Alia Cardyn – Le choix d’une vie

512MuZUE1iL._SX320_BO1,204,203,200_« Voici mon histoire. Elle aurait pu être si différente. Sans doute est-ce le réflexe facile d’une vie mature que de revisiter ses choix, d’oser les regarder pour ce qu’ils sont, autant de pas dans toutes les directions. Pourtant, je n’avais de cesse de marcher avec un but précis. À la minute de ma naissance, alors que je prenais ma première inspiration pour pousser ce cri puissant en quête d’air et de chaleur, mon destin était déjà tracé. Une chance m’était enlevée et le chronomètre lancé. Les lumières éblouissaient mes yeux s’ouvrant sur ce monde et il me restait si peu de temps pour réaliser mon rêve. »
L’épouse d’Archibald a disparu.
Mary s’interroge sur son désir d’enfant.
L’assurance du beau Jack est sur le point de vaciller.
Et la très discrète Adélaïde aura bientôt plus d’un secret.
Ils ont tous un point commun. Oseront-ils faire ce choix qui changera leur destin ?


Je n’ai pas du tout aimé la quatrième de couverture. Je m’attendais à retrouver différents personnages qui auraient à prendre certaines décisions sur fond de leçons de morale irritantes, du genre je suis auteure, moi j’ai tout vu, moi je sais tout. Mais j’ai beaucoup aimé le style du passage cité sur cette même quatrième. J’ai lu le premier chapitre, et j’ai été profondément touchée.

Quel miracle faudrait-il pour que ma vie conjugue rencontre, amour et fécondité en une année seulement ? Ce « mademoiselle » décortiqué résume parfaitement cette dure réalité. Il est trop tard pour moi. À seulement vingt-cinq ans, j’ai échoué avant même de commencer.
Je ne serai jamais maman.

Je découvrais ainsi, avec un gros pincement au cœur, le sujet du roman que je m’apprêtais à lire : l’enfant dans toute sa splendeur, sujet intelligemment abordé, sous plusieurs formes. Le désir d’avoir un enfant. L’impossibilité d’avoir un enfant. Le donneur de sperme qui permet à un couple qui ne peut avoir d’enfant, d’en avoir un. Un enfant qui perd ses parents. La perte d’un bébé. L’enfant non désiré. Le récit vu du côté des parents. Celui vu par l’enfant. La vie et la mort. Le temps. La douleur et le bonheur. La vie, tout simplement. Mais le cœur du sujet est le don de sperme et la procréation médicalement assistée. Dans chaque situation, à travers plusieurs personnages et histoires de vie, l’auteure développe avec pudeur les différentes émotions propres à chaque situation. Des émotions qui peuvent d’ailleurs être transposées à d’autres situations et qui font de ce roman un récit touchant au possible, que l’on soit concerné, ou non.

J’ai littéralement été transportée par le style si doux et apaisant d’Alia Cardyn, alors que l’on traite un sujet grave, pas toujours très drôle ; plus triste que joyeux d’ailleurs. Il y a comme une volonté d’adoucir les pensées les plus négatives, d’apaiser les âmes de ceux qui se triturent le cerveau ou vivent des instants difficiles, et cette idée que : vous n’êtes pas seuls. Et puis à côté de ça il y a des instants de pure douceur durant lesquels le lecteur est allongé dans un nid de coton. Des instants de grâce qui mettent du baume au cœur, émeuvent, et remuent.
L’auteure jongle entre ses différents personnages d’un chapitre court à l’autre, donnant du rythme à son intrigue, mais pas que. L’histoire de l’un trouve une résonance dans l’histoire de l’autre, et finalement il existe bel et bien un fil conducteur qui réunit tous ces personnages. C’est d’ailleurs assez plaisant de retrouver dans l’un, ce que l’autre n’a pu faire, dire, réaliser, ou décider.
Je n’avais jamais lu de livre abordant l’enfant, le désir de le concevoir, de l’avoir, la maternité, la paternité ; bref l’enfant, et j’ai été agréablement surprise de découvrir que certaines de mes angoisses étaient finalement normales, que je n’étais pas la seule à avoir ces pensées-là. L’auteure m’a retiré un peu de mes inquiétudes, a répondu à beaucoup de mes questions, et m’a fait déculpabiliser. J’ai adoré me retrouver dans certains des personnages même masculins, tant l’auteure a réussi à exprimer les priorités, les angoisses, les tracas et les volontés des uns et des autres. J’ai encore plus apprécié de voir que l’homme n’était pas exclu de cette histoire, mais au contraire, il est, à travers les mots de l’auteure, un élément déterminant et bien présent. L’expression « faire un enfant toute seule » perd tout son sens, en ce qui me concerne. On ne fait jamais un enfant seule, c’est impossible, et l’homme a la place qu’il mérite amplement dans ce roman, alors qu’il aurait été très facile de l’en exclure.

Un livre qui se veut difficile dans les faits parce que le sujet abordé est peut-être délicat. Certains lecteurs ne trouveront aucun plaisir à voir défiler certains mots ou faits devant leurs yeux. Mais il est une chose que l’on ne peut retirer à l’auteure : son talent à retranscrire ses idées, les émotions, les faits avec délicatesse et retenue. Il n’est pas question de faire dans le larmoyant ou le dramatique. Les faits sont relatés, expliqués et décortiqués, l’auteure amène tout un tas de solutions, d’explications et de début de pensées, avec légèreté sans minimiser le fond du problème.
Un roman que j’ai lu difficilement car il aborde un sujet qu’il m’est impossible de lire sans me poser mille questions, ou penser à ma propre situation. Ce même roman qui m’a rassurée sur certains points, m’a convaincue sur d’autres, et m’a ouvert les yeux sur la plupart des thèmes abordés.

On vient de me gifler, et j’ai adoré ça.

L’essentiel à savoir dans ce domaine étant qu’en France et en Belgique notamment, il y a une pénurie de dons de sperme, ce qui allonge d’autant les listes d’attente pour ceux qui souhaitent réaliser un projet parental qui nécessite pareil don. (…)
Certains projets de parentalité sont mis à mal par cette pénurie (…) mais également par la législation de beaucoup de pays.
Parce qu’on est libre d’aimer un autre quelque soit son sexe, parce que nous n’avons pas de pouvoir sur notre fertilité, espérons que notre société évolue et soutienne équitablement les êtres aimants qui rêvent d’un enfant.
Alia Cardyn.

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