Jérôme Dumont – Sacrifiées

51QaxteB4ML._SX326_BO1,204,203,200_Ex-enquêtrice aux crimes majeurs de Boston, Lizzie Petrell, quelque peu désabusée, décide de poursuivre sa carrière de flic à Bar Harbor, sa ville natale dans l’état du Maine.
Elle espère ainsi faire la paix avec ses vieux démons et retrouver un semblant de sérénité. Mais ce jour d’automne où elle découvre, en faisant son jogging, le cadavre atrocement mutilé d’une jeune femme, toutes ses bonnes résolutions volent en éclats. Le mode opératoire utilisé par le tueur ressemble étrangement à un meurtre commis dix années auparavant dans le New Jersey. Une troublante similitude, la marque d’un tueur en série. Assistée d’un profiler aux méthodes peu orthodoxes, Lizzie Petrell s’engage dans une course contre la montre, une enquête sans temps mort dans laquelle les évidences recèlent peut-être autant de fausses pistes…


Outre Le dragon du Muveran de Marc Vaultenauer et Woorara de Sébastien Vidal, rarement il m’a été donné d’être autant emballée par un roman dit policier. Concrètement, les enquêtes et les policiers se ressemblent un peu trop à mon goût (au moins dans les romans que j’ai lus) pour pouvoir me surprendre. Comme si ce genre-là était tellement formaté qu’il est impossible de sortir du cadre. Comme s’il était nécessaire que l’enquêteur principal soit un homme ; névrosé si on peut, et s’il couche avec sa collègue, c’est mieux ; que la hiérarchie soit le diable en personne et que tout le monde écrase tout le monde ; que les meurtres soient sanglants et la scène de crime tapissée de cervelle ; et que le tueur soit forcément en série et complètement taré. Avec les deux livres mentionnés plus haut, tous ces « codes clichés » avaient été écrasés. En débutant Sacrifiées, et parce que je suis franchement emballée par le style et la manière dont l’intrigue débute (très joli tableau), j’ose espérer qu’il en sera de même.

Assez tôt dans ma lecture, je peux déjà dire que l’histoire me plaît. Beaucoup. Le seul regret que j’ai, est de ne pas avoir lu Just married du même auteur avant de lire Sacrifiées. Je ne saurais pas dire s’il existe un lien logique entre les deux, en tout cas, il est fait mention du titre dans les annotations de Sacrifiées. Je pense sincèrement que ces deux livres peuvent se lire indépendamment (confirmé par l’auteur depuis), dans la mesure où les personnages semblent avoir changé de vie, de ville, et de poste. Peut-être sont-ils présentés un peu plus en détail dans Just married, encore que, je n’ai pas ressenti de manque dans leur construction et leur histoire, comme c’est souvent le cas lorsqu’un livre reprend des personnages qui ont déjà fait partie d’une intrigue. De plus, dans les notes de l’auteur, Jerôme Dumont souligne le fait qu’il a voulu donner à Lizzie, apparue dans son précédent roman Just married, un premier rôle, sous-entendant que ça n’était pas le cas et qu’elle n’était qu’un personnage secondaire.

Pas de manque donc, bien au contraire, je m’attache à chaque personnage (et ils sont nombreux) dès le départ. Même aux morts, c’est dire. Ces morts, grands absents du roman dans le sens où ils ne sont que mentionnés par les autres, font partie intégrante de l’histoire. On s’intéresse réellement à eux, à l’atrocité presque gore dans laquelle ils ont trouvé la mort, et le lecteur est invité à suivre et mener l’enquête de l’intérieur, au plus près, au plus touchant. Entretiens avec la famille des défuntes et avec l’entourage (lorsque ceux-ci sont importants, sinon l’auteur nous livre un bref résumé) ; visite à la morgue ; lecture des rapports du légiste ; observation des scènes de crimes ; premières constatations et conclusions… tout y passe. Le lecteur est aux premières loges, un peu comme s’il s’agissait d’un épisode d’une série policière. Il y a des instants de récits comparables aux instants sans dialogues des séries lorsqu’il n’y a pas besoin de dire pour voir et montrer. Et puis il y a ces longs dialogues aussi, riches, fluides, qui sonnent vrai et juste, qui me font attendre leur venue. Et c’est rare ! Je ne suis pas une grande amoureuse des dialogues. Au contraire, moins il y en a, mieux je me porte. Pas ici. Dans Sacrifiées, les dialogues sont un régal parce que l’intonation, les mots et le ton sont palpables et que, concrètement, on voit les personnages interagir entre eux.

Et quel plaisir de voir une femme aux commandes de l’enquête. Une femme bien loin des clichés, professionnelle, mais attachante, exigeante et directe mais sympathique et douce. Mon attachement et ma sympathie pour ce personnage se font très rapidement. Dès son introduction en réalité. Lizzie est une jeune femme nuancée, ni trop parfaite, ni trop énervante, elle est pile au milieu ; authentique, vraie et terriblement touchante. Et pour ceux qui le redoute autant que moi, exit les allusions sexuelles, les propos déplacés, et les phrases sexistes. Rien.
À côté de ça, il y a le profiler, David. Voilà un personnage policier que j’ai rarement rencontré – jamais de mémoire. Sa façon de faire et la manière dont l’auteur utilise ce personnage, me fait penser à celui d’Odile Vuillemin dans Profilage, série que j’ai adoré regarder justement pour ce personnage-là, trop peu exploité à mon goût dans les séries et livres. Ou alors, je n’ai pas eu la chance de les croiser. Et puis honnêtement, je n’ai jamais recherché non plus de livres avec ce type de flic-là.
Le duo est plutôt sympathique. On sent qu’il s’est passé quelque chose entre les deux avant, je prie pour que ce pan de l’histoire reste dans le passé… Autre bon point donc, pas d’histoire d’amour, pas de sentimental, pas de romance ! Mais le duo fonctionne tout de même. À la fois complices et complémentaires, dès lors que David et Lizzie se rejoignent dans l’intrigue, il est difficile de les imaginer l’un sans l’autre. Même le coéquipier de base de Lizzie, relégué au rang de personnage secondaire, ne manque pas, tant David impose sa présence comme une évidence.
Un sans faute donc, concernant les personnages, leurs personnalités et la manière dont ils sont exploités.

Et puis il y a l’intrigue quand même. Pour faire court, nous sommes au cœur d’une enquête à multiples rebondissements dont jamais on ne soupçonne le dénouement. Deux jeunes femmes sont retrouvées dans des mises en scène similaires, toutes deux ont été assassinées et semblent avoir vécu le même calvaire. Ces deux meurtres déterrent une affaire non résolue vieille de 10 ans ; la chasse au tueur en série est ouverte. Suspense, investigations et travail de fourmi sont au rendez-vous dans ce policier tout à fait étonnant tant dans la construction des personnages que l’intrigue en elle-même. Je me suis éclatée à suivre cette enquête et je peux même dire que j’ai eu la sensation d’y participer.
Petit bémol : le dénouement. Bien que le coupable et le « pourquoi » soient surprenants, c’est le « comment » qui accroche légèrement. Néanmoins, j’ai beaucoup aimé que l’on sache ce que sont devenus les personnages. Un par un, Lizzie, David, les suspects et le coupable ont droit au petit résumé du « que sont-ils devenus ? ». Un très bon moment de lecture.

Sacrifiées

2 commentaires sur « Jérôme Dumont – Sacrifiées »

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