Inès de Kertanguy – J’ai douze ans… et je vis enfermé dans la soupente.

51GSWBiX6BL._SX210_Comment survivre lorsqu’on est enfermé à double tour par sa propre mère et son beau-père dans une soupente ? À travers la voix vibrante de souffrance mais aussi d’espoir, d’un enfant de douze ans, le récit poignant de deux années d’enfer.
Enfant non désiré, détesté par sa mère qui l’a toujours frappé, la souffrance du garçon augmente encore lorsque cette dernière fonde une nouvelle famille. Un homme s’installe chez eux, un petit frère va naître, l’enfant chéri. Quand à l’âge de douze ans, son beau-père décide de l’enfermer, c’est presque un soulagement pour le garçon : même s’il vit isolé, mal nourri et dans la crasse, au moins les coups cessent. Il crée son propre monde, apprend plein de mots nouveaux et rêve en regardant les nuages…


J’ai acheté ce livre alors qu’il n’était encore qu’une avant-première France Loisirs en 2010. Je me souviens l’avoir lu, dévoré même. Adoré, je crois aussi. Sept ans plus tard, je rouvre ce roman aux pages un peu jauni, mais toujours aussi beau.
À noter que le livre a changé de titre, pour devenir « J’ai douze ans » et que la couverture a également été modifiée. J’aimais beaucoup la première, alors c’est celle que j’ai choisie.

Je ne sais pas encore ce que je veux, je sais ce que je ne veux plus

Je vous l’accorde, la quatrième de couverture ne laisse présager rien de bien joyeux. Et rien ne l’est. Un petit garçon, une soupente, un matelas, un lavabo, une bibliothèque, un vasistas et un cahier bleu rigide. Un garçon d’ailleurs dont on ne connaîtra jamais le prénom, mais à qui on s’attachera indéniablement. Aucun des personnages dans ce livre n’a de prénom d’ailleurs. Et pourtant, même sans identité, sans visage, on les déteste, on les aime, on s’y attache parce qu’absolument tout passe par l’émotion et la façon d’être. Quelque part, l’histoire en est même dérangeante. Qui, aimerait lire le récit d’un petit garçon de 12 ans qui a grandi dans la violence, puis a été enfermé dans une soupente ? Tourner les pages, se délecter du style épuré mais percutant tout en sachant que mère, beau-père, demi-frère, cautionnent la captivité d’un gamin ? Pire, ils le narguent, l’humilient, lui rendent la vie si difficile que le récit de l’enfant dégouline parfois de résignation.

Je suis une erreur, un malentendu. Je suis rien ni personne.

Mes souvenirs de lecture sont remontés à mesure que les pages défilaient, pour la simple et bonne raison que j’ai vécu, de nouveau, la même expérience. Ça commence par de la compassion. Pauvre môme. Puis, c’est le ventre qui se tord dans tous les sens, la rage qui monte jusque dans les mains au point de serrer de toutes mes forces ce livre qui transpire la douleur, l’injustice, le mépris. Enfin, se sont les larmes qui coulent. Doucement d’abord, puis abondamment. Ce sont des sentiments étranges qui s’entrechoquent : de l’admiration pour cet enfant qui a tendance à toujours voir le verre à moitié plein ; de la haine pour cette mère qui n’a de « mère » que le nom ; de la tristesse pour le petit frère tiraillé entre l’amour qu’il porte à ses parents et celui qu’il porte, différemment, à son frère ; de l’incompréhension pour le beau-père qui aurait pu tout changer et qui pourtant a rendu la situation encore plus dramatique.

On n’avoue pas son amour quand on sait qu’il n’est pas partagé

Mais ce roman est beau. Bien sûr, il est dur et violent. Mais il aborde un sujet des plus magnifiques, qui apportent avec lui les plus belles phrases et idées à garder au chaud et qui parfois même, nous aide à (sur)vivre : le rêve. À travers la lecture, l’écriture, l’observation du ciel, les ombres et son imaginaire, le petit garçon s’évade et espère. Il n’est pas une banale preuve de courage ou de gnaque. Il est ce que l’on est tous. De doux rêveurs portés par des songes qui nous permettent de tenir ou de rebondir. Pour autant, il n’est pas question de leçon de vie ou de morale. Chacun prend comme il le souhaite le récit qu’Inès de Kertanguy nous dévoile avec une justesse et une dureté parfaites. Il y a tout dans ce roman. De l’espoir au désespoir, de l’amour à la haine, du renoncement à la persévérance, c’est une flopée d’émotions, de sentiments, et d’humanité – et puis parfois pas – qui s’étale devant nos yeux mouillés… jusqu’à la fin qui chamboule nos âmes de lecteurs et d’humains.

J’ai douze ans

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