Jax Miller – Candyland

51v4+qQK1vL._SX307_BO1,204,203,200_Sadie Gingerich, une ancienne amish, est seule dans sa confiserie d’une ville minière de Pennsylvanie. Sa vie est bouleversée lorsque son fils est assassiné par sa petite amie, Allison. Cruauté du destin, Sadie rencontre Danny, le père d’Allison, en proie à ses propres démons. Leurs lourds passés et le choc du meurtre s’entremêlent pendant l’enquête de police, révélant une vérité indicible. Entre les doux pâturages de la communauté amish, les montagnes isolées du Nord et les villes minières abandonnées de la Rust Belt, la vie et l’amour sont broyés, laminés par la drogue et la pauvreté de l’Amérique rurale. Un lieu où les rêves ne se réalisent jamais et où les fins heureuses n’existent pas.


Candyland est un roman à plusieurs intrigues, mais qui ont toutes un rapport entre elles ou sont liées par un personnage présent dans au moins deux pans de l’histoire. Dès les premières pages, nous faisons la connaissance de la touchante Sadie Gingerich dans les années 80, puis nous la retrouvons après le prologue, des années plus tard, alors qu’elle est l’heureuse prioritaire d’une confiserie à succès et une maman pas tout à fait épanouie, mais tout de même très inquiète, et pour cause : son fils n’a plus donné signe de vie depuis plusieurs jours.
À côté de ça, nous rencontrons Braxton, un inspecteur qui va bientôt prendre sa retraite, en charge de l’enquête liée au décès de Thomas Gingerich, le fils de Sadie, retrouvé mort dans d’étranges circonstances. Pour résoudre cette affaire, il sera accompagné de l’inspecteur qui prendra sa relève : Rose. Et non, il ne s’agit pas d’une femme. Et si cela vous inquiète, ça n’est pas en tant qu’inspecteur que Braxton va participer à l’histoire puisque le côté policier est très vite mis de côté.
Mais ça n’est pas tout car à côté de cette enquête, Braxton va en mener une autre, officieuse celle-ci, sur la disparition de trois enfants qui appartiennent à une communauté recluse dans les montagnes (les montagnards) et dont la cheffe est recherchée par tous les flics autant qu’elle est crainte : Ruby Heinz, qui demandera personnellement l’aide de Braxton pour retrouver son fils et les autres disparus de sa communauté.
Viennent s’agglutiner à cette riche intrigue le cousin de Braxton, Danny et sa fille Allison, ainsi que leur histoire, la communauté amishe et des Montagnards, la famille de Sadie, des destins et beaucoup de tragédie.
L’autrice nous offre même le privilège de découvrir le passé des personnages dans certains chapitres qui racontent un moment clé de leur passé et un moment clé de l’histoire. Autant dire qu’il y a énormément de matière dans ce livre, tant sur l’intrigue qu’en ce qui concerne les personnages, et qu’il est quasiment impossible de le lâcher tant les histoires entrelacées donnent envie d’en savoir toujours plus et d’appliquer le fameux adage du lecteur : allez, encore un chapitre.

L’ambiance de ce roman (qui n’est pas un policier malgré l’enquête) est terriblement noire. Prostitution et drogue rythment les journées de la petite ville de Cane. Des clans qui occupent les montagnes et les terrains abandonnés faisant proliférer leur petit trafic de meth et de gnôle en toute impunité, sèment la terreur et se font respecter à coups de règlement de comptes et menaces. Certains flics véreux ferment les yeux sur ces activités, des gamins même pas encore adolescents tombent dans les pièges et la facilité, ou se font simplement enrôler dans ces trafics. La population est malheureuse, dépendante des trafics ou dévorée par la misère. L’auteure a tellement bien réussi à décrire cette atmosphère de fin du monde que je n’ai eu aucune objection face à ce décor si souvent utilisé dans les intrigues (et pas qu’en littérature) et pas toujours très bien d’ailleurs… Exit le cliché banal de la ville gangrenée par le trafic de drogue, Candyland va bien plus loin que ça et le lecteur est plongé dans un monde effrayant de réalisme bien loin de ce que le titre du livre pourrait nous faire croire. Ces zombies accros à toutes sortes de substances et d’alcool que sont les habitants de la ville de Cane, font froid dans le dos tant leur maigreur, leurs cernes et leur allure de paumés nous prennent aux tripes. Et malgré cela, il faut avancer, survivre et faire éclater les vérités.

Quel pied !

Les seuls bémols que j’aurais à souligner sont quelques erreurs que je suppose de traduction (version poche), pas si fréquentes que cela mais suffisamment maladroites et fausses pour être remarquées et retenues. Pour que tout le monde puisse comprendre de quelles erreurs il s’agit : « du coin du l’œil » est un très bon exemple. « Tous les trois stériles » alors que l’on parle de trois femmes. Et des petites phrases grinçantes comme celles-ci, on en retrouve quelques-unes, mais tout de même très peu par rapport au nombre de pages.
À part ça, il y avait bien longtemps que je n’avais pas pris un tel plaisir à lire un bouquin et à enchaîner les heures de lecture jusqu’à en avoir les cernes qui me tombent sur les pieds. L’intrigue, très riche, garde le lecteur pendu aux mots de l’auteure du début à la fin sans aucun temps mort. Et quelle performance des personnages ! Quel travail minutieux et intelligent sur ces personnages meurtris, névrosés, malheureux. Ces Sadie et autres Braxton qui ont vécu le pire, certes, mais dont on n’imagine absolument pas leur seconde facette ! Tous les personnages de cette intrigue montrent, à un moment donné, leur second visage ou au moins un autre moins beau ou au contraire plus lumineux. Le flic détestable parce que véreux, désagréable et névrosé montre un côté affectueux, tendre et attachant sous une épaisse couche d’événements de la vie qui font que. À l’inverse ceux que l’on pensait être des victimes d’une ville qui se meurt, ceux qui n’avaient rien demandé à personne, ceux qui ont perdu un enfant, une épouse, un mari ou une occasion, avaient peut-être en réalité bien plus de choses à cacher qu’on ne le pensait. Et c’est aussi cela qui fait la richesse de cette intrigue : les révélations au compte-gouttes sur tous les personnages, entraînant certains autres dans leur chute, délivrant d’autres d’un fardeau ou d’une injustice, parce qu’à Cane, tout se sait, tout se dit, mais tout se cache aussi.

L’intrigue est construite de sorte que le lecteur en prenne toujours plein la vue, qu’à chaque révélation l’histoire soit renversée en prenant un nouveau départ tout en donnant aux personnages un nouveau visage moins luxuriant ou au contraire plus humain. Et c’est vraiment bien réussi !
Ayant adoré l’intrigue dans sa globalité, j’avais peur de la fin soufflé, ce qui m’arrive quand même assez souvent finalement. Surtout quand j’aime beaucoup une intrigue. Et non, pas cette fois-ci. Entre déchirement et soulagement, le dénouement, comme beaucoup de passages d’ailleurs, m’a tiré mes dernières larmes comme pour me marquer une dernière fois. Parce que Candyland et moi ne pouvions pas nous quitter sans une derrière gifle, cela aurait gâché tout le brillant travail fait en amont par l’auteure qui, indéniablement, a un talent monstrueux.

Merci à l’auteure Céline Saint-Charle sans qui je n’aurais jamais croisé ce livre.

Est-il nécessaire de dire que je l’ai adoré ? 🙂

6 commentaires sur « Jax Miller – Candyland »

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