Emmanuel Valnet – Innocent

innocent

Seule survivante d’un tueur en série, l’ancien officier de la police new-yorkaise Carole Anderson lutte chaque jour pour retrouver une vie normale. Son tortionnaire, Rudy Standford, croupit depuis deux ans dans le couloir de la mort. Lors d’une de ses rares sorties dans un lieu public, Carole croit l’apercevoir dans la foule. Bouleversée, elle cède au doute : et si l’homme emprisonné était innocent ?

Bientôt de nouveaux meurtres sont commis… Il est temps pour Carole d’affronter les démons de son passé.


Si je devais donner des titres à mes chroniques, je dirais que celle-ci est la chronique d’une lecture en dents de scie.

J’y ai cru. J’ai cru en ce livre dès que je l’ai croisé sur Facebook et il aurait pu me faire craquer. Innocent aurait pu être le livre qui me donne envie de me réabonner à France Loisirs. Il a sans aucun doute contribué à la réflexion, parce qu’il est une exclusivité chez ce club.
J’ai toujours mis un point d’honneur à être honnête dans mes retours, et même si c’est parfois difficile, j’y tiens. Comme dit au-dessus, j’ai cru en ce livre et j’ai montré un enthousiasme assez débordant sur Facebook. Je l’ai commencé avec ce même enthousiasme, notamment celui de découvrir un nouvel auteur avec l’intime conviction que ça allait me plaire. On ne commande pas les intimes convictions. 
Si mon instinct a eu raison sur la partie qui concerne la quatrième, dans les faits tout ne s’est pas déroulé comme prévu. C’est avec quelques regrets que je vous livre mon ressenti.

Sur l’écriture, pas grand-chose à dire, ça reste classique tout en étant agréable, ça se lit vite sans que l’on ne bute sur un mot ou une phrase. Le style est globalement plaisant.
Concernant l’histoire, c’est autre chose. Le premier point est purement personnel. Jamais un personnage ne m’a autant agacée au point d’avoir envie de lâcher un livre. Jamais jusqu’à aujourd’hui. Ça a fortement coincé avec Tess, la meilleure amie de Carole, l’héroïne. Ce personnage est insupportable ; typiquement le genre d’amie (et de personnage donc) que je déteste. Là-dessus, l’auteur n’y peut rien, c’est une question de goût et surtout de vécu. Ces copines qui pensent savoir mieux que vous, vous conseillant d’avancer, de dormir, de manger, de sortir, de voir des gens, de rencontrer des hommes, bref, de faire à peu près tout ce qu’elles font ou feraient, et tant pis si vous n’en avez pas envie, me sortent par les yeux. Du coup, chaque fois que ce personnage apparaît dans le livre, je souffle, je m’impatiente, j’ai envie qu’elle dégage. Sa présence n’est pas inutile. Au début, elle permet de créer une scène qui déclenche un peu tout. J’avoue m’être ennuyée durant cette dernière, parce que ce qui m’intéressait, ça n’est pas la séance de shopping entre copines (avec Tess) mais bien cette histoire de tueur en série (même si la scène est importante).
Il faut tout de même attendre une centaine de pages avant d’entrer dans le vif du sujet et, moi qui n’aime pas flâner, j’ai été forcée de le faire, accompagnée en plus de la fameuse Tess bien souvent, jusqu’au moment où Carole, bouffée par son statut de survivante, décide d’aller visiter Rudy Standfort dans le couloir de la mort pour avoir ses réponses et avancer. 
Si je comprends la démarche, second problème, j’ai trouvé que l’état psychologique de Carole n’avait pas été assez mis en avant pour totalement justifier cet acte. Il en faut de la douleur, du mal-être et de la souffrance pour avoir besoin de se confronter à son bourreau ! Loin de moi l’idée de dire que l’auteur n’en parle pas, il le fait. Seulement, je crois que l’accent est beaucoup trop mis sur le fait que Carole est une sportive (on en parle dans chaque chapitre : course à pied et natation tous les jours) pour que la souffrance du personnage soit ce qui me préoccupe le plus. Le sport prend une place si importante dans le récit qu’il bouffe tout le reste. Même s’il s’avère que c’est plus tard justifié, sur l’instant, ça m’a un peu agacée.

Et puis le chapitre 21. Bah oui, tout ne m’a pas déplu dans ce livre et le potentiel que j’avais senti au début, est soudainement sorti de sa coquille.

Je ne saurais pas dire comment c’est arrivé, mais d’un coup, je me suis attachée à Carole et je suis entrée dans l’intrigue en occultant tout ce qui m’avait gênée jusqu’alors. L’enquête entre en jeu et je crois qu’elle a donné ce qu’il manquait au récit pour m’intéresser.
Surtout, l’hypothèse qu’un innocent soit en prison et qu’un tueur en série coure toujours dans la nature a eu toute mon attention. Dès lors, les chapitres ont défilé. Ma lecture a parfois été ternie par les apparitions ponctuelles de Tess, son obsession pour les hommes et la baise (disons-le) mais rien à voir avec le début de ce roman qui laissait présager un abandon.
Ce qui change tout, c’est le corps d’une policière retrouvé et d’un petit détail rappelant Rudy Standford (qui croupit dans le couloir de la mort, rappelons-le). Carole est alors appelée à collaborer avec un certain Scott et se joint à l’enquête en tant que consultante. Son expérience vécue avec Sandford, pourrait aider les policiers à débusquer l’imitateur. Mais pour Carole, c’est une autre hypothèse qui la ronge. Et si elle s’était trompée en accusant Standford ?

Malgré mon avis tranchant du début, j’ai beaucoup aimé la tournure que prend ce livre lorsqu’on atteint le fameux cap du vingt-et-unième chapitre. Les doutes, le tueur qui prend contact, l’enquête, la tension et le suspense ont bercé ma lecture dès lors que tout était réuni pour me correspondre.
Il y a deux prouesses dans ce livre. D’abord, le fait que l’écrivain dans un livre (celui qui m’horripile tant) ne soit absolument pas un problème ici, je trouve même que c’est bien justifié et plutôt bien utilisé. La seconde, c’est de m’avoir fait en partie oublier tous les désagréments du début, non seulement grâce au chapitre vint-et-un, mais surtout grâce à la suite des événements et la fin. Cette fin justifie tout ce qui m’a gênée jusqu’alors, et même si je n’ai pas changé d’opinion les concernant, je me dis que, OK, c’était nécessaire.

Globalement, il y a eu trois étapes dans ma lecture. La première qui a failli me faire lâcher le bouquin surtout à cause d’un personnage dont je n’ai pas du tout supporté la façon d’être ; puis un chapitre qui a tout changé parce qu’il a lancé l’histoire, même si je trouve qu’il arrive tardivement ; et la fin qui m’en a bouché un coin. L’évolution est plutôt positive, mieux vaut ça que l’inverse. Au moins dans ce livre, pas d’effet soufflé et ça, c’est bien. Il y a une vraie histoire, recherchée, qui surprend à la fin et qui émeut même. Il y avait du potentiel et finalement, en persévérant, ça a marché.

Innocent sur France Loisirs

 

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