Antonio Lanzetta : Le mal en soi

51d835rD1OL._SX319_BO1,204,203,200_Le petit bourg de Castellaccio, au sud de l’Italie, abrite un très vieux saule. À la fin de l’été 1985, on a retrouvé le corps de la jeune Claudia pendu à ses branches, sa tête décapitée gisant entre les racines. Trente et un an plus tard, pendue au même arbre, torturée de la même façon, la dépouille grouillante de vers d’une autre jeune fille contemple Damiano Valente, le Chacal, un célèbre écrivain de true crime. L’Homme du saule est revenu.
Hypersensible et méthodique, le visage rongé de cicatrices et condamné à traîner sa jambe brisée, Valente est hanté par cet été de la peur où lui et ses amis Claudia, Flavio et Stefano ont été fauchés par la haine, la folie et la mort. Quand le commissaire De Vivo l’appelle sur l’enquête, la traque peut commencer.


Après quelques péripéties et l’abandon – avec énormément de regret – d’Appartement 16 d’Adam Nevill, j’avais besoin d’un thriller qui envoie. On peut dire que Le mal en soi a relevé le défi, et plus que ça : j’ai dévoré ce livre, et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, exit l’enquête policière, c’est Damiano Valente, écrivain et journaliste, qui mène la danse même si, en effet, il est appelé à coopérer sur l’affaire avec le commissaire De Vivo. Mais ce pan de l’histoire est totalement absent. Je n’ai d’ailleurs pas compris la nécessité de mettre officiellement en relation De Vivo et Damiano par l’intermédiaire d’un procureur, alors qu’ils coopéraient ponctuellement déjà avant en « cachette », que c’était très bien comme ça et qu’une fois le journaliste mis dans l’affaire, les flics et le procureur sortent de l’intrigue. Ce choix de l’auteur n’apporte malheureusement presque rien à l’histoire, c’est dommage. Ou tant mieux dans mon cas, parce que les flics me m’agacent un peu en ce moment dans les romans, mais du coup je ne comprends pas l’intérêt du personnage du procureur.

Ensuite parce que l’auteur utilise une construction que j’affectionne tout particulièrement : l’alternance entre passé et présent. L’intrigue joue donc sur deux tableaux : l’année 1985 qui raconte l’histoire de Flavio qui emménage à Castellaccio et la naissance de son amitié avec Claudia, Damiano et Stefano. Un pan de l’intrigue émouvant dans laquelle se mélangent amitié, flirt, et découverte du monde à travers les yeux de jeunes adolescents, mais aussi meurtre puisque l’on assistera aux événements tragiques de cette année-là. L’auteur alterne avec l’année 2016 dans laquelle on retrouve Damiano aux premières loges de la scène de crime d’une jeune femme dans les mêmes conditions que celle de Claudia. Damiano, que les souvenirs ont violemment chamboulé, décide de mener sa propre enquête pour mettre la main sur L’Homme du saule et se venger. Il ne sera évidemment pas seul et c’est la traque de cet homme qui le hante depuis plus de trente ans que l’on va suivre avec délectation.

Si j’aime autant cette construction basée sur le temps, c’est parce qu’elle permet, bien souvent, d’éviter les temps morts et d’entrecouper certaines scènes plus calmes et plates (mais nécessaires à l’histoire) par des éléments du passé ou du présent qui relancent l’intrigue et le rythme tout en instaurant un suspense insoutenable. À l’inverse, le changement d’époque peut permettre au lecteur de respirer après une scène particulièrement éprouvante ; plutôt que de couper l’histoire et de changer de personnage, on reprend les mêmes mais dans le passé. J’ai toujours aimé cette construction, toujours trouvé qu’elle apportait un plus à l’intrigue ainsi qu’aux personnages, et que mes lectures étaient bien plus intenses avec ce concept. Ce qui fut le cas ici.

Et enfin, en plus de tout cela, qui avait déjà comblé la lectrice que je suis, l’auteur m’a achevée en déposant ici et là des chapitres du point de vue du tueur. Si d’habitude ce procédé permet au lecteur d’avoir un temps d’avance sur les personnages, ici c’est la psychologie du tueur qui est mise en avant. Ces chapitres sont peu nombreux mais suffisants pour que le lecteur tisse quelque chose avec le tueur même si ce quelque chose porte le doux nom de haine. Ça n’a pas été mon cas. Je n’ai pas eu de compassion mais je n’ai pas détesté ce personnage pour autant. Je crois que finalement j’ai compris ce qui le rongeait, sans que j’y adhère forcément. Ce point de vue est le gros plus qui a fait que, vraiment, je ne pouvais qu’aimer ce thriller. Et c’est ce qui s’est passé.

Le style d’Antonio Lanzetta permet une immersion totale dans l’intrigue qui fait défiler les pages à une allure folle. C’est direct, sans fioriture et c’est hyper efficace. L’auteur a parfaitement dosé la tension du début à la fin, faisant aller le suspense crescendo jusqu’à l’explosion finale. Il nous émeut, nous touche, nous fait ressentir la colère et la douleur, puis il nous apaise et revient à la charge pour que l’on soit fin prêt pour le dénouement que l’on attend avec angoisse ! Une fin que j’aurais aimé un peu plus étoffée concernant certains personnages et avec une question qui reste en suspens (pour ceux qui ont lu le livre, vous pourrez me dire si j’ai raté un truc) : dans l’épilogue, comment De Vivo a su où se trouvaient Damiano et les autres ?

Le livre est globalement rythmé, je n’ai pas trouvé de temps mort, ni de longueurs, tout est brillamment dosé, l’auteur s’offrant même des ellipses si nécessaire pour éviter des passages qui auraient été pénibles, j’en suis certaine. Les trajets en voiture ou les « il se restaura, se coucha et s’endormit » ça va cinq minutes en fait…
Un très bon thriller pour ceux qui comme moi, aiment bien les tueurs (en série) mais sans le côté enquête policière autour (ils sont rares ces thrillers-là). Les événements de l’année 1985 et le passé des personnages qui rejoint le présent et font éclater des vérités, j’adore ça ! On s’attache aux personnages, on vit la traque et l’intrigue grâce au style de l’auteur, on a peur, on retient son souffle jusqu’à l’ultime scène, mais on adore ça, évidemment…

Une pensée pour Katia de la page Encore un livre et du blog encoreunlivre qui m’a fait découvrir ce livre en mars, grâce à une chronique qui m’a convaincue d’acheter Le mal en soi. Vraiment sans regret !

Le mal en soi

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