Jo Rouxinol – Le carnaval des illusions

51Xu74GmcdL._SX331_BO1,204,203,200_Plongée dans l’agitation d’un établissement scolaire, Eva fait ses premières armes dans l’enseignement en tant que surveillante. Elle se concentre sur le quotidien, parfois brutal, pour s’extraire d’un passé douloureux et s’empêcher de partir à la dérive. Mais le souvenir de son immersion au cœur d’une favela brésilienne continue de l’obséder bien après son retour à Paris. Avant, après, ici, là-bas, la jeune Eva navigue à vue entre ses identités multiples et nous entraîne dans un monde foisonnant de vie, jusqu’à ce que l’envers du décor impose sa sombre réalité et balaie ses illusions. Des bidonvilles cariocas aux banlieues françaises, elle affronte une violence sans frontières qui la mènera au bout de la quête d’elle-même.


Comme souvent lorsque Odehia Nadaco me conseille vivement un livre, je me précipite dessus. Bon, cette fois-ci j’ai noté le livre et l’auteure, mais j’ai attendu. Dubitative. D’abord parce que le milieu scolaire ne m’intéresse pas du tout (au contraire je le fuis comme la peste, parce que… bah parce qu’il me rappelle des mauvais souvenirs). Ensuite parce que je trouve que « avant, après, ici, là-bas » du résumé, reflète parfaitement le côté dense de cette quatrième. Et justement lorsque le résumé dit beaucoup de choses, je me méfie. Enfin, parce que les derniers mots laissent présager un potentiel côté développement personnel et que, plus va, moins j’apprécie ce phénomène. Et pourtant je me suis retrouvée avec ce livre entre les mains. Pire, j’ai eu très envie de le lire au moment de tourner la page Derniers jours.

Si j’ai commencé cette lecture avec tout un tas d’a priori, très vite elle a pris une tournure inattendue et ô combien surprenante. Quelle surprise ai-je eu en m’attachant aussi vite à Eva avec compassion et tendresse en prime ! Ce petit bout de femme, personnage diablement réaliste, a eu toute mon attention dès les premiers mots. Cette alternance entre présent au sein de l’école dans laquelle Eva exerce un métier très difficile – celui de surveillant – et le passé au Brésil du personnage, fonctionne terriblement bien, l’un rappelant et expliquant l’autre. Au-delà de ça, c’est surtout le style de Jo Rouxinol qui m’a complètement happée. Comment et pourquoi je ne saurais dire exactement. Il y a un mélange de simplicité et de raffinement dans sa façon de dire les choses qui est envoûtant. Ce style nous donne envie d’en savoir plus, toujours, alors qu’a priori, la vie d’Eva est banale. Cette vie pourrait être la mienne, ou la vôtre. Et pourtant, mon intérêt ne flanche jamais. Parce que l’authenticité du personnage fait que ça marche.

Parce que d’une vie banale, avec ses hauts et ses bas, qui aurait pu être ennuyante, Jo Rouxinol en a tiré autre chose. Quelque chose de bien plus profond et poignant. Il y a énormément de matières dans ce roman.
D’un côté, Eva dans le présent, surveillante dans un collège difficile au cœur de Paris, entourée d’élèves à la vie compliquée et aux comportements qui le sont encore plus, compliqués. Des enfants difficiles qui ne laissent rien passer, ingrats, même entre-eux. Les insultes, le harcèlement, la désobéissance, les interdits, et même les façons de parler plongent le lecteur au cœur d’un univers scolaire loin d’être atypique mais effrayant de réalisme. C’est parfois très dur, parfois attendrissant et au milieu de ce foutoir, il y a Eva. Eva qui fait de son mieux, qui tente d’être la surveillante stricte pour se faire respecter mais qui, par vocation probablement, est d’une écoute exceptionnelle dont tout élève en difficulté rêve. Du simple mal de ventre aux moqueries répétées, on a tous rêvé d’avoir cet adulte attentionné qui ne saura pas obligatoirement nous donner les clés mais qui au moins essayera et écoutera.
De l’autre côté, Eva d’avant. Eva amoureuse, et d’un homme et d’un pays. Eva qui vie une aventure humaine, une aventure tout court qui aurait pu la sublimer. L’expérience façonne malheureusement les gens et d’espoir en désillusions, Eva tombe petit à petit de son nuage. Et le lecteur avec.
De la simple idylle entre adolescents, au potentiel viol en passant par les camps de Roms et le harcèlement scolaire (entre autres), ce roman joue sur de très nombreux tableaux. Un risque à prendre pour l’auteure qui se met en danger en abordant tant de sujets sur lesquels il y a énormément à dire. Mais voilà nous n’avons pas affaire à une personne qui veut tout dire, tout de suite, en un seul et unique roman, sans approfondir. Bien au contraire, on sent que le roman a été réfléchi et que les sujets ont été décortiqués de sorte que l’on en dise le minimum mais aussi l’essentiel. Et les messages passent. Tous.

Le carnaval des illusions a tout. Je suis passée des sourires béats, niais, admiratifs, aux larmes. Les larmes chaudes, celles qui découlent d’un moment de grâce, et les glaciales qui gèlent le cœur parce que la douleur nous parle. Je me suis attachée à Eva. Trop. La sympathie, l’empathie, le parallèle que j’ai fait entre sa vie et la mienne a été rapide, presque brutal. C’est allé très haut et très vite, mais à l’image de sa vie, mes humeurs ont été en dent de scie, rythmées par les souvenirs qu’ont fait revenir les différents actes de la vie d’Eva. Bon sang que c’est bien écrit. Bien dit.

Alors j’ai vécu cette histoire de l’intérieur, au plus près du personnage puisque pendant ma lecture, je suis devenue Eva. J’ai voyagé jusqu’au Brésil, j’ai chanté, dansé, aimé. Et puis j’ai souffert aussi. Beaucoup. Pour Eva, pour les autres. Sylvana, Lisa, Daniel, Julien, les professeurs, les élèves, les petits brésiliens… j’ai découvert un peu l’envers du décor brésilien, celui que l’on découvre en retournant les cartes postales. J’ai touché du bout des doigts le monde scolaire, ce qu’il a de grisant mais aussi de frustrant.
J’avais peur de me retrouver dans une histoire banale de collégiens avec une fin aux allures de développement personnel, grossière erreur. Rien de tout ça. Ce roman n’a été qu’émotions, grâce et bonheur. Enfin façon de parler parce que j’ai aussi beaucoup pleuré… jusqu’à la fin.

Le carnaval des illusions

2 commentaires sur « Jo Rouxinol – Le carnaval des illusions »

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