Wendall Utroi – Comme un phare dans la tourmente

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Au soir de sa vie, Martial, paysan bourru, se remémore le parcours jalonné d’embuches de ses quinze dernières années. Notre vie d’adulte se façonne dans les premières années de notre enfance. Lorsque l’on évoque notre passé, il nous revient le souvenir d’un parent, d’une mamie, que l’on porte dans son cœur, et qui nous a soutenu dans cette étape délicate.

Voici l’histoire de Martial et celle de son petit-fils Antoine, qui, au travers des tourments d’une famille qui se consume et se déchire, vont apprendre à se connaître, et à s’aimer. Un récit intime, peuplé d’émotions, de joies et de chagrins, de peurs et d’amours qui parsèment nos mémoires d’enfants.


Je me suis souvent demandée d’où me venait cette habitude d’écrire mes chroniques en cours de lecture. Pourquoi je le faisais et dans quel but. Finalement, je me suis convaincue que j’aimais voir l’évolution en cours de lecture. Peut-être aussi était-ce un moyen de dire à ceux qui croisent mes mots que si eux aussi ont été perturbés ou déçus par les premiers chapitres d’un livre, de ne pas désespérer et de s’accrocher. Ou bien au contraire, s’ils ont été enjoués ou euphoriques, alors leur souffler de tout de même se méfier. En définitive, le but était de donner mon ressenti le plus juste possible en cours de lecture. De tout dire, de ne rien omettre et de ne pas laisser l’euphorie ou la déception de la fin, prendre le dessus en occultant tout le reste.

Comme un phare dans la tourmente vient de me donner raison.

Il existe trois sortes de quatrième de couverture. Celle qui nous parle pas assez ; celle qui nous parle suffisamment ; et celle qui nous parle trop. En ce qui concerne Comme un phare dans la tourmente, la quatrième a eu l’effet d’une bombe. Elle a fait resurgir un passé dont je peine à oublier l’existence. Un passé fait de bons souvenirs qui donnent un goût amer dans la bouche lorsqu’on y repense parce que ce bonheur lié à l’enfance s’en est allé avec les années et les personnes qui la peuplaient.
Ce roman partait donc avec beaucoup d’avantages, et surtout celui de me rappeler mon enfance plus qu’heureuse et ses moments magiques – mais trop courts – passés avec ma grand-mère. C’est avec son souvenir, nos souvenirs, que j’ai abordé ce livre, parce qu’en effet « Lorsque l’on évoque notre passé, il nous revient le souvenir (…) d’une mamie que l’on porte dans son cœur, et qui nous a soutenu dans cette étape délicate. » Peut-être n’aurais-je pas dû…

Mon immersion dans ce premier Utroi a été difficile au début. Non pas que le sujet me rebutait, non plus que j’avais peur de trop m’y retrouver… Non. J’ai un souci de style. Une lecture saccadée, pas assez fluide à mon goût. Des phrases dont la construction me laisse perplexe et parfois même, dans l’incompréhension. Il m’arrive de relire deux fois la même phrase pour vraiment en cerner le sens. Des phrases qui auraient mérité d’être scindées en deux, ou dont les virgules coupent le rythme de lecture et peuvent, parfois, changer le sens jusqu’à carrément le retirer. Un souci de ponctuation, en réalité.
J’ai aussi été gêné par certaines incises qui ne se différencient en rien des dialogues, sauf lorsqu’on les lit, parce qu’elles sont déposées en plein milieu d’une tirade, coupant ainsi le rythme de lecture (et la parole à un personnage).
Immersion compliquée donc, puisque je me suis attardée sur la forme plus que sur le fond, au début. Et puis…

Comme un phare dans la tourmente raconte donc l’histoire de Martial, 72 ans, paysan vraisemblablement en fin de vie, qui nous livre sous forme de souvenirs et de récit, ce qui semble être les plus belles et les plus dures années de sa vie. Il nous livre le récit poignant de son existence et de celle de sa famille : son petit-fils Antoine, sa fille Mylène et la femme à tout faire, Anne. Un petit-fils qui va tout changer. Antoine est l’étoile qui illumine le ciel d’une nuit noire. Par son existence, il éclaire le monde qui l’entoure, et surtout, la vie de Martial. Pourtant, sa vie n’a pas été des plus belles, au début au moins. Son histoire, c’est Martial qui nous la raconte.
Si je ne suis qu’à demi-convaincue dans un premier temps à cause du style, je ne peux enlever au texte tout son pan émotionnel, ses multiples sujets brillamment traités par l’auteur, et l’affection, l’attachement et parfois même la colère, que j’ai pour les personnages.

C’est une scène poignante, un déchirement, qui va me permettre d’entrer complètement dans l’histoire, un moment d’émotions intenses et de poésie qui va me faire passer outre le problème que je rencontre avec le style : la première séparation de Martial et d’Antoine dans le premier tiers du livre. Un instant qui vient arrêter le temps, me faisant monter les larmes aux yeux tant l’empathie prend le dessus sur tout le reste. Un instant qui va me persuader et me convaincre que Wendall Utroi, même si son style ne me convient pas, a énormément de chose à me montrer et à me faire vivre.

