Karine Giebel – Satan était un ange

51FGGAjPi+L._SX303_BO1,204,203,200_Deux trajectoires, deux lignes de fuite.
Hier encore, François était quelqu’un. Un homme qu’on regardait avec admiration, avec envie. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un fugitif tentant d’échapper à son assassin. Qui le rattrapera, où qu’il aille. Quoi qu’il fasse. 
Paul regarde derrière lui ; il voit la cohorte des victimes qui hurlent vengeance. Il paye le prix de ses fautes. L’échéance approche… 
Dans la même voiture, sur une même route, deux hommes que tout semble opposer, et qui pourtant fuient ensemble leur destin différent. Rouler droit devant. Faire ce qu’ils n’ont jamais fait. Puisque l’horizon est bouché, autant tenter une dernière percée. Flamboyante.


De Karine Giebel, j’avais déjà tenté de lire Les morsures de l’ombre, sans succès. J’avais adoré le style de l’auteur, mais avais eu le sentiment de rapidement tourner en rond. La violence et les sévices gratuits sont des faits que j’ai du mal à encaisser. Dans Les morsures de l’ombre, la raison de toute cette violence mettait beaucoup trop de temps à venir pour que je puisse accepter de l’encaisser. Je ne m’étais attachée à aucun des personnages, et n’avais pas du tout compris où l’auteure voulait en venir. Aussi, avais-je abandonné ma lecture à plus de la moitié du livre, un peu à contrecœur, ayant beaucoup aimé la plume de l’auteur. Je m’étais jurée de redonner une chance à Karine Giebel, c’est chose faite, aujourd’hui, avec Satan était un ange.

On peut partager sa vie, pas sa mort

Un roman qui démarre tout en émotion et qui tiraille mon petit cœur dès les premiers chapitres. Si Karine Giebel ne m’avait pas convaincue avec la violence de Les morsures de l’ombre, elle me séduit indéniablement avec les émotions de Satan était un ange. Et quelles émotions ! François Davin, 47 ans, se sait condamné à mourir. Une tumeur inopérable au cerveau. Lorsque le couperet tombe, l’homme abandonne famille, amis, femme, prend sa voiture et roule. Vers où, vers quoi, qu’importe. Le lecteur sait que, quoiqu’il arrive, ce personnage auquel il va s’attacher va de toute façon disparaître, mourir. Évidemment, cela n’empêche pas l’attachement, bien au contraire, cela le renforce. La corde sensible du lecteur est touchée, on joue avec sa tristesse, son empathie et la résignation du personnage. Au cours de sa fuite, François croise le chemin d’un homme plus jeune que lui, en parfaite santé, dans la fleur de l’âge : Paul. Ce duo inattendu autant que surprenant, va offrir au lecteur un roadtrip des plus poignants, tout en suspense.

Karine Giebel m’a transpercé le cœur de sa plume. L’amitié naissante entre François et Paul est d’une telle simplicité, d’une telle sincérité, que ça en est touchant à souhait. L’un et l’autre ont chacun une raison de fuir leur quotidien et c’est probablement ce qui les lie aussi vite et aussi fort. Que j’ai adoré découvrir cette auteure sous ce nouvel aspect, moi qui avais pris une mauvaise gifle quelques semaines auparavant ! Que j’ai aimé être embarquée à bord de cette BMW pour suivre et poursuivre mes compagnons le temps d’un roman. J’ai dégusté leur quotidien, leurs sentiments, leurs galères aussi. J’ai savouré chaque scène, chaque rebondissement comme on savoure un bon gâteau au chocolat. J’ai vu le mal-être, la tristesse, l’abdication. L’espoir, l’entraide, et le bonheur sur des lèvres. J’ai pleuré et ri, admiré et compati. Je suis passée par tout un tas d’émotions que je ne suis pas prête d’oublier.

Bien entendu, il y a tout le côté thriller de ce roman, qui pour le coup ne fait pas dans la dentelle. Truands, armes, hémoglobine et otage, tout y passe. Et c’est le personnage de Paul qui incarne ce côté-ci de l’histoire. Lui qui amène les ennuis, mais qui redonne goût à la vie à son comparse, François. C’est la femme de ce dernier, Florence, que François a laissé derrière lui, qui vient s’agglutiner à l’histoire. L’intrigue se déroule alors dans plusieurs lieux, donnant un rythme effréné à l’histoire. Le lecteur ne sait plus où donner de la tête. Trois tableaux, trois vies, trois histoires, de multiples possibilités. Karine Giebel dirige son roman de main de maître, envoie le lecteur droit dans le mur, puis le retient pour mieux le relancer, le ballotte à droite et à gauche, comme un pantin. Oui, le lecteur n’est qu’un pantin dirigé par une plume efficace, juste et percutante.

Une plume qui, néanmoins parfois, use de clichés et de faits prévisibles, petit reproche que j’avais aussi fait à l’égard de Les morsures de l’ombre. Une plume qui néanmoins, a souvent dessiné un large sourire sur mon visage, notamment lors de l’explication du titre qui survient dans les dernières pages. Et justement, puisqu’on parle d’elles… la fin.

Le mystère qu’était Paul s’éclaircit peu à peu au fil du roman. Sur le ton de la confidence, le jeune homme nous ouvre les portes de son passé et de sa vie. Des instants terriblement poignants portés par la réaction, ô combien juste, de François. La fuite des deux complices approche inexorablement de la fin. La fin d’une cavale et des ennuis. La fin de la vie peut-être aussi. Les pages défilent, et François, en sursis, prend toute la place. Que va-t-il devenir ? Karine Giebel va-t-elle trouver la solution miracle ? Laisser le destin de cet homme suspendu une fois le livre refermé ? Notre ami va-t-il nous abandonner, ou nous l’abandonner lui ?
Les dernières pages ont été dures et délicieuses en même temps. Toute en émotions  et en révélations. Je ne suis pas prête d’oublier ce roman.

Karine Giebel vient de méchamment entrer dans ma vie de lectrice et pas par la petite porte, non. Elle a défoncé la grande à gros coups de pieds pour s’installer confortablement dans le canapé. L’auteure a pris ses aises, s’est immiscée dans mon imagination, m’a racontée une histoire en me faisant frissonner, pleurer, sourire et voyager. Satan était un ange est un livre qu’on lit avec le cœur serré et la boule au ventre. Et même la dernière page tournée, on n’est pas rassasié. Du Gebiel, on en redemande parce que, bon sang, que c’était bon, que c’était grand, que c’était magique. Un sublime thriller.

Satan était un ange

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