Marguerite Duras – Le Ravissement de Lol V. Stein

51VckdK9bzL._SX302_BO1,204,203,200_L’histoire de Lol Valérie Stein commence au moment précis où les dernières venues franchissent la porte de la salle de bal du casino municipal de T. Beach. Elle se poursuit jusqu’à l’aurore qui trouve Lol V. Stein profondément changée. Une fois le bal terminé, la nuit finie, une fois rassurés les proches de Lol V. Stein sur son état, cette histoire s’éteint, sommeille, semblerait-il durant dix ans.
Lol Stein se marie, quitte sa ville natale, S. Tahla, a des enfants, paraît confiante dans le déroulement de sa vie et se montre heureuse, gaie. Après la période de dix ans la séparant maintenant de la nuit du bal, Lol V. Stein revient habiter à S. Tahla où une situation est offerte à son mari. Elle y retrouve une amie d’enfance qu’elle avait oubliée, Tatiana Karl, celle qui tout au long de la nuit du bal de T. Beach était restée auprès d’elle, ce qu’elle avait également oublié. L’histoire de Lol V. Stein reprend alors pour durer quelques semaines.


Marguerite Duras, avant d’être une écrivaine aux histoires envoûtantes, est avant tout un style. Une plume qui transpire la fragilité des personnages et la délicatesse d’une auteure qui réussit à capturer l’instant présent et conserver l’authenticité de ses histoires. On me dirait aujourd’hui qu’elle a écrit Le Ravissement de Lol V. Stein assise dans un fauteuil en observant la vie de ces personnes se dérouler sous ses yeux, je le croirais. Parce que sous les miens, d’yeux, les personnages de Marguerite Duras ont pris vie. Mieux que ça, ils sont vivants. Tous. J’ai entendu la musique s’échapper d’une pièce pour se faufiler dans une autre jusqu’aux oreilles de Lol ; j’ai entendu les murmures et lu sur les lèvres ; j’ai dansé avec grâce et émotion ; j’ai serré des hommes dans mes bras, et j’ai souffert. Terriblement souffert.
Le style Duras est sophistiqué, recherché, vif parfois, lent d’autre fois, mais très abordable. Les tournures de phrases, même si on aurait désormais tendance à s’accoutumer aux phrases courtes et expéditives, donnant une vitesse rapide à la lecture, deviennent fluides et magnifiques une fois que l’on est habituée aux façons de faire de Marguerite Duras. Maîtresse des phrases à rallonge (tout de même bien plus utilisées dans L’Amant) jamais l’auteure ne se perd ou ne perd son lecteur, les phrases poétiques et dansantes étant travaillées à la virgule près. Certains diront que ça part dans tous les sens, c’est parfois vrai. Aussi vrai que lire Duras n’est pas fait que pour se divertir, peut-être le lecteur doit-il s’investir lui aussi pour tout comprendre et capter chaque instant de vie. Parce que parfois, c’est en fin de phrase que l’on se rend compte de l’idée générale d’un paragraphe et que Duras nous dévoile enfin, où elle voulait en venir. Il faut être patient et prendre le temps parce que l’ensemble en vaut la peine.

Il n’y a rien de plus à savoir sur l’histoire que le résumé de la quatrième de couverture. En dire plus serait gâcher la poésie du récit et la découverte des personnages tous aussi marquants les uns que les autres. Il ne faut évidemment pas attendre de Marguerite Duras qu’elle nous surprenne par des rebondissements que l’on n’aurait pas vu venir ou par la profondeur d’une intrigue incroyablement surprenante. Je pense qu’il faut être un doux rêveur pour apprécier son écriture, ses histoires mais surtout, ses personnages. Ces personnes authentiques, plus vraies que nature, sont l’essence même de ce livre. On voit les gestes, ont sent les odeurs, on surprend les regards et les expressions du visage, on admire les vêtements et on voit ces personnages évoluer dans un décor et une histoire comme s’il s’agissait d’acteurs et d’une pièce de théâtre. Lire Marguerite Duras est définitivement un événement très particulier. Le genre de lecture dont je devrais me nourrir plus souvent parce que celle-ci a été enrichissante, efficace, touchante. Ne jamais pouvoir rencontrer cette auteure qui, j’en suis certaine, devait être une femme passionnante, est un amer regret.

Inutile de dire que j’ai enfreint ma bonne résolution qui voulait que je vide ma PAL avant d’acheter d’autres bouquins. Ça diminue doucement mais je n’ai pas résisté au plaisir de m’offrir La douleur et La pluie d’été.

Tatiana ne croit pas au rôle prépondérant de ce fameux bal de T Beach dans la maladie de Lol V.Stein.
Tatiana Karl, elle, fait remonter plus avant, plus avant même que leur amitié, les origines de cette maladie. Elles étaient là, en Lol V. Stein, couvées, mais retenues d’éclore par la grande affection qui l’avait toujours entourée dans sa famille puis au collège ensuite. Au collège, dit-elle, et elle n’était pas la seule à le penser, il manquait déjà quelque chose à Lol pour être – elle dit : là. Elle donnait l’impression d’endurer dans un ennui tranquille une personne qu’elle se devait de paraître mais dont elle perdait la mémoire à la moindre occasion. Gloire de douceur mais aussi d’indifférence, découvrait-on très vite, jamais elle n’avait paru souffrir ou être peinée, jamais on ne lui avait vu une larme de jeune fille. Tatiana dit encore que Lol V. Stein était jolie, qu’au collège on se la disputait bien qu’elle vous fuît dans les mains comme l’eau parce que le peu que vous reteniez d’elle valait la peine de l’effort. Lol était drôle, moqueuse impénitente et très fine bien qu’une part d’elle-même eût été toujours en allée loin de vous et de l’instant. Où ? Dans le rêve adolescent ? Non, répond Tatiana, non, on aurait dit dans rien encore, justement, rien. Était-ce le cœur qui n’était pas là ? Tatiana aurait tendance à croire que c’était peut-être en effet le cœur de Lol V. Stein qui n’était pas – elle dit : là – il allait venir sans doute, mais elle, elle ne l’avait pas connu. Oui, il semblait que c’était cette région du sentiment, qui, chez Lol, n’était pas pareille.

Le ravissement de Lol V. Stein

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