Delphine de Vigan – Les loyautés

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Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ?


Il m’aura à peine fallu trois heures pour dévorer ce livre. Un livre à la fois poignant et dérangeant qui fait passer le lecteur par une large palette d’émotions – souvent dures d’ailleurs – et qui l’abandonne, en fin de roman, un peu à la va-vite.

Dans Les loyautés, les personnages sont une sorte de toile qui s’étire, se diffuse et nous prend au piège. Malgré mon scepticisme à l’égard du personnage de Théo, je me suis laissée emporter.
En premier lieu, c’est Hélène qui nous est présentée. Une professeure qui se fait du souci pour un de ses élèves, Théo. En effet, elle remarque que quelque chose cloche chez ce garçon. Distant, régulièrement fatigué, introverti, Hélène se met en tête que Théo est battu par ses parents par le simple fait de l’observer. Et si elle soupçonne quelque chose, c’est peut-être parce qu’elle a de quoi comparer. Un élément de sa propre vie par exemple.

Théo, le second personnage, est un garçon de douze ans à la vie pas toujours facile. Ballotté entre un père et une mère divorcés qui se passent le gamin comme s’il s’agissait d’une pomme de terre chaude, le garçonnet se doit de s’adapter à son environnement suivant qu’il soit chez sa mère ou chez son père, et cela change tous les vendredis. Entre solitude et mépris, le garçon se doit de se façonner. Seul éclat de lumière dans sa vie, Mathis un copain avec qui il boit en cachette sous l’escalier qui mène à la cantine de l’école. C’est avec ce fait-là que j’ai eu du mal à me laisser porter par l’histoire. Un gamin de douze ans « alcoolique », je n’y crois pas, et pourtant j’ai voulu savoir pourquoi.
L’histoire est donc celle d’Hélène, la professeure, qui va faire de Théo une obsession, une cause à sauver. Une histoire à laquelle viennent se greffer d’autres personnages.

S’il est vrai que les personnages sont nombreux (je n’ai présenté que les principaux) ils sont néanmoins nécessaires pour développer l’intrigue. Chacun joue un rôle important dans l’histoire de Théo, ce gamin qui va nous dévoiler l’enfer de sa vie à cause du divorce de ses parents. Un divorce qui tourne mal et qui n’apporte avec lui que mépris et haine, n’a évidemment que des retombées négatives sur le marmot que l’on se partage.

L’auteure développe bon nombre de sujets tous aussi passionnants et dérangeants les uns que les autres. Au sein du corps éducatif d’abord, à travers la professeure protectrice qui dépasse les limites de sa fonction pour sauver un élève et à l’inverse, la professeure qui ne cherche pas à comprendre et qui, par son je-m’en-foutisme, enfonce encore plus l’enfant en souffrance.
La famille est creusée un peu plus en profondeur mais on y parle surtout de secrets, de mensonges, de déchéance. D’un côté un couple que l’on pense uni mais dont l’une des parties prend plaisir à jouer un second rôle lorsque personne ne la voit. L’auteure aborde ici un sujet qui me tient à coeur : la méchanceté gratuite qu’offre internet et les réseaux sociaux parce que derrière son écran on se permet de juger et d’être arrogant. On titille et parfois même on cherche à rabaisser voire blesser autrui, en étant  parfaitement conscient du mal que l’on peut faire. Mais après tout, nous ne sommes qu’un pseudonyme ou un compte Facebook, et ça n’est pas nous qui sommes attaqués. Alors, qui s’en soucie ?
À côté de ça, il y a le couple qui se déchire et l’enfant au milieu. L’une qui hait l’autre, l’autre qui se laisse dépérir. Mourir. Parce que se battre devient trop fatigant lorsque l’on a tout perdu. Parce que plus personne ne se soucie de nous. À travers ce papa désemparé, c’est aussi un pan de la société que l’auteure dépeint. Celui des chômeurs isolés qui ne s’en sortent ni financièrement, ni psychologiquement. C’est la solitude de celui qui est inactif, les amis et l’entourage qui prennent leur distance, les visites qui se font de plus en plus rare, jusqu’à devenir inexistantes. Jusqu’à se laisser aller. Trop.

Ce roman fait dans l’émotion et la dénonciation mais malheureusement, c’est bien trop court et trop succinct. On effleure les sujets sans jamais les approfondir et sans jamais vraiment les dénoncer, comme si les pointer du doigt suffisaient. Tous ces sujets brûlants et ses personnages à fleur de peau, prêts à vaciller, à tomber, sont condensés dans 205 pages non remplies et en plus de cela, avec des pages blanches.
Et que dire de cette fin. Bon sang que j’ai été déçue, que j’ai regretté d’avoir cru qu’elle allait me retourner, me faire pleurer et puis… Et puis on a que très peu de réponses. Pas du tout même. Les pourquoi, les comment, les que sont-ils devenus… rien. Le roman s’achève sur un drame dont on ne connaîtra jamais la fin. Il y a toujours ce doute sur chaque personnage et surtout sur Théo.
Pour aborder le style rapidement et bien on se retrouve face à un style qui se veut simple mais relativement efficace. Pas toujours. Sans trop en faire, on va à l’essentiel et c’est plutôt bien dit même si ça manque de détails. Les dialogues en revanche sont un calvaire pour qui s’y attarde. Je m’y attarde, trop parfois, d’accord. Mais lorsqu’un adulte au fond du trou s’exprime de la même façon qu’un aristocrate… Et pire lorsqu’un enfant s’exprime de la même manière que les deux autres, je ne peux adhérer aux dialogues. Mais en fait, cela est vrai pour le récit dans sa globalité. On ne différencie malheureusement pas les personnages ; qu’ils soient aristocrates, paumés ou marmots, le style de l’auteure est le même.

Si la loyauté était le sujet que l’auteure voulait aborder, ça n’est pas celui qui m’a le plus frappé. Bien sûr, elle est abordée mais il a fallu que je réfléchisse après lecture et surtout, que je me pose cette question : pourquoi ce titre ? Alors oui, en y réfléchissant bien, on traite la loyauté. J’y ai vu autre chose et les sujets que j’ai trouvé m’ont convenu.
Une lecture mitigée tendant vers la déception pour plusieurs raisons : la mise en page, la fin bâclée, la façon dont on survole certains faits et le style pas toujours en adéquation avec les personnages.
J’ai pourtant beaucoup aimé cette histoire que j’ai dévorée, complètement happée par le destin de Théo et sa souffrance, le vécu d’Hélène et la façon dont elle s’acharne à sauver l’enfant de ce qu’elle croit être de la maltraitance. Dommage que le reste n’ait pas suivi, on aurait pu avoir un très beau roman.

Les loyautés

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