Adam Nevill – Derniers jours

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Kyle Freeman est chargé de réaliser un documentaire sur le Temple des Derniers Jours, une secte basée dans le désert d’Arizona en 1975, aujourd’hui disparue. Depuis, les rumeurs vont bon train sur les pratiques déviantes et les expériences paranormales du groupe. Et bientôt une série de phénomènes inexpliqués s’abat sur la production. Expériences surnaturelles et visites nocturnes troublantes, disparitions soudaines et découvertes d’horribles artefacts, le tournage vire au cauchemar absolu…


Mes rapports avec le surnaturel et le paranormal sont très conflictuels. Je dois bien avouer être une froussarde mais adorer ce genre-là. À condition que cela soit bien fait et en l’occurrence, bien écrit. Et c’est rare.
Je n’attendais absolument pas Adam Nevill dans ce registre-là, mon esprit étant influencé par Le rituel, que j’ai lu et vu, et dont le but, je crois, n’était pas de faire peur mais d’angoisser. Et surtout, le pan surnaturel était beaucoup moins prononcé. On voyageait à travers le sous-entendu, le non-dit, l’imaginaire. On jouait avec l’ambiance oppressante de la forêt et ses bruits, bref un très bon souvenir de lecture et une adaptation cinématographique quasi-parfaite, mais dans lesquels étaient exclus toutes formes d’apparitions ou de phénomènes paranormaux, puisqu’il s’agissait en réalité d’une créature (fantastique) en chair et en os qui vivait et sévissait dans la forêt.
Dans Derniers jours, c’est un peu différent. Certes, l’ambiance oppressante et angoissante reste, mais il y a un peu plus. Il y a cette fois-ci une volonté de faire peur. Et ça marche sur moi… Les méchantes entités sont de sortie et ça tombe bien, j’adore ça !

Derniers jours, c’est l’histoire d’un producteur exécutif, Max, qui engage Kyle (et son équipe composée de Dan et Doigts de fée) afin de réaliser un documentaire sur une secte aujourd’hui disparue, mais qui a sévi dans les années 70 : Le temple des derniers jours. Si l’organisation a déjà fait l’objet de nombreux films et documentaires, une partie a été sciemment mise de côté dans chacune des réalisations : le paranormal. On raconte que des présences auraient été vues au sein de la secte. Et miracle, Max a obtenu des anciens membres encore en vie qu’ils fassent des révélations à ce sujet. Une première. Max a d’ailleurs tout organisé, du script aux déplacements, le planning est établi à la seconde près et pour cause, l’équipe n’a qu’une dizaine de jours pour tout boucler : le temps presse. Mais à la clé, une somme d’argent inespérée. Une occasion à ne pas rater d’autant plus que, financièrement parlant, Kyle est plus que dans le rouge. C’est ainsi que notre équipe se retrouve sur les traces du Temple des derniers jours, sans vraiment savoir dans quoi ils ont mis les pieds.

La majeure partie du livre est consacrée à l’enquête de Kyle et Dan (Doigts de Fée ne s’occupant que du montage à distance) qui se rendent successivement à Londres puis en France sur les traces de la secte afin d’interviewer les rescapés et filmer les lieux qui ont vu naître et évoluer l’organisation. Le voyage s’achève à Phoenix, en Arizona, là où la secte a vu ses derniers jours après que les membres se sont entre-tués. Cette partie de l’histoire est passionnante dans le sens où le lecteur est plongé au cœur des investigations et des phénomènes paranormaux. Si le récit est fait pour faire frissonner le lecteur, voire le terrifier (ce fut mon cas tellement je suis entrée dans ce roman), les personnages, eux, ont tendance à tout rationaliser (surtout au début), à chercher des explications plausibles (et non tirées par les cheveux) et ça, c’est plaisant. Il ne sont ni trop naïfs, ni trop rationnels, ils réagissent humainement (ce qui est important dans ces cas-là. Combien avons-nous été à ne pas comprendre, bien souvent, les réactions des personnages ?)
Néanmoins, au bout d’un moment, après moult manifestations, on admet que quelque chose cloche dans cette affaire. Et ça aussi, c’est bien. Les personnages qui, devant l’évidence, continuent de nier et de ne croire en rien, ont tendance à m’exaspérer autant que ceux qui voient du paranormal là où il n’y en a pas. Oui, aborder le surnaturel et le paranormal est définitivement un art, celui du dosage au moins. Et aussi de l’ambiance.

