Lou Vernet – Un Trop grand silence (Livre 2 : La Virgule)

513a7J+UoRL._SX304_BO1,204,203,200_.jpgEn cette veille de Noël, Paris sombre dans la stupeur : la mort frappe à six reprises, en six lieux de la capitale, sur un intervalle de six heures. Entre les résidents d’une maison de retraite huppée qu’une main assassine a empoisonnés, et des squatters qu’on a sciemment ensevelis dans l’explosion d’un immeuble sordide, pas de dénominateur commun. Pour le duo d’enquêteurs, la Carpe et la Virgule, privé et flic aguerris, c’est l’impasse : quel est le mobile du ou des tueurs ? Quelle est la logique de cet enchaînement macabre ? Le flair de l’un et le pragmatisme de l’autre ne semblent pas suffire à dénouer l’écheveau de cette singulière affaire. Doivent-ils pour autant se fier aux allégations du mystique César ?


Lou Vernet est une sorte d’extraterrestre dans le monde du polar. Si vous n’avez pas peur de voir tous les codes classiques du genre être violentés et bousculés, cette auteure est pour vous.
Lou Vernet c’est une écriture poétique, douce, magnifiée par la dureté du propos. Parce que plus c’est noir, plus c’est beau. C’est tout en rondeur et en beauté, une écriture pleine de grâce même lorsqu’on raconte le destin tragique d’une dizaine de personnages. César, Hub, Zébulon, Renée, Julie, Bastien, Isabelle, Pierre, Lili, Betty, entre autres. Autant de personnages et de destins à jamais bouleversés par les attaques perpétrées à Paris, mais pas que. Un Trop grand silence c’est surtout l’histoire de tous ces personnages et d’une enquête bien plus originale qu’il n’y paraît, dans laquelle toutes les premières pistes et début d’explications vont être chamboulées. On parle d’attentats, certes, mais on est loin de les traiter comme on peut se l’imaginer. Lou Vernet se démarque par sa singularité et sa tendresse. Il n’est point question de faire dans le spectaculaire ou le larmoyant. Du tout. D’ailleurs, les attentats ne sont pas autant exploités que ça, relégués assez rapidement au second plan tout en planant au-dessus de l’histoire, juste ce qu’il faut pour que l’on comprenne, sans entrer dans les détails potentiellement choquants. Pareil pour les personnages et leurs émotions : rien n’est fait de façon purement intentionnelles, grossière et prévisible, dans le but de toucher la corde sensible du lecteur. Tout est écrit avec pudeur, là est l’essentiel pour moi, loin d’être « pour » lire ce genre de livres qui surfent, ni plus ni moins, sur un sujet vendeur, parce qu’il touche forcément le lecteur qui se souvient des attentats qui ont eut lieu en France et qui ont marqué plusieurs générations.
Je me suis laissée embarquer dans cette histoire que je savais d’avance difficile, grâce à l’écriture si particulière et jolie de Lou Vernet. Les phrases sont saccadées histoire d’appuyer un propos ou une idée. Parfois il faut attendre plusieurs phrases pour que chaque idée se regroupent et donne un fait final plus grand. C’est aussi le cas pour la construction du roman.

On pourrait croire que ce récit est décousu. D’abord parce qu’il y a beaucoup de personnages et que chacun a droit à son histoire : son passé, un peu ; les instants avant le drame et surtout, le aprèsEnsuite parce que ces différents personnages et histoires n’ont, a priori, aucun lien entre eux. D’ailleurs, la manière dont est construite l’histoire est loin de laisser présager une réunification de tous ces personnages. Et pourtant… Enfin, parce que les chapitres sont courts et que l’auteure se doit d’en dire le plus possible en un minimum de temps (l’histoire va assez vite et elle ne tient que sur quelques jours) on peut avoir l’impression, parfois, de sauter du coq à l’âne.
Ne vous y trompez pas, cette sensation de récit décousu est un trompe l’œil. L’auteure sait parfaitement où elle va et surtout, où elle mène son lecteur, ses personnages et son intrigue. Tout trouve un sens à un moment donné, il faut simplement se laisser guider en prenant et en assimilant ce que l’auteure nous donne.

Si j’ai tant été attirée par ce livre et pas un autre – j’ai d’ailleurs attendu le salon du livre de Tulle pour me le procurer auprès de l’auteure directement – c’est grâce à son titre. Le mot « silence » a réveillé quelque chose en moi et m’a rendue curieuse. J’ai peut-être sorti ce mot du titre de son contexte parce qu’en vérité, même si j’ai vu la présence de ce silence, il y a beaucoup de bruit dans ce livre. De la colère même. Ça hurle et ça souffre dans tous les sens, ça explose et ça saigne. J’ai ressenti comme un cri mais peut-être est-ce encore une interprétation personnelle due au contexte, aux personnages, à l’intrigue.

Lire Lou Vernet, en plus d’être plongé dans un univers polardeux revisité (en ce qui concerne cette série), est toujours une expérience très particulière et plaisante. La richesse et la singularité de l’écriture portent les intrigues, les subliment et leur donnent un certain éclat que je ne retrouve nulle part ailleurs. Les intrigues sont toujours soignées et originales, touchantes et bouleversantes assez loin du genre polar classique. Je me suis régalée à lire Un Trop grand silence, jusqu’au dernier mot des remerciements.

Un Trop grand silence

Tome 1 : La toile aux alouettes

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