Pierre Lemaitre – Trois jours et une vie

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À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien.


J’ai vu ce roman passer, puis repasser, et passer encore, ici et là, un peu partout en réalité. On en a parlé. Trop. Je l’ai vu défiler. Trop aussi. Je l’avais ajouté à une commande mensuelle sur Amazon, une fois. Et je me suis rétractée. Force est de constater que ce livre avait fait l’unanimité – au moins dans les retours que j’ai lus. Et je ne vais pas me rabâcher sur ma vision des livres et des auteurs qui font l’unanimité.
C’est le hasard qui m’a conduite à ce livre, la curiosité aussi. Il était peut-être tant que j’ouvre ce livre, alors que j’avais digéré et oublié toutes les critiques lues sur Trois jours et une vie.

Je n’ai pas été transportée par le début de ce roman. J’irais même jusqu’à dire que j’ai été déçue. Je m’attendais presque à ce que le chef d’oeuvre me saute au visage, m’enlace, me serre, et ne me laisse plus l’occasion de respirer. Et bien non. Une fois le livre en mains, je souffle, je soupire, je change de position. En bref, je m’impatiente. Mais très vite – à partir du troisième chapitre – il se passe quelque chose. Le personnage principal, Antoine, me saisit par les épaules, me secoue, et me rappelle qu’il fût un temps où j’aurais adoré cette histoire. Connaître l’envers du décor pendant que les personnages pédalent dans la semoule. Être du côté du « méchant », de celui qui fait le mal, et le regarder se démener pour vivre avec ses peurs et ses remords. Le voir évoluer au sein de l’histoire avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Et en effet, j’accroche totalement avec cet aspect là de l’histoire.

Dans ce livre, outre le mystère autour de la disparition du petit Rémi (dont seul le lecteur connaît l’histoire), on aborde surtout le côté humain dans toute sa splendeur. Beauval qui se voit au cœur d’un fait divers atroce ; ses habitants perdus entre la tristesse due à la disparition de l’enfant du pays et la colère à l’égard des autorités qui tardent à chercher le gamin ; l’impatience de ne pas voir les choses bouger ; l’angoisse de se dire que, peut-être, cela peut arriver à nos enfants ; la solidarité qui se met en place autour de la famille Desmedt ; les vieilles biques qui continuent à faire leur tête de cochon… L’immersion dans Beauval est totale, et cela est dû au travail assez incroyable fait sur les personnages. Ils sont une caricature originale de ce que l’on trouve dans les petits villages. L’ambiance y ressemble étrangement, et il est très facile de voir tout ce petit monde envahir les rues, telles de petites fourmis. On entend les murmures des habitants qui osent à peine aborder le sujet de l’enfant disparu. Les dernières rumeurs et les « on dit » se faufilent jusqu’à nos oreilles. Et sous l’affluence de toutes ces théories, le lecteur, du côté « du mal » retient sa respiration, souffle lorsque le danger s’éloigne, suffoque lorsqu’on aborde un élément qui pourrait nous démasquer, et finalement, on vit l’histoire de l’intérieur comme si on y était.

Quelques passages qui traînent en longueur ont cassé mon rythme de lecture. Des paragraphes qui n’apportent pas forcément de matière à l’intrigue et qui rendent l’histoire un peu moins attrayante. À l’inverse, d’autres passages du livre sont si habilement tournés et décrits – et j’ai une pensée pour la tempête – que j’ai été happée au coeur de l’histoire et je me suis retrouvée entourée de débris, d’arbres au sol, entre désolation et paysage apocalyptique.
Et finalement, les instants qui m’ont le plus touchée sont ceux qui relatent le processus psychologique d’Antoine, personnage fascinant qui nous donne l’opportunité d’entrer dans la conscience et l’inconscient de l’humain. J’ai adoré ce personnage.

J’ai aimé l’histoire dans sa globalité malgré les quelques longueurs ici et là. Le personnage d’Antoine porte, à mon avis, tout le roman, et l’accompagner dans ses doutes, ses regrets et ses peurs, a été tout aussi angoissant pour moi que pour lui. Les sentiments de ce personnage sont particulièrement bien exprimés et sonnent juste. J’ai été agréablement surprise par le fait de ressentir ce qu’une personne, qui a commis le pire et devant vivre avec, puisse ressentir. Sur ce point, Trois jours et une vie est une vraie réussite.
Le suspense manque légèrement pour un thriller- ou bien je ne l’ai pas ressenti -, les révélations et rebondissements que je chérie tant m’ont également manqué, mais je reste tout de même assez satisfaite par la fin qui apporte avec elle l’ultime révélation qui vient éclairer de sa lumière une fin réussie. Un livre qui se lit rapidement et qui fait passer un bon moment. J’attendais quand même un peu plus.

Trois jours et une vie

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