Brian B. Merrant – L’enfant fou (recueil de nouvelles)

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Souvenirs, nostalgie, mélancolie d’un temps qui passe et semble ne jamais vouloir s’arrêter, s’entremêlent tout au long de ces 15 nouvelles illustrées.

L’amour répond au désespoir, la colère et les regrets donnent de la voix, puis s’effacent au profit de la résilience… et de l’absurde.
Ce recueil contient également «L’Eldorado,» une nouvelle inédite qui devait figurer dans «Espoir, sors-moi du noir,» mon premier roman paru fin 2017. 
L’intégralité des bénéfices sera reversée à l’association Vaincre la Mucoviscidose.


Qu’il est loin, le jour où j’ai découvert Brian. Loin et proche en même temps puisque c’était il y a presque un an. C’était en avril 2017 et c’était avec Espoir, sors-moi du noir. Déjà à cette époque, l’auteur jouait diablement bien avec les nouvelles, Espoir étant le parfait mélange d’un roman et d’un recueil de nouvelles. Un texte atypique et original qui, au moins pour l’exercice, mérite que l’on s’y attarde. Au-delà de ça, il y a la plume de l’auteur, celle qui me fait, à présent, revenir aux sources, à une époque où je découvrais à peine le monde des indépendants. J’ai eu envie de la relire, cette plume. De la recroiser, de l’apprivoiser de nouveau. On ne lit pas un Merrant comme on lit un autre livre. On ne l’aborde pas de la même façon. On le vit différemment aussi. Mais depuis ma première fois, le temps a passé. Alors la plume, elle, est-elle restée ?

De façon générale, la nouvelle me fait peur. Souvent trop courte pour me permettre d’entrer dedans, beaucoup d’auteurs (à mon avis) se perdent dans ce format. Se perdent dans le sens que leurs histoires mériteraient un format plus étayé et plus approfondi. Parfois même, les nouvelles d’un recueil pourraient être réunies en une seule et même histoire. D’autres fois, il me semble déceler ce qui ressemble à une potentielle trame de quelque chose qui aurait pu être plus grand. La nouvelle est un exercice très difficile, surtout lorsqu’elle tient en très peu de pages. Une nouvelle n’est définitivement pas un roman court. À sa façon, elle est plus que cela.
Avec Brian, on est déjà au courant de la maîtrise de la nouvelle pour l’avoir utilisée dans Espoir. Mais ce recueil est encore différent. Si Espoir mettait en scène des nouvelles à l’intérieur d’une histoire bien plus complexe, elles faisaient néanmoins partie intégrante de l’histoire de fond. Il y avait un fil conducteur à l’intrigue, un pont qui reliait roman et nouvelles. Ici, il n’y a pas d’histoire de fond qui relie chaque texte court (même si on peut y voir des ponts), et rien ne disait que Brian s’en sortirait avec autant d’agilité qu’il l’a fait dans son premier roman. Partir du principe qu’un livre est forcément bon parce que l’auteur a réussi à nous bluffer une fois, est une grossière erreur et je l’ai appris à mes dépens. Alors la question était la suivante : Brian serait-il capable de me procurer autant d’émotions et de ressentis que la première fois ? L’expérience serait-elle tout aussi éprouvante émotionnellement tout en me faisant grandir et voyager en même temps ?

Et bien oui. Concrètement, chaque nouvelle passe comme une lettre à la poste. Dire qu’elles racontent toutes quelque chose ne me convient pas. Je crois plutôt qu’elles expriment chacune une émotion (parfois plusieurs), un sentiment, un vécu. Un vécu dans lequel on se retrouve forcément. Ce recueil est un ensemble de bribes de vie qui parlent de tout, mais surtout de la Vie, elle-même. De ce qu’elle a de plus beau et de plus dur. Ce sont en réalité des instants de vie imagés. C’est du moins la façon dont j’ai interprété ce recueil qui, à des degrés différents, m’a touchée.

J’attends, je réfléchis. Et je reste planté là comme une ombre qui passe, à observer ce qui s’en va, à ne savoir ce qui vient. J’ai tant soif d’eau claire et l’on ne m’offre rien, non, rien qu’un morceau de pain jeté sur ma carcasse.

J’ai évidemment mes nouvelles préférées (Pic à glace sur VHS, Être avec toi, Calendrier des enchantés et Le voyageur au luth) mais toutes sans exception m’ont parlé. Toutes ont touché une partie de ce que je suis et de ce que j’ai vécu. Du simple boulet que je traîne, au souvenir d’enfance, l’éventail de zones touchées a été très large.

Il y a quelque chose qui relève du rêve et de l’enfance. Il y a une fragilité et une douceur certaines dans l’écriture et les émotions véhiculées. On n’ose à peine lire, à peine toucher comme si l’instant que l’auteur a réussi à capturer dans ses mots, pouvait s’envoler en une fraction de seconde sous le poids d’un de nos soupirs, d’une de nos larmes. Ce recueil est en réalité tout ce que j’attends d’un recueil, voire d’un livre. Que par les mots, il m’en mette plein les yeux jusqu’à en pleurer. Que par les sentiments et les émotions, il m’en mette plein le cœur jusqu’à exploser. Quand je commence un livre, j’ai des envies de voyager, de rêver et j’attends que l’on m’emmène ailleurs. Des envies de liberté. Celle d’interpréter et de vivre comme bon me semble. Parce que c’est cela finalement un livre. C’est une expérience à vivre avant tout. La nôtre.
La première fois que j’ai chroniqué un Merrant, j’ai dit que l’auteur m’avait laissé voguer sur ses eaux, parce qu’un livre n’appartient plus à son auteur dès lors qu’il est publié. Et c’est tout ce que j’attends d’un roman, d’un recueil ou d’une nouvelle. Qu’ils m’embarquent avec eux dans un monde qui n’est pas le mien tout en me permettant de vivre ma propre expérience en y ajoutant un peu de moi, un peu de mon vécu et de ma sensibilité. Brian Merrant sait parfaitement faire cela, et ça devient rare.

En terminant ce recueil que j’ai dévoré et en achevant ma chronique, j’ai le ventre noué et le cœur retourné. Comme la première fois. Le Monsieur a récidivé. L’enfant fou est intense. Il tord les tripes, mais adoucit les cœurs. C’est beau, poétique et on en redemande toujours autant. De cette plume, j’en ai jamais assez.

L’enfant fou

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