Cetro – Sam

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Dix ans à peine, une famille à charge…déjà. Sam s’occupe de son frère Barney, 9 ans et de sa soeur Virginie, 7 ans, délaissés par une mère pas très… maternelle. Ils évoluent dans un univers d’adultes, aux valeurs en total délitement et peu enclins à porter secours à des enfants en détresse. Ils s’organisent donc, s’entraident et se soutiennent, pour faire face aux agressions, aux horreurs de ce monde terrifiant, et plus simplement au quotidien. Combat de chaque jour, chaque instant, pour tenter de survivre.


Prenons des gants bien épais.

Il y a quelques mois de cela, je publiais une chronique qui parlait d’Abîme de Cetro. Ma lecture s’était achevée sur un avis mitigé qui concernait plus la forme que le fond. Si l’écriture de Cetro m’avait semblé juste, certains éléments de son style ne m’avaient pas convaincue. Bon après tout, je me disais que je pouvais bien le dire. Je n’ai pas été si méchante que cela, si ? Toujours est-il que, plus récemment, j’ai eu la joie de découvrir un commentaire (et ils sont rares) sous cet article-là dans lequel je me faisais insulter. À la bonne heure ! Un commentaire illico presto envoyé aux oubliettes. J’en avais donc conclu que pointer du doigt un ou plusieurs détails qui nous chagrinent, malgré une chronique tout de même positive et bienveillante, n’était pardonnée à personne. Alors, cette chronique, aujourd’hui, je la publie avec une boule au ventre… Non je déconne ! Je récidive !

Sam m’a été offert par une lectrice de Cetro, une vraie. Le geste m’a touchée. Non pas que je sois une fervente admiratrice de l’auteur, mais elle, elle l’est. Et quand une personne vous offre un livre parmi la bibliographie d’un auteur qu’elle aime pas dessus tout, on ne négocie pas. On prend, on lit, et on se dit que, ce livre-là, doit avoir un sens particulier à ses yeux. J’en profite pour remercier la copine en question ainsi que l’auteur pour la dédicace et les marque-page (j’en ai jamais assez !).

Alors je l’ai lu. Avec appréhension et émotion aussi. J’ai dans un premier temps beaucoup aimé le ton et la plume de l’auteur, et j’ai rapidement retrouvé le style Cetro que j’avais aimé dans Abîme. Et aussi le côté que j’aime un peu moins, qui me parait moins crédible. J’ai toujours ce petit problème de vocabulaire avec les enfants, vocabulaire que je trouve trop soutenu, un ton trop mature, des mots trop jolis, pour des enfants de moins de onze ans. Et c’est cela qui m’avait dérangé dans Abîme, qui me dérange encore ici, n’en déplaise à certains. Que cela soit dans le récit ou dans les dialogues, il y a parfois un décalage de langage qui empêche mon immersion totale dans le roman. Et oui, la mise en page me gêne à nouveau, cette fois-ci parce que le texte n’est pas justifié… Mais parlons de l’intrigue.

Salut. Moi c’est Sam. J’ai à peu près 10 ans… je crois.
Faut dire qu’on ne m’a jamais réellement souhaité mes anniversaires, et ma date de naissance, ben, personne n’est foutue de me la donner.

Sam, c’est l’histoire d’une fratrie de trois enfants que la mère abandonne tous les jours un peu plus, bien trop occupée à assouvir les besoins sexuels de ses clients pour gagner quatre sous et les dépenser pour sa pomme. Livrés à eux-mêmes, les enfants tentent tant bien que mal de survivre.
Cetro nous offre la misère dans tout ce qu’elle a de plus terrible et de plus beau aussi. Les élans de solidarité et l’humanité de Sam donnent à ce roman une part de lumière qui, malgré son intensité, peine à éclairer l’intrigue. Avant d’être beau, Sam est un roman noir, très noir, dur encore plus dur. Se côtoient dans les ruelles et les terrains vagues, alcooliques, drogués, et enfants avec une seule idée en tête : survivre. Et survivre lorsque l’on a rien, lorsque la loi du plus fort dicte le reste et que tout est prétexte à l’échange pour obtenir ce que l’on veut, ça n’est pas facile. Ni à vivre pour les personnages, ni à lire pour le lecteur.

