Marc Voltenauer – Le dragon du Muveran

515PjSzjuCL._SX303_BO1,204,203,200_.jpg


Le village de Gryon, dans les Alpes vaudoises, est en émoi : dans le temple gît un cadavre, nu, allongé sur la table sainte à l’image du Christ crucifié. À l’extrémité du couteau qui lui a transpercé le cœur, un message : « Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres! » L’inspecteur Andreas Auer est convaincu que ce meurtre est le premier acte d’une mise en scène macabre et symbolique. Peu à peu, les secrets que certains villageois auraient préféré garder enfouis refont surface et viennent semer le trouble dans ce lieu d’habitude si paisible…


Je suis décontenancée. Depuis plusieurs semaines, j’ai la chance (ou la malchance en ce qui me concerne) de tomber sur des thrillers qui possèdent tous les codes et certains aspects du polar. Je conçois volontiers que ces deux genres se marient plutôt bien, et que j’ai (souvent) apprécié ce mélange intelligent. Mais là, j’en ai marre. Pourrait-on me faire frissonner, me piéger, jouer avec moi, sans qu’un flic soit de la partie ? Est-il possible de me donner du suspense et des rebondissements sans enquête ? Pourrais-je avoir un thriller sans tout le côté polar ? Pas de chance.
Pas de chance du tout même puisque avec Le dragon du Muveran, c’est reparti pour un tour. Soit. Je l’ai un peu mauvaise, c’est vrai, en commençant ce livre, mais bon, je me laisse tenter. J’ai adoré la couverture et je ne me souviens plus de la quatrième au moment où j’attaque le premier chapitre. Quand je découvre le côté policier, je hurle intérieurement et puis finalement, je me dis Ouais, c’est pas mal en fait… Alors désormais, avant de râler parce qu’un thriller se mélange au policier, je me rappellerai qu’une fois, j’ai lu Le dragon du Muveran et que c’était bien !

Le meurtrier nous fournit des clés pour comprendre. Mais il ne nous donne pas tout. Il considère sans doute cela comme un jeu. Il nous a invités dans la partie…

Voilà qui résume bien ce livre. Une partie de Cluedo. Un meurtre, des indices, à nous et aux personnages de découvrir le mystère, et tout cela sur fond de religion. De quoi combler la lectrice que je suis. Et si l’auteur lui-même fait allusion au Da Vinci Code, à la différence de Le testament des siècles, aucune similitude ou apparence ne fait penser au best seller. Rien à voir (si jamais vous aviez l’idée).
Le dragon du Muveran, c’est un épisode des Experts, du NCIS, de Cold Case, bref, de toutes les séries policières réunies, version longue et écrite. Ce sont toutes les étapes de l’enquête, des simples visites à de potentiels témoins (ou suspects) aux analyses diverses et variées avec explications à la clé, s’il vous plaît. Autrement dit, le lecteur est plongé à 1000% dans l’enquête et son évolution, et alors je dois dire que j’ai été prise dans l’action comme rarement en ce qui concerne le policier. Je ne me suis pas sentie exclue face au vocabulaire médical ou aux résultats d’analyse. Tout est décortiqué et expliqué pour le lecteur (et les personnages qui, comme nous, sont un peu à côté de la plaque).
Prise entre l’envie de connaître le fin mot de l’histoire, les derniers rebondissements dans l’affaire et les péripéties de chaque personnage – tous attachants dès le début -, je n’ai pas vu le temps passer et je ne savais plus où donner de la tête.
Les courts chapitres donnent un rythme rapide au récit, surtout que plusieurs histoires s’entremêlent à plusieurs années d’intervalle. Pas d’inquiétude, tout cela est maîtrisé par l’auteur, aucun risque de se perdre ! Les passages qui appartiennent au passé sont finalement peu nombreux, mais ils apportent une réelle plus-value au roman. Les pages défilent, le mystère s’épaissit, et jamais on ne perd le fil de l’histoire. L’auteur nous tient en haleine du début à la fin par la mise en place de rebondissements et révélations (aux bons moments), tout en imposant une cadence un peu plus lente et posée de temps en temps… pour repartir de plus belle.

