Harald Gilbers – Germania (Série Richard Oppenheimer 1)

51C7N1D1KQL._SX303_BO1,204,203,200_Berlin, été 1944. De jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l’ancien enquêteur star. Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d’exercer… Tiraillé entre son quotidien misérable dans une  » maison juive  » et le confort que lui offre son nouveau statut, Oppenheimer est de plus en plus inquiet. Tous les indices pointent vers un assassin appartenant à l’élite nazie, si Oppenheimer échoue, son destin est scellé. Mais n’est-il pas encore plus dangereux de démasquer le coupable ?


La faute à qui ? Calmann-Lévy Noir. Enfin, la page Facebook de cette maison d’édition qui, il y a quelques jours, a publié un post mettant en avant une sortie prochaine : Derniers jours à Berlin. Voilà bien longtemps que l’achat compulsif ne m’avait pas choisie comme cible, et j’en étais plutôt contente. Mais voilà, je me suis découvert plusieurs nouvelles passions. Les romans historiques et la période de la Seconde Guerre mondiale, entre autres. Alors vous pensez bien que Calmann-Lévy avec son air de « je dis ça, je ne dis rien » m’a bien eue. Conséquence de ce coup de folie ? Trois livres dans le panier Amazon. Les derniers jours à Berlin, bien sûr et puis ses petits frères. Une trilogie… il ne manquait plus que ça. Oui, le livre à paraître (désormais sorti) n’est pas le premier à mettre en scène Oppenheimer, le personnage principal. Avant cela il y a eu Germania et Les fils d’Odin. Plutôt que d’attendre patiemment que le petit dernier sorte… plutôt que de commencer par le premier voir si j’aimais bien… plutôt que de lire quelques retours histoire de me faire une idée… j’ai tout commandé d’un coup. Un coup de folie, une intime conviction, cette saga est faite pour moi.

Germania était le nom sous lequel Hitler désirait rebaptiser Berlin. C’est pendant la reconstruction de la ville que nous découvrons le décor qui va nous accompagner pendant 472 pages, alors que Hitler et son architecte sont en train d’élaborer Germania selon la volonté du führer, toujours à l’état de maquette. Un projet. Une utopie. C’est surtout juste avant (et pendant) le débarquement des alliés en Normandie que l’intrigue pose ses valises.
Nous sommes en 1944, en mai plus exactement, et c’est dans cette période de la guerre, alors que Berlin est bombardée par les forces aériennes ennemies régulièrement, que Vogler – membre de la SS dont le grade peut être traduit par « capitaine » – fait appel à Richard Oppenheimer un ancien enquêteur juif, afin d’enquêter sur un meurtre sordide. Une jeune femme a été retrouvée gisant devant un monument aux morts de la Première Guerre mondiale, mutilée, et c’est à lui qu’il incombe de résoudre cette affaire. Un duo plutôt inattendu que sont ce nazi et ce Juif, mais qui va rayonner. Oui, c’est spécial, mais pas impossible. Vogler a ses raisons de faire appel à Oppenheimer, et le lecteur le comprend tout à fait.

Pour plusieurs raisons, la lecture de ce livre est éprouvante. D’abord, parce qu’il y a tout un décor historique autour de l’intrigue, vrai qui plus est. Ensuite, parce que l’état des victimes et les mises en scène des cadavres sont particulièrement atroces. Enfin, parce que l’on vit avec les personnages les instants de bombardements, que l’on entend les sirènes retentir dans les rues et que l’on se précipite, nous aussi, vers les caves et les bunkers pour se réfugier. Le lecteur est balancé dans les rues berlinoises en compagnie de la population qui endure. Il y a une phrase percutante et qui m’a retournée le bide qui dit qu’à cette époque, lorsqu’on dit au revoir à une personne, on ne sait jamais si on la reverra. Cela en dit long sur l’état d’esprit des Allemands à cette époque. Ces gens vivaient dans l’incertitude et avec la peur au ventre.
Il y a donc cette ambiance lourde et pesante qui s’abat sur nos épaules dès le début, en sachant pertinemment ce qu’il se passe ailleurs. Et ce qui fait que ce texte est particulièrement poignant, est justement le fait de savoir que les personnages eux-mêmes sont dans l’ignorance de tout ce que le nazisme signifie. Bien sûr, il y a des rumeurs et des faits qui sont connus. Mais l’horreur et la vérité sont bien souvent cachées à ce peuple terrifié.

C’est dans ce décor terriblement historique que l’on fait la connaissance de Richard Oppenheimer et de son enquête. Pour apprécier ce roman, il faut aimer flâner. Il faut accepter le fait que l’enquête avance très lentement et pour cause, l’auteur prend le temps de dépeindre l’Allemagne Nazie, l’Allemagne de la Seconde Guerre mondiale et tout ce qu’elle comprend. On survole les camps parce que ça n’est pas ce que le peuple allemand voit. Tout ce qui nous est offert, l’est à travers les yeux du peuple. On parle Lebensborn, extermination, bombardements, jeunesse hitlérienne et survie.
Il faut également accepter les termes allemands, parfois typiquement hitlériens, du simple grade d’un membre de la SS aux noms des personnages. Des termes récurrents qui peuvent déstabiliser au début. Je dois avouer que certains termes m’ont gênée jusqu’au bout, parce qu’incapable de les prononcer alors qu’il existe un terme français pour certains d’entres eux. Peut-être la traduction sur ce point-là est un bémol, d’autant plus qu’il reste quelques coquilles.
Enfin, il faut accepter que oui, beaucoup de choses dites dans ce livre sont vraies. Les méthodes, les idéologies, les pratiques et les principes ont vraiment existé. Il faut encaisser.

Difficile donc de dire que j’ai pris plaisir à lire ce livre, et pourtant… La plume de l’auteur est terriblement efficace et fine. Plusieurs fois, les frissons de dégoût, de peur et d’émotions ont parcouru mon dos jusqu’à s’infiltrer et persister. Un sentiment très étrange que d’avoir, parfois, l’impression d’assister à des choses que l’on ne comprend pas, que l’on ne cautionne pas, mais que l’on ne peut changer. Aucune trace d’optimisme dans ce livre et pour cause, on connaît le dénouement, au moins pour ce qui est de la partie Historique. Pour le reste, l’enquête a le don de tenir en haleine malgré sa longueur. Ça traîne quand même beaucoup, mais cela ne veut pas dire que l’on s’ennuie. Non, finalement, cette enquête n’est que le fil conducteur (une excuse ?) qui permet à l’auteur d’ouvrir l’éventail de faits historiques qu’il veut nous narrer, sans jamais vraiment prendre position. Loin d’être moralisateur ou dénonciateur, ce livre est surtout très instructif et l’enquête nous porte jusqu’au dernier mot.

Germania sur Amazon

Chroniques de la même série, sur le blog :
Les fils d’Odin
Derniers jours à Berlin (abandonné. La série démarrait fort, mais s’est complètement écroulée, déjà avec le second tome. Je n’ai même pas lu 1/3 du dernier.)

3 commentaires sur « Harald Gilbers – Germania (Série Richard Oppenheimer 1) »

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