Gilles Caillot – L’apparence de la chair

513RDkwazqL._SX298_BO1,204,203,200_.jpgPour le Capitaine de police Sylvie Branetti, la vie s’est arrêtée il y a quinze ans, lorsque le tueur qu’elle poursuivait a enlevé sa fille Lila avant de disparaître. Après un passage obligé en hôpital psychiatrique et des séances régulières de psychothérapie et d’hypnose, elle se raccroche à un seul objectif : savoir ce qui est arrivé à Lila. La découverte d’un cadavre mutilé, arborant la même signature que celle du monstre qu’elle a croisé par le passé, la propulse à nouveau dans l’horreur. Mais elle a cette fois une espérance : connaître enfin la vérité. Accompagnée de Paul Bénito, son ancien amant, elle suivra avec acharnement les traces laissées par le bourreau. Une enquête aux confins de la réalité, un parcours peuplé de rêves étranges qui la submergent de plus en plus fréquemment. Et si tout n’était qu’apparence… Bienvenue dans le chaos.


Trois jours. C’est ce qu’il m’aura fallu pour comprendre pourquoi, une fois le livre refermé, je n’avais pas la petite étincelle alors que j’ai adoré ce livre. Alors pour cette chronique c’est un gros « OUI »… « mais » et je suis enfin soulagée de pouvoir partager mon avis sans avoir le sentiment d’oublier de dire une chose essentielle.

Je ne parlerai pas du tout de l’intrigue, le résumé suffit amplement et ce livre fait partie de ceux qui se découvre tout seul. Néanmoins, sa plus grande force est le personnage central taillé au détail près de sorte que, personnage et intrigue ne peuvent évoluer l’un sans l’autre. L’apparence de la chair c’est l’histoire, le calvaire, la douleur et la folie de Sylvie Branetti.
Ce qui m’a beaucoup plu et qui a encore plus relevé l’ensemble de l’intrigue, c’est cette histoire d’hypnose, de rêves et de visions, mélangés à la réalité. Finalement, ni Sylvie ni le lecteur ne sait quand une scène arrive « pour de vrai » ou dans son esprit à elle. Mettant parfois en danger ses collègues (ou elle-même) et les sauvant à d’autres moments, il y a une complexité certaine chez ce personnage qui concerne son état (en dent de scie), ses convictions, ses certitudes, ses actions (certaines qu’elle fait consciemment, d’autres dont elle ne se rappelle pas) etc… Et finalement, on ne sait pas trop comment réagir face à ce personnage. La réconforter ou lui coller des baffes ? Paul (l’ex-amant) est d’ailleurs très bien placé pour nous parler de ça puisque lui même ne sait pas trop sur quel pied danser.
Plus l’enquête avançait, plus le dénouement approchait et moins j’ai su quoi penser. Est-ce à cela que je reconnais un bon thriller ? Pas seulement, mais en partie. J’aime bien être malmenée et perdue par l’auteur et avec en plus un certain suspense en musique de fond.
Il faut dire que Gilles Caillot a su tenir ses personnages jusqu’au bout et que même si ce genre de dénouement a déjà été (sur)exploité, je n’ai rien vu venir et c’est pas faute de l’avoir imaginé des dizaines de fois dans d’autres romans. Alors le talent se trouve peut-être aussi là-dedans… En tout cas, la surprise a été de taille et a sublimé l’ensemble du texte.
Je ne peux malheureusement pas approfondir mon « analyse » au risque de révéler le dénouement, mais lorsqu’on connaît cette fin, alors l’évolution du comportement de Sylvie a une tout autre signification. En refermant le livre je me suis dit que le travail fait sur le personnage a quand même vachement brouillé les pistes. Chapeau l’auteur !

Pourtant, sortie de cette lecture, quelque chose m’a dérangée. Je n’ai pas compris pourquoi j’avais ce sentiment un peu étrange d’être partagée ou de regretter quelque chose, et il m’a fallu trois jours pour mettre la main dessus.
D’abord il y a le sempiternel couple de flics qui m’a profondément agacée parce que bon, on le retrouve un peu dans tous les thrillers policiers maintenant. Dans ce thriller-ci, il aurait presque une importance et une raison d’être. Il en a une mais il facilite quand même vachement la trame du coup. Pas de couple (ou de sexe) pas de Sylvie sur l’enquête et pas d’histoire. Il fallait donc que ce couple existe, ça se sent et c’est loin de passer comme une lettre à la poste. Encore que, j’aurais pu passer outre ce détail et je pense l’avoir fait.
Mais le véritable problème, c’est la fin. Elle est géniale, remet tout en question, nous fait remonter le fil de l’histoire jusqu’à revenir au début et alors, tout prend un sens et on aurait même tendance à pardonner les petites facilités scénaristiques… bref je l’ai beaucoup aimée. Mon problème avec cette fin c’est qu’elle peut être remplacée par n’importe quelle autre et que l’histoire peut aussi être changée. Pour résumer, l’histoire et sa fin, à l’inverse de l’histoire et du personnage, ne sont pas inséparables. Il n’y a pas besoin d’enquête, de flic, de Paul pour que ça fonctionne ! On aurait même pu remplacer tout ça par une histoire d’amour, du post-apocalyptique ou des démons crades dégueulasses. Alors oui si on n’a pas lu le livre, c’est flou, mais lisez-le du coup !
On peut me répondre, bien sûr, que chaque fin de chaque livre peut avoir une histoire différente et je suis d’accord. Sauf que c’est la première fois que je me fais la réflexion et que jamais je n’avais imaginé une histoire avec une autre fin ou une fin avec une autre histoire. Voilà d’où vient mon problème et pourquoi je ne suis pas satisfaite à cent pour cent. Parce que je me dis que même avec une tout autre histoire, cette fin aurait tenu la route et que cette histoire avec une autre fin aurait pu être tout aussi bien.

L’apparence de la chair reste néanmoins un très bon livre que j’ai avalé en très peu de temps. L’auteur manie le suspense avec brio et embrouille le lecteur de sorte que ce dernier a envie de rester jusqu’à la fin pour savoir. Et lorsqu’il sait enfin, il aurait presque envie de revivre l’instant jouissif où il a découvert comment l’auteur l’avait manipulé.
L’apparence de la chair

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