Il n’y a pas grand-chose à dire sur ce livre, si ce n’est qu’il est une vraie réussite et une agréable découverte. Seuls bémols en ce qui me concerne, des phrases qui auraient mérité d’être regroupées ensemble pour ne pas couper le rythme de la lecture, et des descriptions parfois trop pointilleuses surtout en ce qui concerne les tenues vestimentaires (parce qu’en tant que lectrice, je m’en fiche en fait, c’est personnel).

Le style de l’auteur m’a agrippée fermement, me faisant plonger au cœur de l’histoire. Autour de moi, les personnages dansaient, les lieux défilaient, et les images s’enchaînaient, choses qui deviennent rares, il faut l’avouer. Étonnamment, j’ai développé un intérêt certain pour cette enquête et son avancée. Je ne l’explique pas entièrement, mais je crois pouvoir dire que le côté religieux fonctionne à merveille sur moi comme ce fût le cas avec Da Vinci Code et Le testament des siècles. Peut-être apprécie-je les énigmes religieuses qui apportent avec elles une certaine ambiance. On y va à tâtons pour ne pas froisser les croyants et les pasteurs, et puis, il y a toujours deux lectures aux messages religieux. De vraies charades. Sans compter que ce genre de romans est une mine d’informations pour qui n’y connaît rien à la religion, et c’est mon cas. Finalement, on apprend en « s’amusant », et ça c’est bien.
J’ai beaucoup aimé les personnages, et notamment Andreas Auer, protagoniste atypique doté d’une originalité certaine. Il a ce petit quelque chose de touchant et d’attachant qui fait la différence. Bien loin des clichés de la flicaille des romans, Andreas ne peut être dissocié du roman, et l’inverse est également vrai. C’est comme chercher qui aurait pu remplacer Dicaprio dans Shutter Island… personne.
L’enquête et son avancée sont cohérentes, fluides et logiques ! Bon sang que c’est important de ne pas se dire que c’est trop gros, trop facile, ou trop rapide. Que c’est agréable de ne pas se poser de questions pour essayer de décrypter comment un policier peut faire telle ou telle déduction. J’ai lu, pris les informations, et je me suis régalée. J’ai suivi l’enquête pas à pas, j’ai compris chaque avancée, chaque cadenas qui se débloque, et les décisions prises par les protagonistes m’ont paru logiques et fluides.
Je me suis bien évidemment amusée à moi aussi tenter d’élucider le mystère, et ô miracle, pas d’anticipation de ma part. En réalité, ça a été le flou total du début à la fin, et je pense même ne pas avoir eu le temps d’élaborer une quelconque théorie tant j’ai été aspirée par le style de l’auteur et l’histoire. Alors quand est venue l’heure du dénouement et bien…

Et bien j’ai jubilé ! Parce que les pièces du puzzle se rejoignent, l’image prend forme, le flou se retire peu à peu pour laisser place à une photographie nette. Le passé nous ouvre ses portes et illumine de sa vive lumière les faits présents, les meurtres et leurs mobiles, les explications.
Ce livre avait en réalité tout pour me plaire et c’est ce qu’il s’est passé : un mélange de passé et de présent dont l’un a des répercussions sur l’autre ; le présent qui trouve son explication dans le passé de tous les personnages concernés par l’affaire ; des énigmes et une ambiance religieuses ; des personnages aboutis, travaillés, attachants et en totale adéquation avec le récit ; une histoire prenante ; un dénouement jubilatoire qui ont fait de moi une lectrice comblée.

Le dragon du Muveran

Un commentaire sur « Marc Voltenauer – Le dragon du Muveran »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s