Franck Thilliez – Le manuscrit inachevé

51ullT2ZkvL._SX331_BO1,204,203,200_Aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans le coffre, le corps d’une femme. À la station-service où a été vu le conducteur pour la dernière fois, la vidéosurveillance est claire : l’homme n’est pas le propriétaire du véhicule.
Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète. Sa vie ? Un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, L’Inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale, et le traumatisme de l’enlèvement de sa fille Sarah. L’agression soudaine de son mari va faire resurgir le pire des quatre dernières années écoulées.
Dans le vent, le sable et le brouillard, une question parmi d’autres se pose : vers qui, vers quoi se tourner, quand l’unique vérité est que tout vous devient étranger ?


Les connaissez-vous, ces copines sur Facebook qui vous poussent, par passion, à vous pencher sur un auteur ? Et bien elles ont récidivé !

En voyant cette ribambelle de posts sur Facebook qui étalaient la joie des personnes ayant enfin fait l’acquisition du manuscrit inachevé de Franck Thilliez, j’ai suivi le mouvement. Aussi, parce que j’aimais beaucoup le titre et la couverture. Mais surtout, j’ai suivi l’engouement général autour de cette sortie, parce qu’une sortie a toujours un goût très spécial. Et si d’habitude je les laisse volontiers pour les autres (j’attends la plupart du temps que l’engouement se tasse, justement) ici, ça n’a pas été le cas, poussée par des copines qui affectionnent tout particulièrement cet auteur. J’ai beaucoup moins accroché avec la quatrième, je dois l’avouer, et avant même de commencer ce livre, je le redoutais. Mais c’est tout de même avec enthousiasme, curiosité et excitation que je me suis attaquée à mon second Thilliez. Après Puzzle que j’avais beaucoup aimé, c’est Le manuscrit inachevé qui est venu confirmer mon intérêt pour cet auteur que je relirai sûrement, mais…

Je suis encore sous le coup de la fin du roman. Cette fin. Mais quel dommage ! Ah que je suis frustrée et tellement déçue. Une fin aussi banale pour un roman aussi génial, c’est… dommage. Oui, je retiens mes mots, j’avais « gâchis » en tête, mais un peu réducteur compte tenu du reste du roman. C’est assez rare que cela se produise, mais j’en aurais une boule de frustration, presque de colère dans le ventre tellement je trouve cette fin loin d’être à la hauteur de l’intelligence et de la créativité de l’auteur sur tout le reste. Le manuscrit inachevé pointe du doigt depuis le début un problème de fin et en cela, il porte merveilleusement bien son nom. Il y a en effet un goût d’inachevé dans ma bouche. Un goût de : cela aurait pu être tellement épique ! Et puis non. Mais heureusement, il y a tout le reste.

J’ai rarement lu un texte aussi complexe avec lequel il faut indéniablement s’accrocher pour tenir la cadence. Une minute d’inattention peut faire perdre le fil de l’histoire qui joue sur beaucoup de tableaux avec pas mal de personnages, de destins qui s’entremêlent simplement pour nous embrouiller parce que finalement, la piste est écartée.
Il y a donc enquête, mais pas comme je commence à ne plus les aimer. Pas une enquête à proprement parlé avec uniquement des flics, des indices et des déductions pour choper le tueur en série. Ici, il y a deux enquêtes en réalité et des faits à foison qui donnent le tournis, mais rendent ce roman extrêmement vivant.
Une enquête officielle, celle des flics avec cette histoire de cadavre retrouvé dans le coffre d’une voiture, en compagnie de deux policiers plutôt sympathiques, simples et dont on ne fait pas état de leurs névroses. En réalité, le flic principal est hypnotisant parce qu’il possède une qualité rare et fascinante que je trouve tellement originale qu’elle en devient obsessionnelle. Je suis fascinée par ce personnage que j’aimerais bien retrouver dans un autre roman plus policier. Du moins, il a énormément de potentiel et je le retrouverais avec grand plaisir si cela devait arriver.
Et puis l’autre « enquête », celle de Léane Morgan s’acharnant à trouver la vérité sur l’enlèvement de sa fille. Celle-ci est moins professionnelle et protocolaire. Plus dans l’émotion aussi. Cette mère touchante prend aux tripes et transmet ses colères, ses doutes et son incompréhension, embarquant avec elle le lecteur complètement paumé. L’histoire de Léane, malgré son petit défaut (l’écrivaine qui tente de rester anonyme, mais tous les personnages savent qui elle est, et même si cela est justifié, pour moi ça bloque), fonctionne terriblement bien parce qu’elle colle à l’ambiance du livre.

Et cette ambiance, c’est le dernier point que je vais aborder. Il règne sur ce roman comme un sentiment de « je suis en train de me faire avoir par l’auteur, je le sais mais je persiste à croire que ». La construction même du roman invite volontiers le lecteur à se faire dévorer par Franck Thilliez et à se noyer dans l’océan de faits, rebondissements et révélations qu’est cette intrigue dès le début. Alors, on tente de deviner qu’elle sera la prochaine pirouette et bien évidemment, on se plante. L’effet est toujours meilleur lorsque la « chute » ne correspond pas à ce que l’on avait imaginé. Et jamais, dans ce roman, je n’ai anticipé quoi que ce soit. Pire, Franck Thilliez a su démonter mes certitudes quasiment au moment même où je les échafaudais et je dois avouer adorer me faire piéger par les auteurs. Et de ce côté-là, c’est diablement bien réussi.

Un roman dont je n’avais pas ressenti les effets depuis Claustrations de Salvatore Minni. Ce sentiment de s’être fait berner du début à la fin (tout de même plus prononcé chez Thilliez), de n’être que spectatrice de l’histoire tout en étant actrice dans le piège de l’auteur. Le lecteur piégé, que j’adore ça ! Le manuscrit inachevé ne nous donne aucune seconde de répit ; une intrigue complexe mais tellement maîtrisée qu’elle aurait pu être parfaite si seulement… la fin. Je ne peux enlever à Franck Thilliez le fait qu’il soit fort. Très fort ! Et rien que pour cela j’ai adoré Le manuscrit inachevé.

Le manuscrit inachevé
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2 commentaires sur « Franck Thilliez – Le manuscrit inachevé »

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