Katharina Winkler – Les bijoux bleus

51MB9pO6sdL._SX318_BO1,204,203,200_.jpgDes étoiles plein les yeux, l’innocente Filiz, treize ans, demande à l’arbre sacré de son village reculé de Turquie si le jeune Yunus deviendra son mari. La réponse ne tarde pas. Le mariage est un tourbillon. Il sera consommé dès la fin de la découpe du gâteau blanc meringue avec le rituel du drap taché du sang de la « petite vierge ». Très vite, tout est noyé de bleu dans le quotidien de la jeune fille.
Basé sur des faits réels, baigné de couleurs et de lumière, et d’une extraordinaire poésie, ce roman donne forme et voix à une violence comme ritualisée, trop souvent tue.


Que dire ? Je suis à la fois déçue et surprise. Déçue par le style (mais pas complètement) et agréablement surprise par l’histoire. Et bon sang que la quatrième (volontairement beaucoup tronquée) spoile tout le bouquin…

J’ai été décontenancée au début. Il a fallu que je m’adapte au style expéditif de l’auteure ainsi qu’au fait que, parfois, on passe un peu du coq à l’âne, donnant l’impression d’un récit décousu. Un roman qui se lit en quelques heures, riche en actions, mais pauvre en mots. Au moins, on ne peut reprocher à l’auteure de tartiner pour augmenter le volume de son livre, certains « chapitres » ne possèdent que dix lignes. C’est dire si on passe sur les détails. Et c’est un peu le souci de ce livre. Ça va trop vite. On a à peine le temps d’assimiler une idée, un fait ou une scène, que déjà, on se retrouve dans un autre décor. C’est en réalité une succession de scènes courtes qui se suivent, mais ne se ressemblent pas, à travers lesquelles on dépeint le quotidien terriblement poignant et dur d’une jeune épouse, avant d’être femme. Finalement, c’est cela qu’est Filiz et c’est cela qui est touchant ; le fait qu’elle ne soit qu’un statut, un rôle, un besoin et presque un objet de la vie courante que l’on utilise pour tout et n’importe quoi. Une esclave ménagère, maternelle et sexuelle. Le hic, c’est que j’étais demandeuse non pas de détails, mais de mots et d’émotions. Alors évidemment, il y en a. Mais le sujet particulièrement difficile tout en étant adéquat pour créer de la compassion, aurait mérité d’être un peu plus poussé à mon avis.

Mais ce choix expéditif est tout aussi intelligent pour la simple et bonne raison que l’auteure, plutôt que d’utiliser trop de mots, en utilise un minimum, mais bien. Malgré cela, je dois avouer que j’aurais aimé avoir plus de phrases à rallonge que ces morceaux de phrases qui parfois ressemblent à celles d’un enfant qui apprend à parler. Et justement, c’est là où je me dis que tout cela est peut-être intentionnel. Si on replace la narratrice, Filiz, dans le contexte de fille de fermier pauvre, qui n’a pas été autorisée à aller à l’école, qui travaille au champ avec les animaux et à qui on inculque rien si ce n’est être une bonne épouse et femme de maison, alors le style correspond à la perfection au rôle. D’autant plus que le vocabulaire évolue avec les années, devenant moins enfantin, plus vulgaire et haineux.

Le dernier tiers du livre est probablement celui que j’ai le plus aimé dans les intentions – le style ayant légèrement évolué vers quelque chose de plus percutant – mais aussi celui qui a été le plus dur parce que lire les violences conjugales n’est jamais chose simple, surtout lorsque le peu de mots choisi est diablement bien fait. Preuve que les pans du sujet traités sont maîtrisés. Dommage que l’on ne se soit cantonné qu’à certains aspects de l’histoire au détriment de passages expulsés à la va-vite.
Mon problème réside donc dans le fait qu’il y avait énormément à dire sur le sujet, et que par choix (ou non, après tout je n’en sais rien) on s’est satisfait du strict minimum. C’est bien dommage parce que tout ce qui est abordé, l’est bien fait, si bien que j’ai ressenti dégoût, espoir, délivrance, peur et douleur, comme le personnage principal. Mais tout cela aurait pu être plus étoffé et le sujet traité de façon plus large.
Un livre qui se lit rapidement et dont on ne ressort pas indemne. D’une manière ou d’une autre, l’histoire de Filiz, inspirée de faits réels, nous touche forcément. La lecture laisse sa trace dans notre âme, comme les bijoux bleus.

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