Maud Mayeras – Hématome

51Iw1hXYIoL._SX332_BO1,204,203,200_Une jeune femme se réveille péniblement dans une chambre d’hôpital. Elle ne sait ni qui elle est, ni pourquoi son corps la fait autant souffrir : sa mémoire est comme effacée. A son chevet, Karter, son compagnon. Effondré, il apprend à la jeune femme qu’on l’a agressée, puis violée. Il fera tout pour lui redonner le goût de vivre. Dès sa sortie, Emma, assaillie par des flashs terrifiants, tente de reconstituer le puzzle de sa vie. Les questions se suivent et les zones d’ombre apparaissent : qui l’a agressée alors qu’elle attendait un enfant ? Elle dirigeait une affaire prospère ; quel grand malheur a mis un terme à sa carrière ? Son frère et sa mère sont morts ; pourquoi le silence la sépare-t-elle de son père depuis toutes ces années ? Bribe par bribe, les souvenirs resurgissent, sans apporter compréhension ni réconfort. Emma croise des personnages de plus en plus inquiétants et la mort semble peu à peu tout recouvrir autour d’elle, telle la neige qui prend doucement possession de la ville.
Le mystère s’épaissit pour brutalement exploser dans un dénouement aveuglant, comme un flash dans l’obscurité.


Hématome est le premier roman de Maud Mayeras, aussi étais-je prête à croiser les petites imperfections des débuts. Étant donné les longues années entre les parutions de Hématome (2006) et Reflex (2013), je me suis dit qu’il y aurait probablement une évolution significative entre les deux. Au niveau du style, de l’aboutissement de l’histoire, peut-être même de la façon de voir les choses de l’auteure. Ce genre d’évolution est assez remarquable chez certains auteurs lorsqu’on lit leurs livres dans l’ordre de parution. Mais lorsqu’on part du plus récent vers le plus ancien, comme je le fais avec Maud Mayeras, on a parfois un sentiment de régression alors que non, pas du tout, l’auteur a progressé mais nous n’avons simplement pas pris les choses dans le bon ordre.

Pas de sentiment de régression avec ce livre-là même si, c’est vrai, je trouve que l’on est tout de même un peu en dessous (et ça n’est pas non plus hyper flagrant) du style de Reflex et Lux, plus percutant et joli dans la façon de véhiculer les idées. Plus fluide, affiné et abouti aussi. En revanche, pour ce qui est des émotions et ressentis, Maud Mayeras savait déjà très bien ce qu’elle voulait dire et comment le faire. Il en va de même pour l’intrigue, niche à rebondissements et suspense.
Face au désarroi d’Emma, mes tripes se sont tordues plusieurs fois et ma gorge s’est souvent nouée. J’ai notamment le souvenir notable du passage qui narre la scène du viol, particulièrement marquante. L’auteure est loin d’abuser de termes violents ou choquants (on ne fait pas dans le gore et l’insoutenable), mais le peu qu’elle dit, toujours avec ses formes arrondies et ses mots bien choisis, sont assez justes pour que l’on s’imagine les scènes et en l’occurrence, le drame. La cause de l’amnésie de la jeune femme est dévoilé tout en finesse mais l’image finale est bouleversante et remue de l’intérieur lorsqu’on prend le temps d’imaginer la scène.

L’histoire, elle, regorge de mystères et de rebondissements. Emma retrouve peu à peu la mémoire, fouille son appartement et sa vie à la recherche de celle qu’elle est, et ce qu’elle découvre ne fait pas que la rassurer. De découvertes en déceptions, le cauchemar de la jeune femme ne fait que continuer. Le viol n’était que la partie émergée de l’iceberg, désormais elle doit encaisser l’autre partie, celle cachée au fond de sa mémoire et qui n’est pas des plus reluisantes. Certaines choses auraient peut-être dû rester dans l’oubli mais la jeune femme tient à élucider le mystère autour de sa vie et à régler ce qui doit l’être. Chose qu’elle fera sous nos yeux et sous ceux de son compagnon Karter.

Le lecteur est malmené du début à la fin. S’il ressent de la compassion dès le début pour cette pauvre Emma qui après un incident a perdu la mémoire, Maud Mayeras a prévu d’autres surprises et pas des moindres. Tout comme Emma qui découvre sa vie, le lecteur se laisse lentement glisser sur la pente pour se rapprocher toujours un peu plus des enfers. Chaque fait découvert est pire que le précédent. L’accumulation de drames vécus par Emma ne peut que remuer tant cette femme a enduré. On ne peut qu’avoir de la pitié et de la tristesse pour elle, forçant le lecteur à prendre en pleine face chaque révélation. Il faut encaisser.
Je vous laisse découvrir l’entièreté de cette histoire (et ses twist ending) qui déjà savait vers quoi elle allait : premier roman n’est pas toujours synonyme de maladresse. Une histoire aboutie et addictive, portée par un personnage marquant et un style qui avait déjà les bases de celui que l’on connaît maintenant. J’ai adoré.
J’attends donc avec grande impatience le prochain roman de Maud Mayeras en court d’écriture. Aucune date annoncée encore.

Berkowitz, Kemper et Bundy ne sont que des histoires effrayantes inventées pour sursauter au coin du feu.
Baratin.
Le mal existe et il a fallu que je me le coltine.

Hématome

2 commentaires sur « Maud Mayeras – Hématome »

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