Alors finalement, Comme un phare dans la tourmente est-il une bonne ou mauvaise expérience ?

Il y a de l’émotion, beaucoup. C’est d’ailleurs ce qui prime dans ce livre. La compassion, l’empathie, la pitié, la colère, l’indignation, mais surtout l’amour. C’est le cœur déchiré des personnages qui vient déchirer le nôtre. Ce sont les joies et les peines de Martial, Anne, Antoine et Mylène qui viennent nous effleurer parfois, et nous gifler souvent.
Wendall Utroi a su aborder avec beaucoup de pudeur et d’intelligence des sujets durs tels que la violence conjugale, la noirceur de certaines âmes et le cheminement qui fait qu’un homme, un jour, devient un bourreau et s’en prend physiquement à ce qui lui tombe sous la main : sa femme et son fils. Mais aussi le déni des femmes, le pouvoir de persuasion des hommes. L’emprise. L’entourage impuissant, le père exclu de la vie de sa fille et de son petit-fils, qu’il sait en souffrance et pire que cela, en danger. La solitude de la femme battue, condamnée à garder le silence sous les menaces. Son courage pour appeler à l’aide une fois. Prendre le risque et voir.
C’est la solitude et les regrets d’un homme qui est passé à côté de beaucoup de choses avec sa propre fille, qui reporte ce manque sur son petit-fils. C’est un homme bourru qui ouvre, petit à petit, son cœur grâce à un enfant. Cœur qu’on lui comprime de nouveau mais c’est avec persévérance et sagesse qu’il lutte contre ses démons. Un homme qui voudrait se rattraper, rattraper le temps, donner tout ce qu’il n’a pas su offrir avant. Une rédemption.

Dans ce roman, c’est avec Antoine que j’ai vécu les plus beaux instants, parce que liés à l’enfance j’imagine. Les anniversaires, les chasses aux œufs à Pâques, la souffrance d’un marmot exprimée avec ses mots d’enfant, les grandes joies pour pas grand-chose, les grosses peines qui changent les âmes.
J’ai moins vécu de choses avec les personnages féminins. Je n’ai pas su m’y attacher et m’identifier. Ce sont ces temps-morts, qui m’ont posé problème. Ces instants durant lesquels l’enfant et le grand-père ne sont pas ensemble, ces instants que j’ai du mal à vivre de l’intérieur et à m’accaparer.
Et puis la fin. Une des fins les plus poignantes que j’ai eu à lire. S’il m’a manqué certaines choses durant tout le roman, la fin, elle, m’apporte tout ce que je recherchais depuis le début. Et j’aurais tellement adoré vivre cet instant dès les premiers mots que ça en est frustrant.
L’histoire a tout pour être belle. Elle ne tombe pas dans la leçon de morale, pas même dans la leçon de vie. Elle raconte avec délicatesse et tendresse le destin d’une famille, les joies et les peines, les coups durs et les instants de bonheur. Le ton est doux, loin d’être moralisateur.
J’ai été touchée par l’histoire, mais pas autant que je l’imaginais, pas autant que j’aurais pu l’être. On ressent les intentions de l’auteur. J’aurais aimé les vivre dès le début et je n’ai pas su. J’ai compris la détresse et les beaux sentiments des personnages, je les ai trouvés légitime, mais je ne l’ai pas vécu. L’histoire a eu beau me parler vraiment, qu’ils s’agisse de la relation grand-père/petit-fils ou l’emprise d’un homme sur sa femme, j’ai eu beau me retrouver dans les deux, être touchée par la similarité de certaines scènes avec ma propre vie, je n’ai pas su vivre pleinement l’histoire. Je mets cela sur le compte de la forme qui ne me correspond pas.

Bonne expérience, oui. Une belle histoire, émouvante et touchante, mais il m’a manqué des détails pour en faire une très belle lecture. Je suis en revanche persuadée que certains lecteurs auront une expérience de lecture bien différente, beaucoup plus intense, qui vivront le roman comme j’ai vécu sa fin. C’est une certitude.
Pour son histoire, son sens profond ; pour les sujets qu’il aborde et qu’il dénonce (bien en plus), pour l’explication du titre, j’ai passé un bon moment de lecture.

Comme un phare dans la tourmente

2 commentaires sur « Wendall Utroi – Comme un phare dans la tourmente »

  1. Très belle chronique. Pour ma part, je ne l’ai pas encore lu (il est dans ma PAL) mais cela m’a encore plus donné envie de le lire car ce que je recherche avant tout dans un livre, c’est l’émotion, et apparemment il y en a dans cette histoire.
    En tout cas j’aime beaucoup l’idée de la chronique « au fil de la lecture ». 😊

    Aimé par 1 personne

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