Barbara Abel – Je t’aime

513ZlrmfENL._SX309_BO1,204,203,200_Rien n’est plus proche de l’amour que la haine.
Après un divorce difficile, Maude rencontre le grand amour en la personne de Simon. Un homme dont la fille, Alice, lui mène hélas une guerre au quotidien. Lorsque Maude découvre l’adolescente en train de fumer du cannabis dans sa chambre, celle-ci la supplie de ne rien dire à son père et jure de ne jamais recommencer. Maude hésite, mais voit là l’occasion de tisser un lien avec elle et d’apaiser les tensions au sein de sa famille recomposée.
Six mois plus tard, Alice fume toujours en cachette et son addiction provoque un accident mortel. Maude devient malgré elle sa complice et fait en sorte que Simon n’apprenne pas qu’elle était au courant. Mais toute à sa crainte de le décevoir, elle est loin d’imaginer les effets destructeurs de son petit mensonge par omission…


J’ai une histoire avec Barbara Abel. Un début d’histoire. De cette auteure, je n’ai lu que Je sais pas et Derrière la haine et pourtant, j’aurais déjà envie de dire que j’adore cette auteure. Que je suis une inconditionnelle. J’aime la simplicité de son style qui se veut épuré – très épuré (quoiqu’un peu moins ici) – mais efficace – très efficace. Barbara Abel va à l’essentiel dans son écriture et ses histoires me transportent, me touchent, me plaisent. Et puis, elle a ce talent pour torturer ses personnages, loin des clichés et de la « normalité ». Très loin des cadres habituels ; un univers dans lequel sexe, beauté ou âge n’ont aucune espèce d’importance. Bien au contraire. On mélange les codes, on permute les rôles et on surprend les lecteurs avec des personnages étonnants qui sont un mélange de tout ce que l’on peut trouver ou imaginer. En réalité, il y a chez Barbara Abel une touche certaine de réalisme. J’aime utiliser une tournure que je n’utilise que pour cette auteure : le roman moins romancé par excellence. Voilà ce que j’aime, entre autre, chez elle.
Je passe rapidement sur la couverture qui ne m’attire pas, ne me rend pas curieuse, ne me donne même pas envie de la toucher. Elle a l’effet d’un répulsif et je crois bien qu’il y a une grosse erreur de la part de la maison d’édition sur cette couverture qui, apparemment, ne plaît pas tellement vu les retours que j’ai eu lorsque j’en ai parlée. Elle est d’autant plus maladroite à mes yeux, qu’elle ne reflète pas du tout le roman. Mais c’est un Barbara Abel alors il a été entre mes mains, peu importe sa couverture, et je l’ai lu.

Je t’aime c’est l’histoire d’une famille recomposée dont l’entente entre belle-mère et belle-fille ne repose que sur une bombe à retardement : un secret. Car lorsqu’il s’agit de secret on sait que l’épée de Damoclès se tiendra au-dessus des têtes jusqu’à ce qu’un drame se produise. C’est aussi l’histoire de destins qui s’entremêlent à base d’effet boule de neige. Un joint, une addiction qui sera la cause d’un événement et qui entraînera avec lui plusieurs familles, plusieurs personnages. Et les personnages de Barbara Abel que je les déteste ou les aime, ils me parlent. Ils ont tous ce petit quelque chose d’authentique que cela soit dans leur vécu, leur personnalité ou leur façon de s’exprimer, et souvent c’est d’ailleurs un mélange des trois. Chacun est unique et attachant à sa manière. Impossible pour moi de ne pas considérer un personnage. Barbara Abel est précise dans son style autant qu’elle est simple. Le mélange des deux est parfaitement équilibré et donne une réalité certaine au texte, aux personnages et aux faits. Une écriture que j’affectionne particulièrement et qui me fait, normalement, entrer dans le livre dès les premières pages. Et pourtant, cette fois-ci, c’était pas gagné.

