Matthieu Biasotto – Ewa

51x2twpi0olElle s’appelle Ewa. Elle est particulière. Elle ne doit jamais se regarder dans un miroir. Jamais. Son don étrange est une malédiction qu’elle ne maîtrise pas. Son passé est difficile à porter. Il lui est impossible de partager son secret. Elle ne peut faire confiance à personne.
Enfermée « pour son bien » à Miedzeska, dans une pension pour filles au cœur de la Pologne, Ewa survit entre humiliations et sévices. Elle serre les dents en rêvant d’évasion, mais personne ne s’échappe de cet internat.
Alors pourquoi des filles disparaissent-elles sans laisser de traces ? Que deviennent-elles ? Et surtout… qui sera la prochaine ? Ewa ne doit jamais céder à l’appel des miroirs, elle le sait. Elle a juré. Et si la vérité se cachait dans son reflet ?


Un pensionnat perdu, à l’écart de tout et qui garde bien ses secrets. Un endroit dont personne ne peut sortir, dirigé par une directrice tyrannique et sans cœur. Entre le portail et le Tyran, une jeune fille, Ewa, mais aussi des pensionnaires qui disparaissent sans que personne ne s’en inquiète. Un mystère. Des dizaines de possibilités.

Matthieu Biasotto n’a plus rien à me prouver, et ce depuis bien longtemps. Ce qu’il me propose, c’est exactement ce que je recherche. C’est ma came, et ça ne s’explique pas. Alors même que je n’attendais rien de plus qu’à l’accoutumé, Matthieu est venu me gifler. Une gifle à la fois violente et douce, comme pour me rappeler qu’il lui reste encore beaucoup de choses à me montrer. Cette gifle porte un nom. Elle s’appelle Ewa.

Le nouveau Biasotto est arrivé et c’est une tuerie !

Sur fond de thriller, l’auteur nous emmène en Pologne et plus précisément dans un pensionnat niché au milieu de nul part. Bienvenue à Miedzeska, lieu de tortures et de sanctions, d’où personne ne sort. Derrière les grilles d’un pensionnat aux allures de prison, vous allez découvrir le pire. Et quoique vous imaginiez, vous êtes encore très loin de la vérité.

Dès les premiers chapitres, par la beauté de ses mots, Matthieu Biasotto instaure un climat glacial à l’image de l’hiver Polonais. Un cadre qui va suivre et hanter le lecteur, autant qu’il hantera l’héroïne. Nous faisons la connaissance d’Ewa, une adolescente de quinze ans au don plus qu’étrange. Un don qui l’a conduite dans la gueule du loup et qu’elle porte, à présent, comme un fardeau. Une scène déchirante vient ouvrir les hostilités. Ewa est laissée, pour son bien, entre les mains d’une directrice qui cache bien son jeu. Pour le lecteur, c’est le début d’un long voyage au cœur de l’émotion, pour Ewa, c’est le début de l’enfer.

Miedzeska est un pensionnat pour filles dans lequel le moindre écart, la moindre erreur, aussi petite soit-elle, est sévèrement punie. Si l’époque à laquelle on se trouve joue son rôle de mise en situation, l’internat, lui, renforce encore plus la froideur du cadre. Clairement, j’ai envie de fuir loin, très loin. Ce pensionnat renferme les pires actes que l’on puisse imaginer, les pires sévices aussi. Et si le lieu est un élément fort, c’est bien parce qu’il cache la vérité et la réalité des traitements que l’on inflige aux pensionnaires. Il est à la fois témoin et acteur des sanctions infligées. Il est l’élément emblématique d’une tradition éducative que l’on perpétue, comme si les personnes à la tête de cette prison étaient possédées par une colère sans nom. La violence y est telle, que si j’étais ce pensionnat, je m’écroulerais sur moi-même tant j’aurais du mal à être spectatrice de ce qu’il se joue sous mes yeux.

De toute évidence, l’épanouissement personnel et l’apprentissage ludique ne font pas partie des méthodes employées à Miedzeska. Et malheureusement rien ne va aller en s’arrangeant, à croire que l’hiver a également gelé les cœurs. L’intérieur du pensionnat est encore pire que son apparence. Élément central et cœur du roman, les personnages m’ont carrément bluffée. C’est sur ce point que Matthieu m’a le plus surprise, et sur lequel je m’y attendais le moins. Je me suis habituée au développement poussé des personnages, à ce qu’ils aient tous une histoire et une personnalité à part entière. Évidemment qu’à chaque fois je suis éblouie par les romans sans fausses notes de Matthieu. Mais là, on pouvait difficilement faire mieux.

La directrice du pensionnat est, pour moi, une révélation. Elle est tout ce qu’il y a de plus diabolique et pourtant, la minutie avec laquelle elle a été créé me force à l’aimer au moins un peu. Une directrice tyrannique et sans limites, aux méthodes éducatives plus que douteuses. Forger en punissant est une conception de l’éducation qui paraît, à priori, surréaliste. C’est à se demander si cette femme possède encore une part d’humanité, une once d’empathie, un soupçon de bienveillance. Ses actes sont d’une violence inouïe, ses méthodes drastiques choquent, et provoquent bien souvent l’incompréhension. Comment un être humain, fait de chair et de sang, peut-il exercer avec autant d’aplomb et sans plus de considération, une méchanceté aussi cruelle sur ses semblables. Et qui plus est, sur des enfants ? Voilà tout l’intérêt de ce personnage. Un de mes préférés – après Ewa – tant sa personnalité est forte. Elle est à elle seule, une énigme à part entière. Une personnalité effrayante, un pouvoir de persuasion à en donner froid dans le dos, tant tout semble si facile pour elle. Elle est une femme que l’on craint et à qui on obéit sans broncher tant son charisme impose le respect.

