Adam Nevill – Le rituel

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Lorsque quatre copains de fac partent camper dans la nature sauvage scandinave, ils espèrent simplement échapper au quotidien et renouer des liens. Mais en quelques heures leur randonnée tourne au scénario de cauchemar. Perdus et affamés dans des bois inexplorés depuis des lustres, la situation leur échappe à une vitesse vertigineuse. Mises en scène macabres et sacrifices païens en l’honneur d’une créature millénaire : face à l’innommable, la folie guette ceux qui font désormais partie du Rituel…


En ce moment, j’aime me faire peur. Alors lorsqu’on m’a conseillé de regarder Le rituel, je me suis jetée dessus. Franchement emballée par le film, je me suis commandé le livre aussitôt sur Amazon. Première claque lorsque j’ai reçu ce livre : la couverture. Magnifique, douce, poétique… belle et terrifiante à la fois. Ce livre va trôner avec quelques autres dont je ne me lasse pas de voir la couverture. Je l’ai ouvert, je l’ai lu, et c’est une chronique particulière que je fais aujourd’hui, puisque j’ai de quoi comparer les deux intrigues qui diffèrent légèrement. Mon retour sur le film se trouve d’ailleurs tout en bas de la chronique.

L’adaptation est-elle à la hauteur du livre ?

J’ai donc embarqué pour la Suède, pays réputé pour ses magnifiques paysages, en compagnie de Luke, Dom, Phil et Hutch, quatre anciens copains de fac qui se sont organisés des vacances entre mecs. Une randonnée au cœur de la Suède avec en tout et pour tout un sac de couchage, deux tentes et quelques vivres. Le hic, c’est que rien ne se passe comme prévu. Dom et Phil ralentissent le groupe : le premier s’est tordu le genou et boite ; le second a des ampoules à vif aux pieds ; les deux sont en surpoids. Luke et Hutch doutent de la capacité de leurs copains à tenir le rythme et à aller jusqu’au bout. Ils décident donc d’abréger la randonnée. Et c’est Hutch qui va envoyer le groupe de potes au casse-pipe en leur faisant traverser une forêt. Gain de temps, économie d’énergie et à la clé, une journée de repos (et une bouteille de Jack Daniel’s). Telles sont les premières pages de ce thriller surnaturel à tendance horrifique et fantastique. Un passionnant mélange de genres qui tient le lecteur en haleine du début jusqu’au 3/4 du livre. La grande force de ce roman ? L’ambiance (et la chose qui vit dans les bois).

Première partie : au cœur de la forêt

À peine a-t-on pris la décision de prendre un raccourci et franchi la lisière que, fini les instants d’allégresse et de rigolade, on ne plaisante pas avec les mystères qui rôdent dans cette forêt. L’ambiance de ce bouquin est tout à fait particulière. D’abord, il y a ce sentiment d’oppression quasi-constant dû à l’atmosphère propre aux forêts, qui plus est dense et obscure dans le cas présent. On marche, on trébuche, on tombe avec les personnages. Il y a ce ressenti de l’épuisement presque palpable. On entend et vit les halètements, les abandons, les « je peux le faire » et les « j’abandonne », les instants d’espoir et de déception. De peur aussi. De terreur parfois ! Et surtout, il y a le danger invisible qui vit dans les bois qui nous tourne autour, nous taquine, nous menace même. Si le film Le rituel jouait sur l’imaginaire, le livre lui, en joue tout autant, voire plus. On s’amuse avec le lecteur et la chose qui vit dans la forêt. On fait comprendre qu’elle est sanguinaire, meurtrière, grande, monstrueuse, encore plus que dans le film d’ailleurs. On sous-entend et on laisse le lecteur s’imaginer lui-même la créature qui le fera frissonner. Une liberté qui a son importance tant la peur est subjective et personnelle. Mais pas que. Parce qu’autour de la vilaine créature, il y a une histoire beaucoup plus développée dans le livre et qui amplifie l’angoisse et le sentiment d’insécurité. L’ambiance, le lieu, les conditions font monter la tension générale jusqu’à l’explosion, même pour le lecteur qui par ailleurs, n’est pas au bout de ses peines.

Seconde Partie : le rituel

J’ai hésité à parler de cette seconde partie pour la simple et bonne raison qu’elle arrive très tardivement dans le livre, quasiment à la fin. Non, je ne vais pas spoiler, mais je suis très mitigée sur cette seconde partie qui occupe le dernier tiers du livre. Tout n’est pas à jeter à l’intérieur, mais je n’ai pas adhéré à toute la partie explicative, ni même à la manière dont elle est amenée. Je crois comprendre pourquoi cette grosse partie diffère de celle du film. Un choix judicieux pour l’adaptation.
Le film, lui, passe très brièvement sur ce passage-là et je dois avouer avoir trouvé le temps long dans le livre. Trop long parfois. L’auteur tourne franchement en rond pendant quelques chapitres, l’intrigue peine à avancer, mais c’est aussi probablement parce qu’en découvrant ce pan de l’histoire, je sais déjà ce qu’il va se passer. Mais c’est bien la seule fois que cela m’est arrivée dans ce livre, alors que depuis le début, je connaissais les grandes lignes de l’intrigue.
Certaines scènes qui ont sauté à l’adaptation et que je découvre dans le bouquin, sont un régal pour les yeux et l’imaginaire. Dans cette partie, disons « païenne » qui vient expliquer le rituel, ça n’est pas vraiment le cas. Il y a pas mal de clichés, une tentative de dénonciation religieuse (ou de prise de position, on ne sait pas trop) en total décalage avec les côtés fantastique et horrifique de l’intrigue qui eux, ont bien fonctionné tout au long de l’intrigue. Mais voilà, l’auteur en fait un peu trop avec le suspense de fin… 70 pages après les prémices de l’explication, on est encore légèrement dans le flou, sans parler des explications qui concernentlae bête, pourquoi les sacrifices, pourquoi le rituel (dont je pense ne pas avoir compris le sens d’ailleurs). Une raison complètement tirée par les cheveux à laquelle je n’ai pas adhéré.

