quélard – Fratricide »

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