C’est sous l’emprise de cette directrice autoritaire qu’Ewa va devoir évoluer. Entre les coups et les menaces, les supplices et les garces, ce personnage est de loin le plus aboutie de la bibliographie de Matthieu Biasotto. C’est simple, elle a tout.

Si les punitions vont crescendo, Ewa, elle, suit la courbe inverse. D’abord pleine d’espoir, elle envisage même de s’évader. Le cœur y est, l’idée germe, mais la raison la rappelle à l’ordre. On ne sort pas de ce pensionnat. Alors elle fait tout ce qu’elle est autorisée à faire : encaisser en silence. Elle souffre, subit, endure, et le lecteur aussi. Les descriptions des supplices sont d’une justesse à vous couper le souffle. J’entends encore le bruit du fouet s’abattre sur la peau d’Ewa pour la déchirer. Je sens l’odeur du sang qui ruisselle sur son corps fragile. Je vois ses larmes couler le long de son visage. Je ressens la douleur qui parcourt son dos, gèle son âme, et anesthésie son coeur. Ses pleures sont les miennes, son regard me hante et sa douleur me torture de l’intérieur. Et pourtant, l’auteur choisit les mots exactes pour que le pire ne devienne pas insoutenable.

À la fin de la première partie, Ewa n’est plus. La jeune adolescente que nous avions rencontrés en début de roman a tout simplement disparue, métamorphosée par les violences physiques et psychologiques. Traînée dans la boue, et à bout de force, elle songe presque de façon rêveuse, à la mort. Cette mort qui semble être le seul moyen de se délivrer et de sortir de cet enfer. Cette amie qui soudain lui sourit et l’appelle, est à coup sûr, la seule chose en laquelle elle peut avoir confiance. La transformation est glaçante, à l’image du roman. Les étapes de la chute sont d’une justesse bien trop proche de la réalité, à m’en faire pleurer.

Remise en question, honte, mal-être, colère, vengeance, pour finalement abdiquer puis se battre à nouveau, parce qu’on est vivant et que c’est la seule chose qu’il nous reste. Cette petite Ewa que l’on croyait fragilisée, détruite et anéantie, va montrer sa force de caractère et tout son courage. Mais elle ne sera pas seule. Si Ewa a connu le côté le plus sombre de l’humanité, elle va aussi découvrir son côté le plus doux. Entre trahison et déception, doute et espoir, elle va faire la rencontre qui pourrait changer sa vie. Elle va devoir faire la part des choses et ouvrir son cœur à ceux qui lui tendent la main. Mais dans une situation pareille, comment faire confiance à quelqu’un ? Rien ne dit que cette personne est différente. Ewa le sait et son créateur aussi. C’est toujours avec justesse et application que Matthieu pose ses mots pour décrire ce processus de doute. Pendant une seconde, on croit en la sincérité de l’autre. La seconde d’après, toutes nos certitudes sont remises en cause. On veut croire, mais on ne peut pas. Le doute subsiste et ce, jusqu’au dernier moment. Il est forcément impossible d’anticiper le dénouement qui a l’effet d’une bombe !

On reconnaît parfaitement le style de Matthieu dans ce roman. Passé maître du thriller à mes yeux, c’est encore une histoire pleine de surprises, de rebondissements, et de révélations qui ont rythmés ma lecture, que l’auteur me propose. Et alors je dois dire que niveau dénouement, celui-ci est brillant. Si la problématique des pensionnaires qui disparaissent connaît son lot de surprises, tous les faits qui s’agrippent à l’intrigue principale m’ont coupé le souffle. À nouveau la seconde lecture n’a été qu’une partie de plaisir, tant les scènes prennent un sens différent une fois que l’on connaît la fin.

J’ai souffert avec Ewa. Parce que les mots sont biens choisis, qu’ils sont justes, et assez fort pour que le message passe et que l’empathie fonctionne. Chaque émotion est utilisée au bon moment, et retranscrite à la perfection. Chapeau bas Monsieur Biasotto. Chaque réaction coule de source et n’est ni démesurée, disproportionnée ou trop rapide. Alors on passe par tout avec Ewa. Du pire au meilleur, et du meilleur au pire.

Je retrouve le côté sombre et lumineux de mon auteur fétiche. Cette nuance que j’avais tant aimée dans d’autres romans et qui me fascine tant le concept est maîtrisé. C’est un jeu auquel Matthieu Biasotto part gagnant parce qu’il a le nez pour jouer avec les mots et avec ses lecteurs. En terminant Ewa, c’est finalement une leçon de vie que je tire. Un message d’espoir que je m’accapare et que je garde au chaud. Je le ressortirai le moment venu, en me disant qu’une fois, un auteur a dit que tout n’est jamais tout noir et que même dans le pire, on trouve le meilleur. Il faut simplement le voir.

Pour les habitués de Matthieu, cette fin aussi surprenante qu’inattendue va vous bouleverser. Je défie n’importe quel lecteur assidue de Matthieu d’oser me dire, yeux dans les yeux, qu’il n’a pas frôlé l’hystérie en atteignant le mot « fin ».

Pour les autres, et bien voici une belle occasion de faire connaissance avec un écrivain de talent.

Dans les deux cas, vous n’êtes pas prêt.

Bienvenue en enfer.

Ewa

2 commentaires sur « Matthieu Biasotto – Ewa »

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