Jon Bassoff – Les incurables

4106QtujeNL._SX339_BO1,204,203,200_1953, quelque part au fin fond de l’Amérique. Le Dr Freeman, neurologue visionnaire mais violemment contesté, est chassé de l’hôpital psychiatrique où il exerce. Il enlève son dernier patient, voué à lui servir d’assistant, et part sur les routes défendre sa méthode thérapeutique révolutionnaire : la lobotomie transorbitale. Armé d’un pic à glace et d’un marteau, Freeman est persuadé qu’aucune dépression, aucune catatonie, aucune psychose ne lui résistera. Jusqu’à ce que, dans une petite ville de l’Oklahoma, sa propre santé mentale soit mise à rude épreuve par une galerie de personnages délirants. Un prêcheur qui prend son fils pour le Messie, une jeune prostituée démente et une fratrie de gros bras manieurs de machettes se chargeront de lui rappeler qu’une foi aveugle ne peut mener qu’au désastre.
Inspiré par un personnage réel, Les Incurables est un roman profondément noir, aux allures de fable grotesque vicieusement efficace.


Ce roman est fou, cette histoire est folle, les personnages sont tous cinglés.

Un médecin aux méthodes peu conventionnelles tente et se persuade de soigner les aliénés grâce à la lobotomie d’un nouveau genre.
Donald Stanton embarque son fils Durango à travers les rues d’une ville peuplée d’incurables, beuglant à qui veut bien l’entendre que son fils est le Messie et qu’il a le pouvoir de soigner et de ressusciter.
Scent, une jeune fille de dix-huit ans, se prostitue pour faire vivre son foyer qui ne compte que sa mère, une cinglée (dixit Scent) qui attend sans relâche son mari disparu depuis plus de dix ans, toujours vêtue de sa robe de mariée.
Et bien sûr, tout ce beau monde est réuni dans une histoire hors norme.

Je pense avoir donné le ton de ce roman captivant mais très noir, dans lequel la folie côtoie la démence. Dans Les incurables, chaque personnage flirte avec l’aliénation ou la vit carrément. Cette histoire est immersive parce qu’elle est intrigante et dérangeante et que le lecteur, hypnotisé par les mots de l’auteur, veut toujours en savoir plus et attend de voir jusqu’où l’auteur peut aller.
Parler de la folie, voilà un sujet palpitant mais pas si évident que ça. Il me serait difficile de la définir et encore moins d’en donner des exemples. Or dans ce livre, si les personnages sont confrontés à la folie, le lecteur aussi. C’est impressionnant, intimidant et parfois même effrayant de découvrir ce que la folie pousse à faire à travers la vision du fou lui-même (ou de son entourage). Et en l’occurrence des fous, puisqu’ils sont plusieurs. Des formes d’aliénation bien différentes qui se rencontrent, échangent et évoluent ensemble, et ce mélange n’apporte pas que du bon aux personnages. Si le début du roman est plutôt calme, l’hystérie générale croît en même temps que les pages défilent, et la fin est une cacophonie de folie qui s’emmêle et explose.

Brillant. Ce livre est brillant. Parce qu’il aborde un sujet très facile, mais finalement enfonce la plupart des livres que j’ai lus et qui mettaient en scène un personnage dément. Ce livre décrédibilise presque le reste parce qu’il va plus loin dans la psychologie de la personne aliénée. On part de pas grand-chose, d’une situation classique et peu à peu on plonge toujours plus profondément dans la psychologie de ces personnages, dans leur folie, dans les méandres de l’esprit. Et tout cela à travers des quotidiens presque banals, une histoire presque sensée (c’est quand même bien barré) et des personnages a priori normaux.
Et puis ce livre a une ambiance particulière, une noirceur certaine, un espoir obscurci par la misère, la pauvreté et une ville, voire un monde, que l’on ne peut soigner. Et plus les pages défilent, plus l’histoire devient sombre. Les personnages sont pessimistes et violents, et même les scènes faites de beauté et d’amour sont en noir et blanc. Il y a très peu de couleurs dans ce roman, pas une lueur au bout du tunnel et pas de sortie de secours non plus. Seul le lecteur en ressort, reste à savoir dans quel état d’esprit. Ou état tout court…

Comment suis-je censé conclure cette chronique ? Déjà merci à Odehia Nadaco grâce à qui je découvre ce livre et son auteur. Je n’ai pas tellement parlé de l’écriture de Jon Bassof et je vais être honnête, je n’ai pas forcément fait attention. Globalement, on a affaire à un texte de qualité tant sur la forme que sur le fond. J’ai beaucoup aimé le style Bassof qui m’a d’entrée de jeu convaincue que j’avais un très bon livre entre les mains. Je l’ai dévoré, j’ai eu du mal à le lâcher le soir, même quand la fatigue pointait le bout de son nez. J’expérimente assez rarement le « encore un chapitre » et pourtant j’ai été confrontée à cela avec Les incurables. J’en voulais toujours plus et, compliqués ont été les instants où j’ai dû me séparer de lui.
L’histoire est profondément noire et sans lueur d’espoir, barrée et étrange parfois, mais elle fonctionne et fait des merveilles. Il y aurait évidemment beaucoup plus à dire sur ce livre, des éléments à explorer et à décortiquer (même dans l’écriture), des choses que j’ai perçues ou ressenties mais que je ne sais pas retranscrire. Je pense surtout que ce livre se vit plus qu’autre chose et que le côté original, fou et l’angle choisi par l’auteur ne se racontent pas. Mais peut-être est-ce parce que je n’ai pas les mots et surtout pas les bons.
J’ai vraiment adoré ce livre qui ne ressemble à aucun autre et je conseille vivement aux curieux qui seraient tentés de le découvrir, de le faire.

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5 commentaires sur « Jon Bassoff – Les incurables »

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