José Carlos Somoza – La dame n°13

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Une clandestine hongroise, un vieux médecin pragmatique et un professeur de lettres désaxé forment la profane trinité chargée de juguler les pouvoirs de treize sorcières du verbe. Dans ce suspense fantastique, la poésie, censée réfléchir toutes les beautés du monde, devient la plus raffinée des armes de destruction.


C’est toujours la même chose : des figures féminines puissantes et perverses, entretenant un lien quelconque avec l’art.

Avant de me plonger dans ce roman, j’en avais commencé un autre que j’ai très vite mis de côté. Non pas que le roman ne me plaisait pas, loin de là, mais par curiosité d’abord, j’ai voulu lire le premier chapitre de La dame n°13. Par intérêt, ensuite, j’ai lu le suivant. Par fascination, enfin, j’ai enchaîné les cent premières pages… Pour ne plus le quitter.
En commençant La dame n°13 je n’avais aucune attente liée à la terreur, le film (Muse) ne m’ayant pas plus terrorisée que cela, malgré l’affiche qui laisserait penser qu’il s’agit d’une histoire d’esprit. Mais non. Il n’est pas question de fantôme ou de démon, pas même d’horreur dans ce livre (et ce film), mais de créatures fascinantes, belles mais terriblement dangereuses dotées d’un pouvoir insoupçonné : la poésie.

Salomon Rulfo, un professeur de lettres fait depuis deux semaines le même cauchemar dans lequel il voit une maison, des pièces et des corps. Un assassinat. Voulant cesser de rêver, il se rend chez un médecin généraliste à qui il finit par se confier sur ce rêve qui le hante. Un jour, il découvre à la télévision un reportage sur la mort des personnes qu’il a vues en rêve, dans les mêmes conditions, dans la même maison : un assassinat qui s’est déjà produit, mais dont il n’a jamais entendu parler. En se rendant sur les lieux de l’assassinat, Rulfo réalise qu’il s’agit bien de la même maison que dans ses rêves. Le médecin conseille à son patient d’en rester là, d’oublier, ce qu’il ne fera évidemment pas et pour cause, dans son rêve, la victime appelle Rulfo à l’aide, déposant des indices et des mystères ici et là que l’homme ne peut ignorer tant ce rêve le hante… En retournant à la maison, il découvre quelque chose dont il va s’emparer, s’attirant les foudres de plusieurs femmes, 13 exactement, liées à la poésie, capable de faire endurer les sorts les plus terribles, grâce aux mots.

Et si les ondes que nous déclenchons en parlant pouvaient altérer l’orbite des électrons environnants au point de produire de grands changements dans la réalité ?

Rulfo va alors mener l’enquête sur toute cette histoire et, de fil en aiguille, percer le mystère qui entoure l’existence (ou non) de ces treize dames. Ce qui au début, n’est qu’une histoire à peine croyable à base de femmes et de secte, se transforme très vite en quelque chose de plus obscure et fascinant. Viennent s’agglutiner aux fantaisies racontées depuis des décennies, des faits étranges vécus par les personnages, des souvenirs d’enfance, des bribes d’histoire racontées dans la confidence et de (vrais) grands poètes aux vers si parfaits qu’ils en deviennent terriblement dangereux.
Il y a dans ce roman et dans son écriture un côté poétique et fantaisiste très prononcé, totalement en accord avec les sujets traités. On a presque l’impression de lire un conte vieux de plusieurs siècles, adapté aux adultes, dont on se dit que c’est beau mais impossible, et puis finalement pas si impossible que ça. Parce que l’histoire autour de ces femmes est si fascinante, qu’elle en devient plausible. Parce que l’histoire a beau relever du fantastique, on ne peine pas à adhérer aux idées fantasques de l’auteur. Les petits détails, très nombreux, qui entourent l’intrigue de base (presque 600 pages tout de même) donnent du crédit à cette histoire, si bien que l’on aurait envie de croire à ces déesses des mots.

Une très belle découverte tant sur l’histoire qui m’a fascinée et éblouie par sa magie et son côté merveilleux, que sur le style et la construction du roman. Aucune phrase n’est en trop, poussive ou lourde. Chaque mot à son importance, chaque détail à sa place. L’auteur a su démontrer et prouver que les mots ont un vrai sens, et qu’ils peuvent tuer. Le tout est hypnotisant et se déguste avec gourmandise. L’histoire en béton portée par des personnages atypiques et attachants n’y sont pas pour rien non plus.
Le film est néanmoins très différent du livre (parce que les trames diffèrent), ce dernier étant plus complexe, plus recherché, plus passionnant et moins survolé avec des scènes un peu plus trash et des vers qui ont des effets beaucoup plus dévastateurs et parfois choquants (mais supportables).

On parcourt les strophes en ignorant qu’un seul vers, un seul mais c’est suffisant, se fait les griffes en vous attendant. Peu importe qu’il soit beau ou non, qu’il possède une valeur littéraire ou en soit totalement dépourvu : il vous attend là, gorgé de venin, scintillant et mortel, avec ses écailles de béryl.

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Bonus : mon retour sur le film ainsi que la bande-annonce à la fin 🙂

Qu’on se le dise, le film ne reflète pas du tout le bouquin qui est bien, bien, bien au-dessus au niveau de l’intrigue qui a complètement été transformée. Les personnages et leur histoire ont été modifiés les rendant fades et beaucoup moins attachants. Et pourtant, le passé de chacun a une importance capitale dans le dénouement, importance presque totalement balayée par le film qui survole ce pan de l’histoire.
Et l’histoire… Le début de l’intrigue est cliché et ennuyeux, le dénouement est totalement gâché parce que probablement adapté pour ne pas choquer (zéro prise de risque certains personnages ne doivent pas mourir au cinéma) et finalement tout a été épuré, adapté, compressé pour que l’histoire, pourtant extrêmement riche dans le livre, entre dans le cadre des 1 h 50. Même le nombre de Dames a été revu à la baisse… c’est quoi ce délire ? Au mieux, le film s’est inspiré du livre, mais ça n’est, pour moi, absolument pas une adaptation.

Au-delà de ça, c’est un bon film pour qui n’a pas lu livre ou sait faire abstraction de ce dernier. L’histoire reste passionnante et originale, et jusqu’au bout, on entretient le mystère, la tension et le suspense. Je regrette que la poésie n’ait pas plus été utilisée et les Dames mises en avant, mais comme j’ai déjà pu le dire à certaines personnes en commentaires sur Facebook, le film se concentre sur l’enquête des deux personnages principaux qui veulent percer le mystère des Dames. Alors on découvre et on explore, et le pan poésie, fantastique et sorcières est relégué au second plan. C’est aussi une façon de traiter l’intrigue, différemment du livre, mais pas du tout complémentaire. Les intrigues sont indéniablement différentes, le scénario a été réellement dénaturé.
Je conseillerais donc de commencer par le film qui raconte l’histoire dans ses grandes lignes, mais qui laisse énormément de faits de côté ce qui permet au livre d’avoir l’avantage d’être plus complet et développé. Vraiment beaucoup.
Autrement dit, ne pas avoir aimé le film n’est d’aucune utilité pour décider si oui ou non, on lira le bouquin. Ils n’ont rien à voir, n’ont pas les mêmes intentions et ne racontent presque pas la même chose 🙂

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