Peter Straub – Messe Noire

51Hn1tGkFuL._SX320_BO1,204,203,200_Wisconsin, années 1960. Spencer Mallon, un gourou au charisme sulfureux, invite ses jeunes disciples à pratiquer un rituel secret, une sorte de messe noire dans un champ isolé près de leur campus. Mais la situation dérape très vite et il ne reste de cette nuit qu’un cadavre démembré, ainsi que le traumatisme profond partagé par les survivants. De nombreuses années plus tard, l’horreur hante encore ce groupe d’amis autrefois inséparables, qui va bientôt devoir se confronter de nouveau à la terrifiante question de la nature même du mal…


Cette chronique a été revue et corrigée, et pour une fois modifiée. Normalement, je me contente de passer les vieilles chroniques déterrées par les visiteurs, au correcteur (que je n’avais pas avant) mais cette fois-ci, en me relisant, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser cette chronique en l’état.

Ce que j’aime beaucoup avec les couvertures Bragelonne, c’est qu’elles donnent le ton. Bien souvent, premières et quatrièmes sont en corrélation et j’avoue avoir un petit faible pour cette maison d’édition. Une nouvelle fois donc, la couverture de Messe Noire est efficace. La quatrième nous parle de gourou charismatique ainsi que de rituel secret, et la première nous propose une certaine ambiance angoissante : une maison perdue dans un champ de blé, des oiseaux noirs de mauvais augure et un titre plus qu’éloquent bien mis en avant. Brrr, difficile de résister et difficile de n’avoir aucune attente ! Car là est le souci. Si dès la couverture du livre une ambiance s’installe, ça s’est arrêté là pour moi. 

Messe noire, c’est l’histoire de Lee Harwell, écrivain, qui nous raconte ce qu’il s’est passé ce fatidique jour lorsqu’un gourou du nom de Spencer Mallon a endoctriné ses potes – à Lee. Pour cela, il part à la rencontre des différentes personnes survivantes qui vont apporter, tour à tour, leur version des faits et ce qu’elles ont vu pendant la fameuse messe noire. Autrement dit, jamais le lecteur n’est transporté le jour de la messe noire, tout est raconté au passé comme une sorte de témoignage monotone qui m’a complètement empêchée d’entrer dans l’intrigue. Surtout, je ne m’attendais pas à ce genre de roman « investigation calme et paisible à la recherche de la vérité », et pour cause, on m’a annoncé un roman terrifiant, voire d’horreur. Or, ce livre n’est pas effrayant, il n’est pas fait pour ça. Au mieux, il est angoissant, mais rien n’est fait – tant dans l’histoire que dans la façon de la raconter – pour faire peur ou faire frémir le lecteur. Rien. Et finalement, cette histoire qui met très longtemps à démarrer, qui traîne, m’ennuie et aurait dû être lue en deux jours, s’est éternisée et ma lecture aussi.

Rares sont les fois où je cherche à tout prix à trouver d’autres activités plutôt que de m’atteler à une lecture franchement barbante. Mais avec ce livre, je l’ai fait puisque cinq jours et demi m’ont été nécessaires pour le lire alors que, s’il m’avait vraiment plu, il aurait été lu bien plus rapidement. Sur la fin, je lisais non pas par plaisir, mais pour le finir et passer à autre chose. Je pense que je serais même incapable de résumer le dernier quart tant j’ai lu sans réellement lire. En définitive, que s’est-il passé ?

Les attentes. Vivre un cauchemar, c’est ce qu’on attend du livre grâce à une couverture travaillée et soignée, un résumé très alléchant et deux ou trois citations de King qui font franchement le boulot. Malheureusement, même la messe noire n’aura pas réussi à me faire angoisser ou frissonner, et tout cela me paraît bien banal. Même le gourou a le charisme d’un bulot mort, c’est dire. Pour le cauchemar, on repassera.
Ce qui est bien dommage avec ce livre, c’est que c’est bien écrit (même si j’y reviendrai), que l’idée est bonne (même si pas vraiment originale), que les personnages sont attachants (bien que très cliché) et qu’on a envie de croire en Spencer Mallon. Le hic, c’est la construction du roman et je ne comprends absolument pas le besoin pour l’histoire, que tout cela soit raconté en tenant le lecteur bien à l’écart sans ne jamais l’immerger au cœur de la messe noire dans les années 60. On est complètement retiré, dans le présent, et on assiste avec froideur et monotonie au récit, comme si un pote nous racontait ce qu’il avait vécu des dizaines d’années auparavant sans ambiance, sans émotions, sans rythme. C’est bien dommage, j’aurais adoré être dévorée par un gourou en entrant dans la peau des personnages grâce à une écriture qui aurait pu faire le boulot.
Je reviens donc sur l’écriture de l’auteur qui m’a franchement plu au départ et qui finalement s’est avérée laborieuse. Parce que même les passages que j’ai bien aimés, je ne les ai pas dévorés. L’écriture n’est pas faite pour être dévorée, mais (a priori) dégustée. Tant mieux, ça change des romans où tout va très vite et où l’écriture est faite pour être avalée et digérée aussitôt. Ce n’est pas du tout ce que j’ai ressenti avec l’écriture de Peter Straub qui, justement, traîne. Mais trop en fait ! Ce qui fait de son récit, un récit complètement décousu qui saute du coq à l’âne. On flâne, on se perd (et l’auteur aussi), on butine par ci et par là pour finalement aboutir à un fait qui en engendre un autre, et puis l’auteur prend son temps pour déballer ce qu’il a à dire – pour parfois ne rien dire d’ailleurs. Bref, je n’ai pas toujours compris où l’auteur voulait en venir et le développement de ses idées est parfois très confus. Le livre aussi du coup !

Une histoire molle et sans rythme, un style pas mauvais, mais une façon de raconter qui perd le lecteur parce que l’auteur se perd lui-même en prenant des sentiers qui sont loin d’être des raccourcis, et résultat : on ne prend que très peu de plaisir à lire ce livre.
L’idée même du livre est bancale. Le narrateur, qui à l’époque a refusé de participer à la messe noire, a subitement le besoin, des années après, d’en connaître les détails, mais pourquoi ? On ne le sait pas trop. C’est d’autant plus étrange qu’il est marié à une survivante et qu’il aurait pu et dû avoir toutes les informations bien avant… Mais admettons. Le récit de cette journée est décousu, peu intéressant, plat et sans intérêt, les témoignages se succédant sans vraiment de logique. Des témoignages tout en longueur et qui n’en finissent plus, donnant des chapitres interminables qui affectent le rythme de l’ensemble : c’est lent ! La couverture est vendeuse et a du potentiel, mais elle ne reflète pas vraiment l’histoire.

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