Condie Raïs – L’ombre d’un écrivain

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Isabelle n’en peut plus du harcèlement permanent des fans du romancier Marc Mussaut, dont les livres sentimentalo-érotiques se vendent par conteneurs dans le monde entier. Elle le déteste. Si elle le pouvait, elle irait lui faire la peau. Et pourtant, elle va devoir lui servir de nounou. Faire de lui un homme. Et un écrivain, si possible. Parce que pour couronner le tout, ses best sellers, ce n’est même pas lui qui les écrit…


 

Je ne sais pas comment aborder ce court roman à la fois plein d’audace et d’originalité, d’humour et d’intelligence.
Au début, c’est vrai, j’étais un peu perdue dans toute cette nouveauté. Condie Raïs est une auteure atypique, au style surprenant et à l’humour décapant. Et puis j’ai compris son style, je l’ai adopté, aimé même, et j’ai savouré L’ombre d’un écrivain. Un livre ovni que je ne peux que conseiller et pas uniquement pour son côté humoristique.

J’ai craqué. J’ai ouvert ce livre, lu une trentaine de pages et je me suis dit que je ne le lâcherai plus jusqu’à ce que je le finisse. La raison pour laquelle je suis immédiatement séduite, outre le caractère hilarant de ce (trop) court livre, c’est l’audace de l’auteure. Le lecteur fait les déductions qu’il veut, mais enfin, appeler un personnage Marc Mussaut et faire de lui un auteur de best-seller qui n’écrit pas ses livres lui-même, il fallait oser. L’audace également de Condie Raïs à s’intégrer à l’histoire et à se faire elle-même personnage. C’est à double tranchant. Ou bien, le lecteur pensera que cette auteure a le melon, ou bien, il pensera que cette auteure à une sacrée auto dérision, la rendant fort sympathique. Je penche pour la seconde option, vu comment Condie personnage prend cher. Et j’adore ça. Mais il n’y a pas que l’auteure qui en prend pour son grade. De façon générale, on peut dire que les « grands » auteurs, les maisons d’édition et les best-sellers repartent avec un costume taillé sur-mesure. Et alors que l’on pourrait sentir et ressentir une pointe de jalousie ou d’amertume de la part de l’auteure… pas du tout. Bien au contraire, ces petites piques lancées rebondissent avec douceur parce qu’il n’y a jamais de méchanceté, juste quelques vérités peut-être… Dans tous les cas, on se fend la poire.

Le livre démarre avec ce personnage totalement atypique de Marc Mussaut. Ce trentenaire perché et complètement crétin veut devenir écrivain. Bon en gros, il veut gagner un maximum de pognon, toucher le plus de lectrices possibles, et pour cela, il se frotte à la recette miraculeuse : le roman à l’eau de rose, sans érotisme-porno au début. Une idée de merde, puisque même la scène centrale entre ses deux protagonistes, romantique et ultra sentimentale, faite de finesse et de tendresse, semble impossible à poser sur papier. L’auteur est mauvais, et il ne peut rien y faire. S’enchaînent alors multitudes de scénarios différents dans lesquels un élément extérieur, issu de l’imagination de Marc, vient semer la zizanie et foirer ses plans presque romantiques. Quand en plus l’auteur lui-même ne se rend pas compte que le problème vient de lui, et qu’il rejette la faute sur ses personnages secondaires qui osent intervenir dans son histoire offrant au lecteur des scènes drôlissimes… je me dis que ce livre est très prometteur. À ce stade-là, je n’ai lu qu’une vingtaine de pages, et la magie a déjà opéré !

Je finis de succomber lorsqu’un dernier personnage qui semble principal fait irruption : Isabelle. Chacun de ses trois protagonistes – Marc, Condie, et Isabelle – sera l’acteur principal de son chapitre en intervertissant les rôles : narrateur, interlocuteur, absent (mais présent quand même, au moins dans la discussion).
Pour résumé, 179 pages, trois personnages principaux, beaucoup de matière, très peu d’ennui. La recette fonctionne à merveille. C’est drôle, original, pétillant, ça donne le sourire et du baume au cœur.
Ce roman humoristique a beau parfaitement bien porter son genre, il n’en reste pas moins très intelligent par son contenu. Des références culturelles et souvent littéraires tournées en dérision (ou pas) pour les besoins de l’histoire, mais qui restent tout de même présentes et assez connues pour que le lecteur percute. Si j’ai percuté, vous aussi, je vous assure…

Des chapitres courts (tout comme le roman), purs, loin des constructions habituelles. Pas de descriptions, pas de scènes à rallonge, pas de détails… on s’imagine tout. Le lecteur a une totale liberté là-dessus, et c’est bien. Et non seulement, c’est bien, mais en plus, c’est agréable et intelligent. Je me suis posé la question. L’humour est un genre un peu casse-gueule. On ne rit pas tous de la même chose et de la même façon. Est ce que s’imaginer tel ou tel personnage, lieu, mimique, style vestimentaire, à notre façon, favorise le rire ? Oui, je crois bien. Et je le crois tellement que je remercie l’auteure de ne pas avoir donné de visages à ses personnages, de m’avoir laissé carte blanche sur l’ambiance générale, l’agencement des lieux et des pièces. Ce procédé permet une immersion totale et rires garantis.

Une petite pépite déjantée, qui n’est pas sans me rappeler un autre ovni humoristique que j’avais beaucoup apprécié cet été : Deux zéros et demi, de Guillaume Lecler, avec ce même humour décalé et cette même intelligence.
L’ombre d’un écrivain restera un très bon souvenir de lecture. Odehia Nadaco avait raison. Il fallait que je lise ce livre. Elle avait à nouveau raison : je l’ai adoré.

– Et donc, où en êtes-vous dans le classement des ventes, ai-je demandé à Marc, mine de rien ?
– Numéro 1 dans la catégorie «littérature française», mais numéro 3 seulement en «littérature générale», pour le moment…
– Ah parce que quelqu’un l’a classé dans le rayon littérature ? a-t-elle demandé (…)
– Ben oui. Dans quoi voudriez-vous qu’ils le classent ?
– Je ne sais pas moi, je l’aurais bien vu entre les produits ménagers et le rayon bricolage, par exemple… Avec une chouette promotion : «Cinq-cents pages de porno-sentimentalo cheap pour le prix de cinq litres de débouche évier», voyez, un truc de ce genre ?

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