Maud Mayeras – Reflex

51+SkxlPrNL._SX321_BO1,204,203,200_.jpgPhotographe de l’identité judiciaire, Iris Baudry est discrète, obsessionnelle, déterminée. Disponible nuit et jour, elle shoote en rafales des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné onze ans auparavant. 
Mais une nouvelle affaire va la ramener au cœur de son cauchemar : dans la ville maudite où son enfant a disparu, un tueur en série s’est mis à sévir. Et sa façon d’écorcher ses victimes en rappelle une autre…
La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu’Iris croyait éteint va s’enflammer à nouveau dans l’objectif de son reflex. 


C’est étrange comme certains auteurs sont capables, en quelques mots seulement, de nous agripper si fort qu’il nous est impossible de détourner le regard de leurs mots. Alors on lâche prise, on se laisse bercer par le style, et les « allez, un dernier chapitre », n’existent même plus. Plus le temps, plus l’envie, pas même la conscience. Lire devient vital. L’auteure nous nourrit, nous maintient éveillés et nous empêche de la laisser, ne serait-ce que quelques heures. Parce qu’avec Maud Mayeras, tout a commencé par un style, une écriture toute en rondeur et en beauté, presque poétique, même pour dire les choses les plus horribles de ce roman. Parce qu’au début, c’est confus. L’auteure installe son décor, présente son personnage, nous fait faire des bonds en arrière en 1920, puis revient dans le présent et on ne sait quel lien unit ces deux périodes, ces personnages et ces vécus. On fait la connaissance d’Iris, personnage terriblement attachant, de son passé, et très vite le décor de la quatrième de couverture est planté tout en laissant tellement de zones d’ombre, que l’on peine à lâcher ce livre. Alors on le déguste parce que l’écriture et l’action se veulent lentes comme s’il était nécessaire de saisir chaque mot que nous sert l’auteure. Et on ne demande pas à ce que cela soit plus rapide. Au contraire, on apprécie de voir les tracts dans les rues à nos pieds, les stores qui pendent aux fenêtres et les détails des scènes de crimes à jamais capturés par un reflex. Retenez bien ce que je vais dire, c’est rare : j’ai adoré les descriptions qui n’apportent rien au déroulement l’histoire. L’auteure aurait pu me décrire tous les vêtements, les allures, les démarches, que j’aurais aimé cela parce que mon plaisir ne réside pas tant dans le contenu que dans le style avec lequel il est dit. J’ai pris plaisir à flâner, à observer minutieusement mon environnement tout en avançant dans l’histoire. Lentement. Maud Mayeras utilise de très jolis mots et elle le fait d’une façon exquise. Autant le dire, j’ai été conquise.

Par le style d’abord. Et puis par l’histoire ensuite. Cette intrigue qui, au départ, ressemble fortement à du policier pur, cache drôlement bien son jeu puisque policier, il ne l’est pas. Mais alors, pas du tout ! Tout commence avec Iris. Bon sang que ce personnage m’a touchée ! L’effet a été immédiat, je savais qu’elle allait me plaire autant que je savais que ce livre et son auteure allaient me plaire aussi. Ce qu’elle est, sa douceur et ses faiblesses, son vécu que l’auteure nous délivre à petites doses et l’aura qu’elle dégage m’ont séduite immédiatement alors même que je ne savais pas qu’elle serait le personnage principal puisque, comme d’habitude, pas question de relire la quatrième de couverture. Sur la scène de crime qu’elle photographie par erreur (un autre photographe aurait dû s’occuper de ça) Iris perçoit la marque distincte d’un tueur qu’elle connaît déjà, et pour cause, il a tué son petit garçon. Ce qu’elle ne sait pas mais qu’elle va découvrir, c’est que des victimes, il y en a eu d’autres. Mais voilà, très vite ce pan de l’histoire est mis de côté, pendant les trois-quart du livre. La vraie histoire c’est celle des personnages. L’histoire de leur vie, de leur passé et de celle qui se déroule sous nos yeux. Des personnages qui n’ont pas été épargnés par la vie et qui nous raconte tout, absolument tout, du meilleur au pire. Du plus incroyable à l’inconcevable. Parce qu’Iris est loin d’être le seul personnage troublant et poignant de cette histoire et que l’auteur nous offre une intrigue parallèle à celle d’Iris. Et c’est un autre personnage féminin qui va accompagner le lecteur : Lucie.

Lucie, c’est un peu le personnage énigmatique, dont on ne connaît pas le lien avec l’histoire qui se déroule dans le présent mais qui est là, bien là et dont on déguste chaque bouchée avec amertume et colère souvent, mais surtout avec tendresse et compassion. Son histoire est retracée des années 20 alors qu’elle n’était pas encore embryon jusqu’à sa descendance dans les années 2010. Sa pelote de vie se déroule pour finalement rejoindre l’histoire présente avec Iris et le lien qui se dessine est absolument délicieux autant qu’il est monstrueux. Ce second pan est-il réellement l’histoire de Lucie ? C’est en tout cas comme cela que je l’ai choisi. Peut-être parce que parmi la pléiade de personnages qui se donnent le premier rôle par descendance, c’est elle qui m’a le plus bouleversée.
Cette histoire n’est pas là par hasard, elle a un but, un but qui trouve son explication en fin de roman et qui, à coup sûr, vient bousculer le lecteur dont les certitudes vont être mises à rude épreuve.

Je me suis fait berner. L’auteur m’a eue à de très nombreuses reprises et chaque révélation a eu l’effet d’un coup de fouet dans le dos, celui qui fait frissonner le corps entier. Plus l’histoire avançait et plus le tableau de l’intrigue s’étendait jusqu’à donner quelque chose d’immense dans les faits, de grand dans la réalisation. Un thriller comme il est rare que j’en trouve, qui a su exactement me parler, aborder les sujets qui me touchent et m’emmener loin, très loin dans l’imaginaire.
Maud Mayeras et moi-même n’en avons pas terminé. De cette auteure, je me suis également procurée Lux, au salon du livre de Tulle. Un roman qui ne fait pas l’unanimité mais dans lequel il me tarde de plonger, au moins pour me faire mon propre avis. Lui, et ceux qui suivront car je ne compte pas en rester là !

Reflex

5 commentaires sur « Maud Mayeras – Reflex »

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