Claire Favan – Serre-moi fort

51lcGLFvbaL._SX303_BO1,204,203,200_« Serre-moi fort. » Cela pourrait être un appel au secours désespéré. 
Du jeune Nick, d’abord. Marqué par la disparition inexpliquée de sa sœur, il est contraint de vivre dans un foyer brisé par l’incertitude et l’absence. Obsédés par leur quête de vérité, ses parents sont sur les traces de l’Origamiste, un tueur en série qui sévit depuis des années en toute impunité. 
Du lieutenant Adam Gibson, ensuite. Chargé de diriger l’enquête sur la découverte d’un effroyable charnier dans l’Alabama, il doit rendre leur identité à chacune des femmes assassinées pour espérer remonter la piste du tueur. Mais Adam prend le risque de trop, celui qui va inverser le sens de la traque. Commence alors, entre le policier et le meurtrier, un affrontement psychologique d’une rare violence…


Claire Favan s’attaque à un sujet a priori banal mais épineux et difficile : la disparition d’êtres chers. Mais la disparition dans ce qu’elle a de plus large : une adolescente qui s’évanouit dans la nature et une mère de famille qui décède des suites de cancers. Ces deux histoires traitent de nombreux sujets similaires, chacun abordé totalement différemment : l’espoir, le deuil, la reconstruction, la douleur, le chagrin, les reproches, la famille qui vol en éclats, le pardon, l’acharnement de la vie, et j’en passe. Chaque personnage vit la situation à sa façon, échoue et se relève, fait des erreurs mais avance. Il est agréable de faire des parallèles entre ces deux histoires, de comparer les façons de réagir, de se battre ou de s’en sortir. À travers deux familles et une pléiade de personnages, Claire Favan dépeint un éventail très large de sentiments et d’émotions vécus différemment d’un protagoniste à un autre, et ce texte nous ressemble. Trop.

Cette lecture a été difficile. Éprouvante. J’ai tellement ressenti et vécu que j’en ai été touchée voire atteinte. Il a fallu que j’entrecoupe les séances de lectures et que je lise un autre livre en parallèle pour encaisser. Et ça n’a pas toujours été plaisant.

Août 1994. Lana disparaît laissant derrière elle Nick, son frère qui fêtera ses 17 ans dans l’indifférence générale, Gina, sa mère dont la déchéance se résume à se laisser mourir et John, son père qui sombre dans l’alcool. Nick, seul survivant de ce drame familial, porte sa famille à bout de bras, joue le rôle de parents auprès de sa mère qu’il s’évertue comme il peut à maintenir en vie malgré des réactions virulentes de sa part. Nick qui touche profondément le lecteur dès le début, personnage pour qui ma compassion n’a jamais été aussi marquée. De la compassion et de l’attachement, j’en aurai également parfois pour la mère. Difficile pour moi d’imaginer la perte d’un enfant et pourtant à travers cette maman, j’ai un aperçu assez effrayant et douloureux. Grâce aux mots de Claire Favan, une partie de moi a sombré avec la maman, l’autre s’est battue aux côtés du frère. Une autre s’est aussi révoltée, totalement démunie face à la réaction de ces parents qui abandonnent leur second enfant sous prétexte que l’autre a disparu. J’ai du mal à concevoir cette réaction et pourtant, je sais qu’elle existe. Et puis, le réveil, l’espoir, et le combat.

Mai 2014. Trois gamins jouent dans la forêt lorsque le sol se dérobe et que l’un d’eux est aspiré dans la grotte dont le toit vient de s’effondrer. La cachette d’un tueur en série vient d’être découverte, une enquête est ouverte : il faut identifier les corps. À sa tête, Adam Gibson, un père de famille qui vient de perdre sa femme et dont le dialogue avec ses enfants est totalement rompu. Personne ne se comprend, chacun vivant le deuil bien trop différemment pour accepter les façons de faire de l’autre et ses mensonges. Au milieu de ce désordre familial, Nicole la belle-mère d’Adam qui pour une fois, ne jouera pas le rôle de la méchante, bien au contraire. Dans cette famille où les reproches fusent, Nicole est celle qui relie tout le monde. Et pourtant, le pire est à venir.

Deux histoires qui ne ressemblent pas mais qui ont tellement de points commun que c’en est beau dans la réalisation. Un peu moins dans les faits. Il faut s’accrocher parce que les mots déchirent, brisent les cœurs, fracassent les âmes et que le lecteur est condamné à encaisser tout ça. Il faut accepter l’injustice des Hommes qui, dans la douleur, font payer leur peine aux autres quitte à les blesser et les enfoncer, et à s’enfoncer eux-mêmes. L’impuissance du lecteur face à la déchéance de tous ces personnages est frustrante et douloureuse.
Si ce roman devait être lu, en plus de tout ce que j’ai déjà dit avant, ça serait pour la justesse des intentions et des émotions retranscrites ainsi que pour la précision avec laquelle l’acceptation ou le déni de la disparition de l’autre est décrit. Et sûrement aussi parce que l’histoire est très bien ficelée et originale.
Moins pour sa fin en ce qui me concerne. Pas de coup de poing dans le bide, l’erreur la plus grosse de ce livre a été d’annoncer le tueur de Lana dès la fin de la première partie (au premier tiers du livre) qui aurait fait une très bonne révélation en dernière partie (qui est d’ailleurs construite de façon à recevoir ce genre de révélation qui gifle). Alors, je m’attendais à ce que le coup de poing final porte sur autre chose, et non. De coup de poing, il n’y en aura pas. Quel dommage. D’autant plus que Claire Favan ne reporte ce manque de dernière révélation sur rien du tout et que la dernière partie, si elle tient ses promesses de « violent affrontement psychologique » s’est achevé en me laissant dans l’attente de quelque chose. La réunification des deux histoires n’y changera rien, et pourtant j’adore ce genre de construction. Ici ça n’a pas fonctionné, je l’ai vu venir de trop loin même si je n’avais pas le comment. Le livre se termine comme un soufflé. C’est bien dommage parce que le reste est glaçant.

Serre-moi fort

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