Frédéric Livyns – Sutures

51h-QlMoMxL._SX327_BO1,204,203,200_Recueil de nouvelles horrifiques préfacé par Marc Bailly.
Qu’est-ce qu’une vie?
Des fragments de temps que l’on essaie d’agencer à notre convenance ?
On a beau essayer d’agir au mieux, on ne dispose jamais de toutes les cartes. Tout ce qu’on a créé peut être balayé d’un revers de main du Destin. Quoi que l’on fasse, la souffrance et la mort ne sont jamais bien loin. Elles guettent le moindre de nos faux-pas afin d’imprimer dans notre chair et notre esprit des cicatrices indélébiles.
Des sutures que nous nous efforçons de cacher…


Dans la préface, Marc Bailly dit de Frédéric Livyns qu’il est un conteur d’histoires. Je le rejoins totalement sur ce point-là. Comme je l’avais dit concernant L’obscur, ça n’est pas l’originalité des histoires qui font la beauté des nouvelles, mais la manière dont elles sont racontées. Ce sont les mots, les tournures de phrases, l’application avec laquelle Frédéric Livyns met en place l’ambiance oppressante et effrayante qui font que l’on angoisse.

En matière d’horreur, beaucoup de choses ont été faites, beaucoup de choses ont été dites. L’horreur et de manière plus générale, tout ce qui fait peur, suivent, à mon avis, le phénomène de mode en cours. On a eu les poltergeist, les cas inspirés de faits réels, le Ouija, les exorcismes, les cas de possessions… et à chaque période, sa nouvelle vague de sorties. Les œuvres horrifiques sortent du lot lorsque la manière de raconter est novatrice, différente et qu’elle apporte une dimension nouvelle au sujet choisi. C’est du moins ce que j’en ai conclu lorsqu’en regardant deux films qui traitaient le même sujet, l’un m’a terrifiée, l’autre m’a laissée sceptique sur ce que je venais de voir. Ça n’est pas tant l’histoire en elle-même que l’ambiance qui règne qui me terrifie.
Difficile donc de faire dans l’originalité en matière d’horreur, encore que certains le font très bien en mélangeant un peu tout, en créant des histoires parallèles aux protagonistes et/ou esprits/créatures, en tissant une large toile autour de l’horreur ou du paranormal. Mais difficile de faire cela lorsqu’il s’agit de nouvelles. Courtes qui plus est.

Alors oui, peut-être va-t-on trouver des trames vues et revues, des personnages déjà rencontrés, des fins que l’on anticipe parfois, dans Sutures. Et c’est vrai qu’au niveau des histoires, je suis partagée entre le fait de revoir des histoires que je connais et des nouvelles plus originales dont la fin me surprend. Difficile de se faire un avis donc, lorsqu’on est autant partagé sur le contenu. Mais ce que l’on ne trouve nulle part ailleurs, c’est ce style atypique de l’auteur. À la fois simple, concis et qui va à l’essentiel, ce style nous emmène dans l’univers unique de chaque nouvelle. Clairement, on y est, on ressent, on voit. Ce qui fait de ce recueil un concentré plutôt bon de nouvelles, c’est évidemment le talent de conteur de l’auteur. C’est cela qui fait la différence et qui rend chaque histoire, même un peu cliché ou déjà vue, bonne. C’est ce nouveau regard et cette nouvelle façon de proposer l’intrigue qui fait qu’on y adhère.

Oui mais… Je dois avouer être très mitigée sur la forme de ce recueil. J’ai été déçue sur certains points. J’ai trouvé des incohérences qui ne me sont pas toutes restées en tête, certes, mais qui m’ont fait dire qu’il y avait un problème. De mémoire je me rappelle d’un « en face d’elle » qui se transforme en « en face de lui » (en gros d’un « elle » transformée en « lui »), et qui m’a obligée à reprendre tout un paragraphe pour savoir de qui on parlait, qui était présent et il a fallu que je « corrige » le texte dans ma tête pour comprendre ce qu’on voulait dire.
Il y a également dans deux nouvelles, sûre, un changement déstabilisant de temps. On commence au présent, on assiste à un dialogue et on repart dans le récit au passé alors que l’on poursuit l’histoire d’avant le dialogue.
On trouve des répétitions, un même personnage qui ouvre les yeux dans deux phrases qui se suivent par exemple…
Bref, sur la forme le recueil a quelques imperfections pas dérangeantes en soi mais qui mises bout-à-bout m’ont un peu perturbée.
Et malgré tout, je suis allée jusqu’au bout sans problème, avec enthousiasme même, je fais un retour de lecture et je conseillerais presque (parce que je n’aime pas conseiller ou déconseiller, mais enfin l’idée là) ce recueil. Pourquoi ?

Sutures reste un bon recueil de (23) nouvelles pour la simple et (très) bonne raison que Frédéric Livyns est, comme le souligne Marc Bailly, un conteur hors pair. Cet auteur a la capacité de transformer le banal (tout comme Barbara Abel) en fantastique (sans jeu de mot 🙂 ). Sa plume appuie là où il faut pour faire passer les émotions, les intentions et les frissons. On en ressort chamboulé, désorienté, parfois même effrayé, mais il y a forcément une nouvelle qui nous touche, nous suit et hante nos nuits.

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Mention spéciale pour Les mange-chair une nouvelle mettant en scène le Kappa, un monstre issu du folklore japonais. Une nouvelle à la fois drôle dû à une préférence culinaire du monstre, flippante, et touchante. Ma préférée.

 

Là aussi se trouve l’originalité de ce recueil : l’étendue des sujets abordés. Démons, créatures, fantômes, phénomènes paranormaux et/ou inexplicables, objets maudits… tout y passe. Une diversité qui permet au lecteur de ne jamais s’ennuyer ou d’avoir l’impression de lire la même nouvelle encore et encore (et ça m’est déjà arrivé…)
Lire Frédéric Livyns c’est voyager, frissonner, côtoyer l’horreur et devenir acteur d’une histoire que l’on aurait préféré, ne jamais connaître. Tout ça parce que le style colle parfaitement au genre et que l’auteur sait diablement bien instaurer ses ambiances.

Parait-il qu’il y a toujours un livre un peu en dessous des autres dans la bibliographie d’un auteur. J’ai peut-être trouvé le mien chez Livyns. Peut-être seulement, parce que j’adore le style de cet auteur et que c’est ce qui m’a fait rester. J’ai été enthousiasmée souvent, déçue parfois et je ne sais pas trop quoi dire. Bouder ce recueil serait une erreur parce qu’il y a du bon, mais j’ai été plus surprise avec Les contes d’Amy et complètement séduite par L’obscur, mais étrangement j’ai beaucoup plus aimé la manière de raconter dans Sutures. Je ne peux pas mieux résumer.

Sutures

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