Livre ou film à vous de choisir

Voilà donc une expérience nouvelle que je viens de vivre. On dit souvent qu’un film ne reflète absolument pas le livre dont il est tiré. Qu’il manque de détails importants, de matière et que ce qui faisait la beauté du bouquin se perd dans l’adaptation. C’est vrai. Mais avec Le rituel, ça n’est pas tout à fait vrai. Pas sur tout. Peut-être parce que j’ai regardé le film avant de lire le livre ? Toujours est-il qu’il me semble que le choix de retirer certaines scènes présentes dans le bouquin était judicieux. Dans le livre, on trouve des répétitions. Un des personnages qui décide trois ou quatre fois de partir seul pour avertir les secours et qui se rétracte à chaque fois, par exemple. Et en parlant de répétitions, je ne supporte plus le mot « lichen ». Certaines scènes traînent un peu trop en longueur à mon goût et sont considérablement réduites dans le film.
Mais ! Il y a aussi des scènes, et notamment tout ce qui concerne les relations entre les personnages et leur passé, l’excursion au cœur de la forêt, et des instants de suspense qui ont sauté à l’adaptation, qui manquent terriblement. Peut-être va-t-on un peu trop vite dans le film, trop porté sur la peur plus que sur les personnages, peut-être l’amitié entre ces quatre garçons n’est-elle pas assez approfondie, enlevant légèrement le côté dramatique et touchant de l’intrigue. J’ai aussi beaucoup aimé les instants un peu plus gores qui, à l’écrit, laissent toute mon imagination assembler des détails aussi sales que dégoûtants (parce que j’adore ça).
Si le film et le livre ont ce côté « ambiance » très développée, il l’est encore plus à travers le livre. La peur, la panique, l’oppression et l’angoisse sont démultipliées.

J’ai adoré le film. Un de ces films que je regarderai régulièrement, je pense. Le livre a quelques petites imperfections : des répétitions, des longueurs que j’ai malheureusement vues passer, et les explications concernant ce fameux rituel. Les deux sont à expérimenter, mais quitte à conseiller un ordre… et bien tout dépend de ce que l’on veut. Le film fait sauter les instants de flottement un peu lents, le livre développe beaucoup plus les relations entre les personnages et instaure l’ambiance à un niveau au-dessus. Dans tous les cas, les deux m’ont fait passer un très bon moment et sont en réalité, très complémentaires.

Le rituel sur Amazon

Voici ce que j’ai dit à propos du film, puisqu’il m’arrive de faire des retours aussi à propos des films que je regarde, sur ma page Facebook personnelle.

Vu « Le rituel », film d’horreur adapté du roman éponyme d’Adam Nevill. Je l’ai regardé hier soir, j’ai laissé poser. Je pensais qu’avec les heures, la lecture, une journée complète, tout allait se mettre en ordre dans mon esprit. Et puis non. Je reste autant retournée, décontenancée, presque idiote tellement j’ai aimé ce film.
(…) Une randonnée, donc, qui commence dans la joie et la bonne humeur avec en arrière-plan un vaste et magnifique paysage fait de montagnes et de grands espaces. Rapidement, et tu sauras pourquoi si tu regardes le film, les garçons sont obligés de traverser une forêt dense. La traversée se transforme alors en cauchemar et l’ambiance change du tout au tout. L’espace est confiné, oppressant, on peine à respirer tant il y a d’arbres et beaucoup d’obscurité. Les protagonistes vont alors être confrontés à leurs pires cauchemars, leurs pires angoisses et leurs responsabilités, traqués par une chose qui ne leur veut pas que du bien. Pas du tout même.
La grande force de ce film, c’est le fait de ne jamais voir la créature dégueulasse et de jouer sur les détails pour tenter de la décrire sans ne jamais la montrer. Enfin, sauf à la fin où là, tu te dis que l’auteur (puisqu’à l’origine, c’est un livre) qui a créé ce truc est forcément barré…bref.
On joue sur le fait que les victimes de cette chose se retrouvent pendues à des branches d’arbres en hauteur : la bête est monstrueusement grande. On joue aussi sur le fait qu’elle écrase, élague, fait tomber des arbres : elle est terriblement forte. Et puis elle est discrète et rapide. Très rapide. En une seconde, le pote qui était à côté de toi se retrouve projeté dans les airs, emmené, et puis… il hurle à la mort. L’imagination prend le relais et alors au reste, tu ajoutes que la bestiole est cruelle et meurtrière. Et ça fonctionne !
Il est donc parfois agréable de se détourner de ce que l’on aime, pour aller vers un style qui demande à ce que l’imaginaire travaille beaucoup plus. Tu l’auras compris, j’ai adoré ce film. Un film d’horreur qui instaure la peur et l’angoisse non pas avec ce qu’il montre, mais avec ce qu’il ne montre pas mais sous-entend ou fait entendre.

4 commentaires sur « Adam Nevill – Le rituel »

  1. On a pu en discuter brièvement sur facebook, mais je dois dire que ton avis sur le roman d’Adam Nevil me donne encore plus envie. Cela fait un petit moment que je n’ai pas réussi à mettre la main sur un roman qui met en avant son ambiance et son danger ! Je vais essayer de le trouver dans les librairies de ma ville 🙂

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