Il y a eu le frein de la couverture, c’était inévitable. Il y a aussi eu le frein du début. J’ai vraiment adoré le prologue qui retrace le vécu des personnages et leur rapport au « je t’aime » – prologue que j’ai relu une fois le livre terminé et les destins scellés. Une façon très originale de présenter les personnages du roman et j’ai beaucoup aimé. Puis il y a eu les premiers chapitres. Le premier surtout. Celui qui expose la scène du résumé : Maude découvre qu’Alice fume dans sa chambre. J’ai trouvé cette scène particulièrement longue, tellement étirée en longueur que je n’en voyais plus le bout. 8 pages tout de même ! Alors, j’ai eu peur des longueurs. Peur de la déception aussi. Mais c’est bien le seul petit défaut de ce roman, l’unique moment de flottement que j’ai pu ressentir.
Parce qu’après, tout s’est emballé. D’abord je me suis attachée aux personnages, parfois attendrie, touchée, révoltée aussi. Ensuite il y a eu le drame, la mort et le sang, l’âge des victimes, les circonstances de la mort, les détails que Barbara Abel parvient à insérer dans son texte sans que cela soit réellement choquant mais assez pour remuer les tripes. Enfin, il y a eu l’excitation, l’envie, le désir ardent de lire, de savoir, de connaître parce que l’auteure sait tenir son lecteur en haleine. Parce que Barbara Abel tiraille en douceur et attendrit violemment. Aussi qu’elle passe de l’un à l’autre sans que l’on s’y attende parce qu’elle a le don pour les retournements de situation. Le lecteur est emporté par l’intrigue et devient dépendant de son dénouement tant les questions et les incertitudes fusent à chaque nouvelle page tournée.

Ce roman est de nouveau une réussite. D’un fait banal qui pourrait arriver à n’importe qui, Barbara Abel en fait un roman. Et même si l’on n’est pas concerné par le cadre de l’histoire (la famille recomposée), le sujet nous parle quand même parce que l’auteure manie les émotions et les intentions avec brio. Comme d’habitude j’aurais envie de dire ! Je ne me suis jamais sentie concernée par les sujets de Barbara Abel dans le sens qu’ils font rarement échos à ma propre vie. Et pourtant je me suis toujours retrouvée dans ses histoires et ses personnages jusqu’à me sentir concernée justement. Je t’aime ne déroge pas à la règle puisqu’une nouvelle fois je me suis retrouvée au milieu des personnages, à les voir évoluer, à voir les images se dessiner devant mes yeux jusqu’à ce que l’intrigue et moi ne fassions plus qu’une. J’ai ressenti, serré les dents et angoissé souvent, tout comme j’ai enlacé les instants de bonheur alors même que mon vécu ne me permettait pas de comprendre. J’ai compris et là est un des talents de l’auteure. Et si ses histoires sont si prenantes c’est aussi parce que Barbara Abel donne énormément de consistance et de présence à ses personnages, plus qu’à l’intrigue en elle-même au moins à mes yeux. Ce sont eux qui prennent toute la place et m’agrippent irrémédiablement ! Eux, ces personnages malmenés pour mon plus grand plaisir ! et personne n’est épargné, surtout pas les enfants, jeunes ou adolescents. Les bons et jolis sentiments sont autant exploités que la haine et le désir de vengeance. Il faut partir du principe qu’un ressenti sur un personnage ou qu’une situation n’est jamais acquis et que d’une ligne à une autre, tout peut changer. Basculer. Alors, ceux pour qui nous avions de la compassion ou de la colère deviennent détestables ou attendrissants. Il faut attendre la fin pour vraiment être fixé, et j’adore ça.

En fin de lecture, la question est de savoir comment j’aurais réagi si j’avais été dans la même situation que cette histoire. Et si mon enfant avait été tué dans un accident ? Et si mon adolescente avait été accusée de trafic de stupéfiants ? Et si mon couple avait dû se prendre des gifles parce que chacun défend sa tribu ? Qu’aurais-je fait et quelles décisions aurais-je prises ?
La grand force de ce roman est probablement la manière dont l’auteure aborde la problématique de la famille recomposée, ses joies et ses difficultés, mais j’y ai aussi vu des sujets admirablement bien traités, que l’auteure affectionne, je pense, tant elle les décortique toujours plus loin de romans en romans : l’amour et la haine. Jusqu’à la fin.

Il avait fallu un amour sincère pour que puisse éclore la haine, dont la force était à la mesure de l’adoration jadis éprouvée.

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