Et pour ça, Adam Nevill est fort. Très fort. L’auteur instaure une ambiance glauque et angoissante à souhait, et ce, dès le début. Il y a cette impression de noirceur constante, d’images grisées laissant apparaître seulement les couleurs des personnages, juste en utilisant l’environnement hostile. Comme si tout le reste n’était que ténèbres et que nos deux acolytes se déplaçaient dans un monde qui n’est pas vraiment le leur. C’est une expérience assez atypique que je vis chaque fois avec cet auteur tant il manie les ambiances avec brio. Ou peut-être est-ce le style qui correspond parfaitement à mes attentes et me permet de me créer mon propre monde. Je reste néanmoins persuadée que tout ceci est voulu et que l’auteur est balaise dans cet exercice en instaurant, à l’écrit, une sorte de code couleur qui sert complètement l’histoire et les ambiances. Je ne sais pas mieux l’expliquer que ça, c’est un ressenti unique avec cet auteur-là.

Dans ce livre, j’ai retrouvé l’esprit Ghost Adventures. Caméras à l’épaule, Dan et Kyle se rendent sur les différents lieux, interrogent les rescapés de la secte dans des interviews parfaitement dosées (ni trop longues, ni trop courtes), filment les lieux, les extérieurs et les intérieurs, enregistrent les parties explicatives… bref nous assistons à la réalisation d’un vrai documentaire, tout en apprenant beaucoup de choses sur la secte à chaque nouvelle rencontre et lieu.
À côté de ça, nous sommes amenés à assister et vivre des phénomènes pour le moins étrange, voire paranormaux. Parce que là est tout l’intérêt : ce qui se passait dans les années 1970 au sein de la secte et qui est relaté par les intervenants, semble se reproduire sous nos yeux. Et ça, c’est le second pan de l’histoire.
À mesure que l’intrigue avance, les phénomènes s’intensifient, l’inquiétude également et plus on en apprend sur Le temple des derniers jours et plus l’ambiance devient oppressante comme si on touchait à quelque chose d’interdit. Les griffes de la secte se resserrent sur les personnages et sur le lecteur sans que celui-ci ne puisse décrocher tellement le style et l’histoire sont passionnants. Mais finalement, tout cela est-il bien réel ? À l’image des personnages, le lecteur jongle entre deux tendances : croire en ce qui se passe ou tout nier en bloc. La question est la suivante : est-ce possible ? Entre folie et évidence, on ne sait sur quel pied danser, et ce, jusqu’au dénouement.

Un dénouement qui me faisait peur et je crois bien que c’est la faiblesse d’Adam Nevill. Autant les personnages sont crédibles, les intrigues très originales, maîtrisées, creusées en profondeur et passionnantes, autant les fins mériteraient d’être affinées. Loin de moi l’idée de dire qu’elles sont mauvaises, au contraire. Mais elles ne m’impressionnent pas autant qu’elles pourraient, pour la simple raison qu’elles sont trop longues. Et si Le rituel avait ce petit défaut, Derniers jours l’a également. Comme une impression de tourner en rond pendant quelques pages, ici et là, pour atteindre un objectif (et un ultime dénouement) qui ne mérite pas forcément autant de suspense. C’est dommage parce que ce livre est bon. Très bon. Néanmoins, à la différence de Le rituel, ici il ne s’agit que d’une infime partie qui traîne en longueur alors que pour l’autre roman, c’était un bon tiers du livre.
Malgré la petite vingtaine de pages en trop, Derniers jours s’achève en apothéose. On ne sait plus où donner de la tête, la tension est à son maximum et jusqu’à la dernière ligne, le doute subsiste. Va-t-on s’en sortir ? Un roman tellement bien réussi que j’en viendrais à croire en tout ce que j’ai lu.

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