J’aurais pu être une fervente admiratrice de Cetro parce qu’il sait retranscrire les émotions avec délicatesse, intelligence et authenticité. Les mots nous touchent, nous bousculent et, indéniablement, ils résonnent. Ils nous parlent. On ressent les intentions de l’auteur et les galères des marmots. On prend le récit comme un fait plausible même si on ne comprend pas trop comment on peut en arriver là (mais tout est expliqué). Il y a une douleur dans ce bouquin. Un truc qui émane de l’auteur j’en mettrais ma main à couper. C’est touchant et beau, terrifiant aussi parfois. Il y a cet amour fraternel que je ne connais pas mais qui me touche énormément. Un auteur ne connaît pas l’histoire de ses lecteurs mais, comme avec Abîme, j’ai cette impression que ce livre est « pour moi ». Pour moi dans le sens que le sujet traité (en l’occurrence la fratrie et l’amour fraternel) et l’angle choisi, sont faits pour me toucher personnellement. Bon évidemment ça n’est pas le cas…

Mais si il y a un détail qui fait que je ne craque pas pour l’auteur (outre les soucis de forme et de vocabulaire), c’est le pan fantastique. Le même qui était présent dans Abîme, qui ne m’avait pas dérangé, mais qui ici me fait dire : ah c’est dommage quand même. Loin de moi l’idée de dire que le fantastique en tant que genre n’est pas maîtrisé par l’auteur. Du tout.
Pour Abîme, j’avais tout de même mentionné en fin de chronique que la portion fantastique ne devait en aucun minimiser le reste du propos jusqu’à faire passer le harcèlement comme une lubie (même si le fantastique imageait parfaitement bien le propos de l’auteur), un truc inventé de toutes pièces. Parce que c’est le risque lorsqu’on intègre le fantastique à quelque chose que l’on tente de dénoncer. Cetro l’avait d’ailleurs très bien fait et là, avec Sam, je regrette ce pan fantastique. Il adoucit la misère et les conditions de vie des personnages par son côté « créature dégueulasse » qui n’existe pas vraiment, et aussi ce que l’auteur tente de dénoncer. Alors je suis partagée entre deux facettes de l’histoire totalement différentes, que j’ai plutôt bien aimées séparément mais qui, ensemble, et bien je trouve que c’est dommage.

À la différence de certains (je garde de la rancœur vis-à-vis dudit commentaire reçu, oui) je comprends tout à fait que l’on puisse adorer ce livre. Je comprends que ce qui me dérange puisse être apprécié par d’autres et notamment le côté fantastique de ce roman. Parce qu’il a beau ne pas me convenir, il reste tout de même pertinent. En ce qui me concerne, le fantastique a tendance à fortement atténuer mes émotions (sauf cas exceptionnels), et c’est ce qu’il s’est passé ici.
Si je devais vraiment me justifier je dirais simplement que l’auteur sait parfaitement bien dénoncer les sujets qu’ils veut dénoncer ou, tout du moins, traiter. Il le fait et le fait bien, je ne peux lui enlever. Mais il le fait, au moins en ce qui concerne le harcèlement et la misère, dans un contexte fantastique qui, personnellement, me fait sortir de la réalité des faits, m’oblige à atténuer le discours, à minimiser le problème peut-être. Parce que lorsque je lis du fantastique ça n’est pas pour me remettre en question, mais pour me divertir.
Au-delà de ça, Sam ça n’est pas que du fantastique. C’est aussi un roman qui dépeint la misère, l’abandon, le désamour, la recherche d’amour, le besoin d’amour même, l’entraide, l’humanité, la coopération, l’union de l’humanité pour se soutenir et survivre. Et ça, c’est beau et bien exprimé. Le petit plus, la fin 😉

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