Matthieu Biasotto – Yell

15078545_896512450483545_7027597063773524004_n1Quelqu’un ou quelque chose est revenu… 
Sous la pluie incessante, contre le vent hurlant venu du large, dans la grisaille omniprésente, je compose avec ce qui est arrivé. Au cœur de la brume qui règne sur l’île et qui trouble ma mémoire, il y a nos larmes, il y a son sang. Et tout ce qu’on a vécu à Yell.

Sur ces terres maudites, sont enterrés de douloureux souvenirs, ceux qu’il faut oublier à tout prix. Je ne dois pas y penser, je ne dois pas en parler, pour essayer d’avancer, pour préserver ma sœur aussi. Parce que Perrine vit dans le passé, son deuil est insurmontable. Son mec est mort. Mort dans des circonstances étranges, c’est vrai. Elle voudrait comprendre. Elle voudrait pardonner. Elle voudrait, mais ce n’est pas une bonne idée. Quelqu’un ou quelque chose est revenu… Autour du secret, il y a cette vieille aveugle. Il y a ce bélier noir, nos amis perdus de vue depuis le drame. Il y a ce froid installé entre ma frangine et moi. Et toutes ces choses qu’on ne perçoit pas à l’œil nu mais qui mettent à mal nos convictions. Oui, quelqu’un ou quelque chose est revenu… Pour déterrer le passé, faire tomber des têtes et rien ne semble pouvoir l’arrêter.


Matthieu Biasotto fait partie de ces écrivains qui touchent votre âme, votre moi. Je me souviens avoir pris conscience de l’importance des choses simples en lisant Kraft, de la dureté du monde en dehors de mon petit confort avec Après-moi le déluge, du pouvoir de l’amour avec Harper et Pictural. Chaque roman amène à la réflexion. Et même si le livre est refermé, l’histoire elle, n’est pas tout à fait finie.

Avec Yell, Matthieu Biasotto signe une entrée fracassante dans le monde du surnaturel – et du fantastique.

Matthieu n’abandonne pas le thriller pour autant, et pour mon plus grand plaisir. Déjà, il excellait dans le thriller, et il aurait bien pu s’en contenter. Mais c’est sans compter sur la créativité de cet écrivain, capable de mélanger les genres avec brio, pour créer une oeuvre des plus marquantes. Il explore, sans cesse, ce que son talent lui permet de faire. C’est lorsque l’on croit qu’il est à l’apogée de son talent, que Matthieu revient pour nous en mettre plein la vue, nous rappelant au passage qu’il est loin de nous avoir tout montré.

Avec Yell, l’histoire débute dès les premiers mots. Nous sommes plongés dans le morbide cadre qui va nous accompagner tout au long de notre voyage. Cet environnement, je le visualise en noir et blanc – plutôt noir que blanc d’ailleurs. La grisaille, la pluie, et de longues ombres qui s’étendent sur le sol. Rien de bien accueillant donc. Et pourtant, cette demeure décrite dans le premier chapitre, et qui ouvre le bal de l’horreur, et bien on a envie d’y entrer. De toute façon, envie ou pas, l’auteur nous pousse à l’intérieur.

C’est un endroit lugubre et qui sent le renfermé, qui s’ouvre à nous. Comme la narratrice, nous avons envie de sortir de là sans demander notre reste. Mais tout comme elle, notre curiosité est agrippée sèchement par l’envie de savoir. Savoir quoi ? Ce qu’il se cache derrière une porte ou un rideau. Derrière un regard ou un mot. On ne veut pas voir, mais on ne peux s’empêcher de regarder.

Nous faisons la connaissance de Perrine- soeur de la narratrice – à qui j’ai volé le rôle le temps d’une histoire. Tout comme nous, elle est dans l’ignorance de tout ce qui se trame, de tout ce qu’il s’est passé, et de tout ce dont on n’imagine même pas l’existence. Et puis il y a toute une palette de personnages. Tantôt détestables, tantôt attendrissants, chacun apporte sa petite pierre à l’édifice. Ces amis, que tout rapprochait autrefois, vont devoir se serrer les coudes pour échapper à la chose qui est revenue.

À ce décor alléchant, s’ajoute la plume affûtée d’un Matthieu Biasotto plus minutieux que jamais. C’est à la seconde lecture, ou en connaissant la fin, que l’on admire l’intelligence des mots choisis. Ces mots qui résonnent lorsque l’on connaît le dénouement final, mais qui nous échappent totalement dans un premier temps. Je ne suis pas adepte des longs pavés et des longues descriptions, qui tournent rapidement en rond. Si on choisit bien ses mots, le strict minimum suffit, et l’imagination du lecteur fait le reste. On est en plein dedans.

Absolument tout m’a plu dans ce roman. Je me suis attachée à Perrine plus qu’aux autres. Souvent, j’ai eu envie de la porter en ressentant sa fragilité. Lui proposer une épaule sur laquelle s’appuyer. Ce personnage m’a touchée par son histoire, son vécu et son destin. Elle m’a hantée pendant plusieurs jours, et beaucoup de nuits. Tout comme le bélier, la vieille Mac Kinworth, et les pincées d’horreur – sans être gore – décimées ici et là. Mon coeur s’est emballé plus d’une fois et des frissons ont parcouru mon corps à de nombreuses reprises. J’ai adoré les scènes sombres et la noirceur de Matthieu dans ce roman. J’ai aimé le laisser m’embarquer dans une histoire que je ne voudrais vivre pour rien au monde. J’ai apprécié qu’il me surprenne, encore, et ce malgré le fait que je commence à le connaître un peu. Je souligne ses prises de risque, et sa persévérance à faire ce qu’il aime, et non pas ce que nous attendons. J’admire son style d’une pureté rare, sans artifices mais tellement soigné. Aussi, sa capacité à créer des histoires aussi prenantes que surprenantes, bien ficelées et maîtrisées. J’admire son travail, tout simplement.

Yell

5 commentaires sur « Matthieu Biasotto – Yell »

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