Claire Favan – Dompteur d’anges

Un livre, finalement, c’est une évidence à l’instant où nos yeux le croisent. Ça n’est pas nous qui le choisissons, mais lui qui nous choisit. Parmi ses congénères, c’est lui qui brille plus que les autres et c’est lui qui veut être lu. Dompteur d’anges a été une de ces lectures non forcées (comme toujours) mais surtout non choisies. Elle s’est imposée à moi, comme une évidence au point de laisser mes lectures en cours de côté. Le chuchoteur de Donato Carrisi ainsi que Ils vont tous mourir de Raphaël Grangier ont été mis en pause le temps de découvrir Claire Favan.


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Personne n’aime les tueurs d’enfants. En prison encore moins qu’ailleurs. Harcelé, battu, agressé quotidiennement sous le regard aveugle des matons, Max Ender vivra cinq ans d’enfer. Le crime qui l’a jeté là, Max ne l’a pourtant pas commis. Finalement innocenté, c’est un autre homme qui retrouve la liberté. L’homme à tout faire s’est mué en prédateur. Ses tortionnaires, il les châtiera un par un, par l’intermédiaire de leurs enfants, préalablement enlevés, dressés, domptés : les anges de sa vengeance, au glaive ensanglanté…

 


Deux choses m’ont toujours attirée chez Dompteur d’anges. Le nom de son auteur qui sonne bien je trouve (comme celui d’Odehia Nadaco et j’ai adoré mes lectures de cette auteure) et la couverture du livre. Et je me suis arrêtée à ça. J’ai lu quelques retours en diagonale, j’ai bien remarqué que l’auteure plaisait à certains (pas à tous, tant mieux) mais jamais je ne m’étais arrêtée sur la quatrième (ou je ne m’en souviens pas). Et puis j’ai reçu le livre (merci Annick).

Enlèvement, (plus ou moins) séquestration et domptage d’enfants ? Elle y va fort la dame.

Ce résumé, je ne m’y attendais pas. Et ce que cache la couverture, non plus. Il est très difficile de parler de ce livre sans dévoiler son intrigue. Je m’attendais donc à rencontrer Max Ender et à découvrir comment, par le fruit du hasard, il s’est retrouvé en prison. Je me doutais que l’on me raconterait ce qu’il y a vécu (aussi dur cela soit-il à lire peut-être, mais ça reste plutôt soft), comment il en est sorti et pourquoi il est devenu un prédateur. Une fois remis en liberté, il y a donc toute la partie enlèvement et domptage d’enfants. Cette grosse partie de l’histoire, qui n’est en fait que la première partie de l’intrigue (là est la surprise), n’est vraisemblablement pas « tout public » comme l’indique le résumé sur Amazon. Non pas que le domptage des gosses soit si dur que ça (encore que, il faut encaisser un minimum) mais le pourquoi ils sont domptés, glace le sang. Parce que tant que l’on ne sait pas quel est le but ultime de Max Ender, on se dit que ça reste gentillet. Jusqu’à ce que les gosses soient lâchés dans la nature comme des fauves et que Ender leur donne leur première mission. J’ai trouvé le processus d’endoctrinement assez efficace et convaincant pour que j’y adhère, ce qui n’était pas gagné. Encore que, les enfants à cinq ans sont encore très influençables et par conséquent, il est assez facile de les modéliser. L’auteure fait le judicieux choix d’apporter une nuance avec un certain gamin plus réticent et difficile, et c’est tant mieux. C’est pour ce genre de réticence que je pensais qu’il n’est pas toujours aussi facile de dompter un enfant, mais comme l’auteure apporte la nuance, j’abdique volontiers.

Puis viens la seconde partie, des années plus tard. Le lecteur se retrouve du côté de la police et du FBI, mais pour savoir pourquoi, comment et avec qui, il faut lire le livre parce que la fin de la première partie et la seconde se découvrent par soi-même. Je crois avoir encore plus adoré cette partie-ci que la première qui était déjà bien addictive. La tension monte d’un cran et même si j’ai un peu trop tiré sur quelques ficelles de l’intrigue dévoilant à l’avance deux ou trois rebondissements qui ne m’ont donc pas surprise, je l’ai beaucoup aimée. Les deux parties du livre et tous les événements presque anodins de la première se rejoignent, et l’enquête devient diablement haletante et riche en suspense, si bien que, jusqu’au dernier moment, on ne sait comment tout cela va se finir.

Si j’ai franchement été emballée par l’originalité de l’intrigue parce que tout ce qui est dans ce livre, je ne l’ai lu nulle part ailleurs, je lui donne tout de même quelques bémols.

J’ai trouvé dommage que l’auteur use autant d’ellipses alors que ce qui se passe pendant ces laps de temps parfois énormes, est à mon avis hyper important pour comprendre l’évolution des personnages. Pour prendre un exemple qui n’est pas dans le livre, c’est comme si on vous racontait l’histoire d’un violeur de femmes pendant 200 pages et que tout d’un coup, ellipse, 20 ans plus tard, le mec est président d’une association visant à apporter de l’aide aux femmes violées. Bien sûr mon exemple est bien plus gros que dans le roman (encore que…) mais ce qui a beaucoup manqué à ma curiosité et mon cerveau (qui se posent trop de questions lorsque je lis), ce sont les explications pendant ces ellipses. Et c’est d’autant plus frustrant que je ne saurais jamais ce qu’il s’est passé exactement. C’est un ressenti personnel je pense ; j’ai eu ce manque d’explications, d’autres ne l’ont pas eu et se sont contentés du cœur du sujet. C’est aussi une façon de voir les choses que je n’ai pas réussi a adopter.
Second et dernier bémol : la fin. C’est encore personnel parce que cette fin, en soi, n’est pas plus mauvaise qu’une autre. Seulement, j’ai un peu de mal avec les fins heureuses ou positives lorsque tout le roman a été noir, violent parfois et angoissant jusqu’à la dernière ligne.

Pour le reste, je viens de découvrir une auteure de talent, pleine de créativité et surtout d’originalité. Sûr que je remettrai mon nez dans les écrits de Claire Favan tant j’ai été éblouie par la richesse et la singularité de son intrigue qui ne ressemblent à rien d’autre de ce que j’ai lu. L’auteure va assez loin dans le morbide et le dérangeant, et j’aime beaucoup cela.
Au-delà de son intrigue, j’ai été complètement séduite par ses personnages, du plus gentil au plus mauvais, chacun ayant un petit quelque chose d’humain et de touchant qui m’a empêchée de complètement les détester. Oui quelque part, j’ai eu de la compassion, même pour Max Ender qui, pourtant, est terriblement détestable à cause de ses actes. Tout cela, grâce aux vécus et à la psychologie des personnages qui sont plutôt bien travaillés et racontés de façon percutante.
L’histoire écrase le style dans le sens où il est totalement passé au second plan, mais globalement j’ai beaucoup aimé la plume de Claire Favan, et si je ne l’avais pas aimée, vous en auriez entendu parler pour sûr !

Si je peux me permettre un conseil en ce qui concerne ce livre : ne vous laissez pas impressionner ou intimider par la quatrième qui peut clairement vous emmener sur de fausses pistes. Loin de moi l’idée de dire que l’enlèvement des enfants et leur domptage ne sont pas du tout abordés, mais ils le sont différemment de ce que l’on pourrait croire. Et surtout, de façon beaucoup moins cruelle ou difficile à encaisser. Enfin, l’histoire est plus riche qu’il n’y parait et ça serait dommage de passer à côté à cause de  la quatrième de couverture.

Dompteur d’anges

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